Toulouse : Six mois avec sursis requis contre l’imam de la grande mosquée après son prêche controversé

PROVOCATION A LA HAINE L’imam de la mosquée d’Empalot était jugé ce mardi pour un prêche controversé datant de fin 2017, diffusé sur les réseaux sociaux et utilisant un hadith jugé antisémite

Béatrice Colin
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La Grande mosquée de Toulouse.
La Grande mosquée de Toulouse. — GMP
  • En juin 2018, le prêche d’un imam toulousain prononcé six mois plus tôt avait suscité la colère.
  • Ce hadith jugé antisémite a conduit ce mardi Mohamed Tataiat devant le tribunal judiciaire pour « incitation à la haine raciale ».
  • Six mois de prison avec sursis ont été requis par la procureure adjointe de la République. Le jugement a été mis en délibéré.

« Il y a un juif derrière moi, viens et tue-le ». Ce hadith, l’imam de Toulouse, Mohamed Tataiat, l’a utilisé dans un de ses prêches prononcé fin 2017, devant plus de 3.000 personnes, à la grande mosquée de la Ville rose, dans le quartier d’Empalot. Une citation qui l’a conduit devant le tribunal judiciaire ce mardi pour répondre d’une accusation de « provocation à la haine et la violence en raison origine » et pour lequel six mois de prison avec sursis ont été requis à son encontre.

Diffusé sur YouTube, ce prêche avait soulevé une vague d’indignation à Toulouse et conduit à l’ouverture d’une information judiciaire après un signalement du préfet. Pour se défendre, Mohamed Tataiat – parfois écrit Tataï – avait à l’époque indiqué que ses propos avaient été sortis du contexte. Une défense qu’il a réitéré à la barre, devant les juges. « Le sens est différent de celui qui a été compris », a-t-il indiqué. Le hadith, abordant la fin apocalyptique, évoquait l’actualité du moment et la question délicate du déménagement de l’ambassade des Etats-Unis, déplacée de Tel-Aviv à Jérusalem.

« L’exhortation elle est là, elle est explicite quoi qu’en dise M. Tataiat. Le hadith est une entrée en matière, le prêche s’est poursuivi par des propos au champ lexical guerrier, violent, concernant les juifs et même le juif, et non les Israéliens. Il a stigmatisé la communauté juive, fait des allusions au contrôle de l’argent, j’en passe et des meilleurs sur les stéréotypes antisémites », a expliqué Alix-Marie Cabot-Chaumeton, la procureure adjoint de la République de Toulouse qui a requis six mois de prison avec sursis contre l’imam, ainsi que la publication de la condamnation devant la mosquée et dans la presse.

Droit ou sacré?

La représentante du ministère public a insisté : « Il ne s’agit pas d’un débat politique ou religieux, il ne s’agit que de droit ». Un avis loin d’être partagé les défenseurs de l’imam. « Le juge judiciaire peut-il s’instaurer en censeur de ce qui peut être dit et est considéré comme sacré. Je veux savoir ce qu’il faudra faire demain. Est-ce que demain vous allez interdire de lire ce hadith dans les mosquées. Si c’est le cas, les tribunaux vont passer leur temps à juger des imams », a plaidé Jean Iglésis, l’un des avocats de Mohamed Tataiat, rappelant que le prêche se termine par « allons en paix ».

Un fidèle de la mosquée depuis vingt et un ans, enseignant à l’université de Toulouse 1-Captiole est venu témoigner des prises de position « éloignées de tout soupçon, d’antisémitisme et de racisme » de son imam, qui selon lui place « toujours la paix et là cohésion sociale au cœur ». Et de rappeler que Mohamed Tataiat a été visé par les salafistes pour sa modération.

Du droit ou du sacré

Une interprétation bien différente du côté des parties civiles. « Celui qui dit les paroles assume ses actes. Est-ce que M. Tataiat a instauré une distance suffisante avec ce qu’il cite ? Le rôle d’un prêche c’est précisément de contribuer à forger la conviction des fidèles. Il n’a pas fait que répondre à des questions des fidèles, il a délibérément fait le choix du texte, de l’angle de son prêche. Et il ne dit pas prenez garde, faites attention, il y a une absence de distance avec les mots et les personnes auxquels on se réfère », a noté de son côté Michaël Bendavid, avocat de la Licra.

Pour Franck Touboul, le président du conseil représentatif des institutions juives, ce prêche reste une forme de trahison. «L'un des axes principaux de sa défense, c'est de dire qu'il n'était antisémite, qu'il avait de bonnes relations avec la communauté juive. Mais avoir de bonnes relations, cela vous oblige, on ne peut pas avoir un double discours». Le jugement doit être mis en délibéré 14 septembre.