Affaire Troadec : Confronté à ses contradictions, Hubert Caouissin maintient n’avoir « jamais » eu l’intention de tuer

ASSISES Accusé du quadruple meurtre de la famille Troadec à Orvault, Hubert Caouissin a été mis en difficulté par la présidente de la cour d'assises ce lundi matin. Sans toutefois modifier profondément sa version initiale

Frédéric Brenon
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Thierry Fillion et Patrick Larvor, avocats d'Hubert Caouissin.
Thierry Fillion et Patrick Larvor, avocats d'Hubert Caouissin. — L.Venance/AFP
  • Les époux Troadec (Pascal et Brigitte) et leurs deux enfants (Sébastien et Charlotte) ont été tués dans la nuit du 16 au 17 février 2017 à Orvault. Leurs corps ont été dépecés.
  • Hubert Caouissin, 50 ans, est jugé pour meurtres et atteinte à l’intégrité de cadavres.
  • Le procès de la cour d’assises de Loire-Atlantique doit s’achever le 9 juillet.

A la cour d’assises de Loire-Atlantique,

Le procès Troadec-Caouissin entame sa deuxième semaine devant la cour d’assises de Loire-Atlantique, à Nantes. Avec un moment très attendu ce lundi : l’interrogatoire d’Hubert Caouissin sur le déroulement de la nuit du quadruple meurtre dont il est accusé. A la barre, l’ancien chaudronnier de l’arsenal de Brest, obsédé par l'idée que son beau-frère Pascal Troadec se serait enrichi en ayant volé un trésor familial, raconte avoir quitté son domicile dans le Finistère, le 16 février 2017 en fin de journée, pour rejoindre Orvault, près de Nantes, où vivaient les Troadec.

Il gare son véhicule à deux rues de la maison puis pénètre discrètement dans la propriété, habillé d’une veste à capuche, d’un bonnet et de gants « pour ne pas laisser d’empreintes ». Il est aussi muni d’un stéthoscope, d’un calepin, d’un stylo et d’un appareil photo. « J’espère voir leurs voitures, raconte-t-il spontanément. J’espère aussi pouvoir entendre des choses. Je suis excité, je ne tiens pas en place. J’attends dehors. A un moment, la porte de la buanderie s’ouvre. Là je me dis qu’il faut que je rentre. Je voulais récupérer leurs clés et en faire un dessin. »

Une lutte intense, à un contre quatre

Il patiente longtemps dans le garage et finit par « couper le courant » puis avancer dans l’habitation, vers 3h45, malgré sa « peur ». « Je claque des dents, j’ai des palpitations. Mais je ne peux plus reculer. Tout d’un coup j’entends Brigitte dire "mais qu’est-ce qui se passe ici ?". Je m’enfuis mais je sens qu’on me poursuit. J’entends Pascal qui crie "je vais te tuer". Je reçois un coup, je l’esquive instinctivement. Je saisis l’objet, sans savoir ce que c’est, je donne un coup à mon tour. Je devine Brigitte avec un objet à la main, je lui mets un coup pour qu’elle le lâche. »

L’électricité est rallumée. S’ensuit une longue bagarre avec les occupants dans les différentes pièces de la maison. « Il n’y a pas de clé sur la porte pour sortir. Je suis coincé. Je sens que je suis perdu », décrit Hubert Caouissin. Il détaille alors les longues minutes de lutte avec un pied-de-biche dont il se serait emparé, les « chutes au sol », la « décharge d’énergie », le « sang qui sort, impressionnant ». Puis le silence. « J’ai erré un peu dans le garage. J’avais soif. Je suis allé boire dans la cuisine. » Il va voir le fils, Sébastien, dans sa chambre. « Je m’inquiétais pour lui. Il n’était pas dans une position normale. J’ai vu qu’il était inerte. J’ai eu un moment de panique. La situation devenait folle. » Hubert Caouissin indique avoir ensuite « écouté la poitrine » de Charlotte, Brigitte et Pascal, conscient qu’ils étaient probablement morts eux aussi. Il est 5h45. « J’étais hagard. Je suis parti. J’ai conduit. Après c’est le trou noir. »

« J’ai frappé à la tête, je n’aurais pas dû »

Pourquoi avoir amené un stéthoscope ? s’étonne la présidente de la cour d’assises, Karine Laborde. « J’espérais entendre des sons. Il fallait essayer. » Pourquoi avoir coupé le courant ? « J’entendais du bruit. Si je coupe le courant, ça allait les faire réagir. » Puis il corrige. « Non, c’était pour les inciter à s’endormir. » « Ce n’est pas très logique tout ça », lui rétorque la magistrate.

Karine Laborde demande des précisions sur la nature des coups portés. En particulier parce que leur description par Hubert Caouissin a changé au cours de l’enquête et semble s’être adaptée aux résultats des morpho-analyses révélés plus tard. Pourquoi avoir visé plusieurs fois le crâne de Pascal Troadec ? « Je ne me pose pas la question. C’est ce qui vient au plus vite. » Pourquoi avoir asséné deux coups supplémentaires à Sébastien Troadec qui, lui, était, selon l’accusé, gravement blessé et allongé sur son lit? « Pour gagner du temps. Il y avait Pascal et Brigitte qui étaient derrière. Il y avait beaucoup de confusion. »

La présidente de la cour se montre plus offensive : « Quatre personnes sont mortes et, vous, vous n’êtes quasiment pas blessé. C’était un accident ? ». « Je ne m’attendais pas à un résultat pareil, répond l’accusé. J’ai frappé à la tête, je n’aurais pas dû. Je pensais qu’ils allaient être assommés. » Comment expliquer qu’aucune victime n’a eu le temps d’appeler des secours ou de s’enfuir ? « Je ne sais pas. Il faisait froid. Brigitte ne voulait peut-être pas sortir. Ou elle a dû penser que Pascal allait prendre le dessus », suggère Hubert Caouissin, peu convaincant.

La présidente de la cour exprime ses doutes

Karine Laborde change alors de ton et fait part, pour la première fois depuis le début du procès, de ses doutes sur le récit proposé. « Peut-être que ça ne s’est jamais passé comme ça. Vous êtes certain que vous ne les auriez pas frappés quand ils dormaient ? » « Oui ». « Vous êtes sûr ? » « Oui », répète l’accusé du bout des lèvres. « On a le sentiment que vous étiez arrivé à bout à cette époque. On peut imaginer que vous les auriez tués pour mettre fin à votre souffrance. » « C’est ce que vous pouvez penser, mais ce n’est pas le cas. Il fallait que j’aille plus vite qu’eux pour obtenir des informations », répond Hubert Caouissin. « Avez-vous eu l’intention de les tuer ? », insiste la magistrate. « Jamais ». « Aucun d’entre eux ? », « Non ».

A la sortie de l’audience, interrompue le temps du déjeuner, l’avocate des proches des victimes, Cécile de Oliveira, a estimé que la thèse défendue depuis le départ par les parties civiles avait marqué des points ce lundi matin. « M. Caouissin reste sur une version qui est légèrement modifiée mais il fait face à un mur d’absurdités. L’ensemble des personnes qui ont un minimum de bon sens et de logique comprend qu’il n’est pas possible pour une personne seule de faire face à quatre personnes, dont deux jeunes adultes extrêmement vaillants, dans une maison sans être venu armé. » L’interrogatoire sur les faits se poursuit ce lundi après-midi.