Affaire Tariq Ramadan : Les juges ordonnent une nouvelle expertise sur l’emprise des plaignantes

ENQUETE Les femmes qui accusent le théologien musulman de viol étaient-elles sous son emprise psychologique au moment des faits ?

20 Minutes avec AFP

— 

Le théologien musulman Tariq Ramadan à une séance de dédiasse à  Bordeaux en mars 2016.
Le théologien musulman Tariq Ramadan à une séance de dédiasse à Bordeaux en mars 2016. — UGO AMEZ/SIPA

Cette expertise est un point de pivot dans l’enquête pour viols visant Tariq Ramadan. Jeudi, les magistrats instructeurs ont ordonné jeudi à un collège d’experts de réaliser une nouvelle expertise sur l’éventuelle emprise subie par ses accusatrices du théologien, a appris 20 Minutes de sources proches du dossier.

Cette décision intervient une semaine après l'annulation par la cour d'appel de Paris d’un premier rapport mené par le célèbre psychiatre Daniel Zagury. Ce dernier avait interrogé quatre plaignantes sans l’accord des juges d’instruction, conduisant à un vice de procédure. Tirant les conséquences de cette décision, les juges ont de nouveau fait appel au Dr Daniel Zagury, ainsi que ses confrères Bernard Ballivet et Frédéric Meunier, pour qu’ils réexaminent la question, selon ces sources.

Ce qui a choqué les avocats de Tariq Ramadan. « Cette redésignation du docteur Zagury après l'annulation de son expertise est choquante, indique ainsi Ouadi Elhamamouchi, l'un des avocats du prédicateur. Elle démontre, après la détention provisoire de Tariq Ramadan, un acharnement à son endroit. L'apparence d'impartialité inhérente à l'expert judiciaire n'existe plus. Nous attendons de ce dernier expert renommé qu'il se récuse lui-même bien évidemment. » Contactés par 20 Minutes, les avocats des différentes plaignantes n'ont, de leur côté, pas souhaité réagir.

La contrainte était-elle « morale » ?

Le rapport d'expertise doit être rendu d’ici le 30 novembre et les juges ont cette fois formalisé l’autorisation d’entendre quatre des accusatrices : la première plaignante Henda Ayari, une femme surnommée « Christelle », Mounia Rabbouj et une quatrième femme. Le débat judiciaire sur cette notion d’emprise s’est imposé après que les plaignantes ont été parfois mises en difficulté par la révélation de leurs échanges avec Tariq Ramadan, jugés « ambivalents » par les enquêteurs.

La question est devenue primordiale pour les juges d’instruction qui doivent déterminer, avant d’ordonner un éventuel procès ou l’abandon des poursuites, si l’islamologue peut être ou non accusé d’avoir imposé des actes de pénétration sexuelle par une forme de « contrainte morale ». Pour la défense de l’intellectuel musulman de 58 ans, qui plaide des relations dominatrices consenties, cette « notion d’emprise » est invoquée comme « une bouée de sauvetage pour sauver l’instruction du naufrage judiciaire ».

Une rencontre « décrite comme un enchaînement soudain et brutal »

Dans son rapport annulé, le Dr Daniel Zagury, sans trancher la question d’un libre consentement de ces femmes, décrivait en quatre étapes la relation instaurée par Tariq Ramadan : une « vénération » pour « l’intellectuel brillant » rencontré sur les réseaux sociaux, puis des échanges « de plus en plus érotisés avec une coloration sado-masochique de domination/soumission », suivis d’une rencontre « décrite comme un enchaînement soudain et brutal » vers des pratiques sexuelles extrêmes, avant une quatrième phase de sentiments contradictoires (rancœur, culpabilisation, vengeance, admiration et sujétion persistantes).

Depuis la première plainte fin octobre 2017, Tariq Ramadan a été mis en examen à Paris pour des soupçons de viols commis sur cinq femmes. Il est visé par une enquête à Genève pour un viol dénoncé par une Suissesse.