Affaire Troadec : A la barre, Hubert Caouissin raconte sa « descente aux enfers », bien avant le quadruple meurtre

ASSISES Hubert Caouissin, accusé du meurtre de son beau-frère et de sa famille en 2017 près de Nantes, s'est exprimé pour la première fois ce mercredi devant la cour d'assises de Loire-Atlantique

Julie Urbach

— 

Le procès Troadec se tient à la cour d'assises de Loire-Atlantique
Le procès Troadec se tient à la cour d'assises de Loire-Atlantique — Sebastien SALOM-GOMIS / AFP
  • Les époux Troadec et leurs deux enfants ont été tués dans la nuit du 16 au 17 février 2017 à Orvault près de Nantes.
  • Hubert Caouissin, jugé pour meurtres et atteinte à l’intégrité de cadavres, a été longuement questionné sur son parcours au deuxième jour du procès.

A la cour d'assises de Loire-Atlantique

Avant les faits, il se considérait comme un homme « blagueur », « sensible », « un peu fier et vaniteux » parfois. Quatre ans et demi après le quadruple meurtre de la famille Troadec, dans leur pavillon d’Orvault près de Nantes, ce n’est pas vraiment ce visage que montre le principal accusé, à la cour d’assises de Loire-Atlantique, au deuxième jour de son procès. Interrogé toute la journée ce mercredi sur sa personnalité, Hubert Caouissin, 50 ans, polo à manches longues et l’avant du crâne dégarni, essuie quelques larmes, sans jamais vraiment flancher.

« Cette histoire d’or, je pense qu’on ne saura jamais, répond-t-il à la présidente de la cour d’assises Karine Laborde. Mais ma conviction, c’est que ça a toujours existé… » Et que ce trésor, qui n’a jamais été retrouvé, c’est Pascal et Brigitte qui l’ont volé. « Je suis ancré dans le passé », justifie celui qui reconnaît aujourd'hui avoir « un problème de ressenti sur les choses ».

Comment cet ancien ouvrier à l’arsenal de Brest, sportif, boursicoteur, amateur de bûcheronnage, a-t-il pu alimenter une telle obsession jusqu’à cette « folie », comme il l’appelle, de février 2017 ? A la barre, en se noyant souvent dans des anecdotes, Hubert Caouissin revient longuement sur son enfance difficile en Bretagne, « en décalage avec les autres », dans une maison en grand désordre où vit aussi une mère alcoolique. Mais il pleure encore davantage quand on arrive à l’année 2009, date du début de ce qu’il nomme sa « descente aux enfers ».

Hubert Caouissin et Lydie Troadec
Hubert Caouissin et Lydie Troadec - Benoit PEYRUCQ / AFP

« Une agressivité folle qui montait »

Cette année là, trois ans après sa rencontre avec Lydie, l’homme voit naître son premier enfant, « la chose la plus importante au monde », quand sa compagne, également jugée devant la cour d’assises, est diagnostiquée d’un cancer. Grosses complications, plusieurs rechutes, il a peur de la perdre. Quelques mois plus tard, il enterre son beau-père, ce « patriarche » dont il pense qu’il aurait trouvé les fameux lingots lors de travaux. C’est à ce moment-là que les relations avec l’autre partie de la famille, son beau-frère Pascal et sa femme qu’il n’a « jamais réussi à cerner » et leurs enfants qu’il « aimait affectueusement » se distendent. Jusqu’en 2014, où une altercation autour du magot éclate et fracture la famille.

Quelques mois auparavant, ça ne va vraiment pas bien chez les Caouissin. A Plougerneau, Lydie s’en est sortie mais Hubert, lui, affronte une dépression. Son fils a des problèmes de santé et de comportement, le travail l’épuise. « J’ai eu des difficultés de sommeil, de concentration, de l’agressivité qui montait, raconte-t-il. Au travail, on était entassés, il y a beaucoup de bruit, du stress tout le temps ». Il ne supporte plus aucun bruit, une serre à côté l’empêche de dormir. Rien qu’une sonnerie de téléphone l’agresse. « J’ai craqué, je sentais une agressivité folle qui montait, j’ai eu des pulsions », poursuit l’homme, mains derrière le dos, qui a jugé non concluant son seul et unique rendez-vous chez le psychiatre à cette période.

« La peur a pris le dessus »

Cet « accumulateur compulsif », qui a décidé de suspendre ses antipsychotiques contre l’avis médical pour « être en forme pour le procès », arrête de travailler et passe beaucoup de temps devant son ordinateur. Un jour, il consulte un site survivaliste où il est expliqué « comment fabriquer un silencieux ». Au milieu de divers documents, plus d’un million d’images à caractère pornographiques seront aussi retrouvées. Se sentant traqué par Brigitte et Pascal, qui posent des questions sur leur fils, il décide alors d’acheter avec Lydie la ferme de Pont-de-Buis, sans en informer personne, sauf sa belle-mère. Un lieu au calme mais surtout « un leurre » pour éviter qu’on « leur envoie un tueur ». Le petit, alors âgé de huit ans, est déscolarisé. « La peur a pris le dessus », résume l’accusé, qui avait repris un poste à mi-temps quelques mois avant de passer à l'acte.

Lundi prochain, Hubert Caoussin sera interrogé cette fois sur les faits, de cette nuit où il est arrivé à Orvault muni d’un stéthoscope pour écouter la famille jusqu’à ce qu’il finisse de brûler leurs os dans la grande chaudière de sa propriété. Jeudi, un bref portrait de ses quatre victimes, Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte, sera dressé devant la cour avant l’audition des parties civiles, notamment les soeurs de la mère de famille décédée. Le principal accusé encourt la perpétuité, son ex compagne trois ans de prison. Le verdict sera connu le 8 ou le 9 juillet.