Meurtre de Ghislaine Marchal : Trente ans après les faits, l’ADN va-t-il permettre d’innocenter Omar Raddad ?

ENQUETE Condamné pour le meurtre de Ghislaine Marchal en 1991, Omar Raddad va déposer ce jeudi une nouvelle requête pour obtenir un procès en révision

V. V.

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Paris, le 1er décembre 2008. Omar Raddad réclame la révision de son procès pour le «meurtre» de Ghislaine Marchal sur la base de nouvelles expertises ADN
Paris, le 1er décembre 2008. Omar Raddad réclame la révision de son procès pour le «meurtre» de Ghislaine Marchal sur la base de nouvelles expertises ADN — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • En 1991, Ghislaine Marchal était retrouvée baignant dans son sang dans la cave de sa propriété de Mougins (Alpes-Maritimes). Arrêté, son jardinier, Omar Raddad, a été condamné à 18 ans de réclusion.
  • Bénéficiant d’une grâce partielle de Jacques Chirac en 1996, Omar Raddad n’a cessé de clamer son innocence. Mais il n’a toujours pas été blanchi dans cette affaire.
  • Ce jeudi, son avocate va déposer une nouvelle requête en révision sur la base d’analyses ADN. Si elle est persuadée de son succès, d’autres se montrent plus dubitatifs.

« Mais c’est sûr ! C’est évident ! Le procès va être révisé ! » Entre une émission de radio et une autre de télévision, Sylvie Noachovitch remonte le fil de ses messages. Et c’est donc depuis sa loge et sur haut-parleur qu’elle distille ses effets et fait part de sa confiance sur le dernier « rebondissement » dans l’affaire Omar Raddad.

L’avocate du jardinier marocain, condamné en 1991 pour le meurtre de Ghislaine Marchal, va déposer, ce jeudi matin, une requête en révision pour obtenir un nouveau procès qui, espère-t-elle, innocentera son client. Pour cela, elle entend faire valoir une nouvelle analyse sur les traces ADN présentes sur les lieux du crime. Explications…

  • Dans quelles circonstances Omar Raddad a-t-il été condamné ?

Le 23 juin 1991, Ghislaine Marchal, la riche veuve d’un équipementier automobile, était découverte baignant dans son sang dans la cave de sa propriété située à Mougins (Alpes-Maritimes). Elle a succombé à plus d’une dizaine de violents coups de couteau, l’un d’entre eux traversant le foie, un autre lui sectionnant quasiment un doigt.

En arrivant sur place, les enquêteurs ont d’abord découvert que la porte de cette cave avait été fermée de l’intérieur. Et, surtout, que des inscriptions en lettres de sang ornaient deux portes : « Omar m’a tuer » sur la porte de la cave à vin et « Omar m’a t » sur celle de la chaufferie.

Rapidement arrêté, Omar Raddad, son jardinier était condamné en 1994 à 18 ans de réclusion criminelle sans la possibilité de faire appel. Mais en 1996, il a bénéficié d’une grâce partielle de Jacques Chirac lui permettant de sortir de prison, sans être innocenté pour autant. Depuis, il clame son innocence et réclame un procès en révision afin d’être blanchi.

Image extraite du film «Omar m'a tuer» de Roschdy Zem, en 2011.
Image extraite du film «Omar m'a tuer» de Roschdy Zem, en 2011. - Capture du film
  • Comment sa requête en révision est-elle motivée ?

Ce jeudi, la défense d’Omar Raddad va déposer une demande en révision, estimant qu’il y a de nouvelles informations sur les traces ADN découvertes sur les inscriptions en lettres de sang. Elles ne sont pas si nouvelles que cela. En réalité, un expert, le docteur Olivier Pascal, a mis en évidence en 2015 quatre ADN (deux complets et deux incomplets) sur les fameuses portes. A l’époque, comme 20 Minutes l’avait révélé, un homme avait même été soupçonné, avant d’être mis hors de cause.

Si la justice n’a pas donné suite, l’avocate d’Omar Raddad a poursuivi le travail. Et, en 2019, elle a confié à un nouvel expert une deuxième analyse des travaux réalisés par Olivier Pascal. Dans un rapport, celui-ci assure avoir découvert qu’un ADN est présent dans les lettres de sang à une trentaine de reprises et, surtout, qu’il s’agit d’un ADN de contact et non pas d’un ADN qui aurait « contaminé » la pièce à conviction involontairement. C’est cet élément que la défense d’Omar Raddad entend mettre en avant pour obtenir un nouveau procès.

  • Pourquoi avoir attendu aujourd’hui pour déposer cette requête ?

Interrogée par 20 Minutes, Sylvie Noachovitch indique qu’elle a laissé « le temps à la justice de répondre à ses interrogations et à ses demandes d’investigations complémentaires » depuis 2019. N’ayant pas eu de retour, elle a décidé de déposer, elle-même, une requête en révision. Qui coïncide d’ailleurs avec les 30 ans du meurtre de Ghislaine Marchal.

D’autres sources se montrent plus dubitatives. « Il n’y a rien de nouveau dans tout ça, si ce n’est l’utilisation par la défense d’éléments connus depuis cinq ans », persifle ainsi un fin connaisseur du dossier. D’autant qu’une première requête avait déjà été rejetée en 2002. Contacté par 20 Minutes, le parquet de Nice a, de son côté, refusé de commenter cette affaire.

La décision appartient donc désormais à la commission des requêtes de la Cour de révision. Elle pourrait être rendue dans les prochaines semaines. Depuis 1945, seuls une dizaine de condamnés ont été innocentés après un procès en révision.