Affaire Troadec : Ces zones d’ombre tenaces que le procès tentera d'éclaircir

ASSISES Hubert Caouissin est accusé du quadruple meurtre de la famille Troadec en février 2017 près de Nantes, sur fond d'un hypothétique trésor de pièces d'or. Des énigmes demeurent

Frédéric Brenon

— 

Reconstitution sur les lieux des crimes, à Orvault, en avril 2019.
Reconstitution sur les lieux des crimes, à Orvault, en avril 2019. — S.Salom-Gomis/AFP
  • Les époux Troadec et leurs deux enfants ont été tués dans la nuit du 16 au 17 février 2017 à Orvault.
  • Hubert Caouissin, 50 ans, est jugé à partir de mardi pour meurtres et atteinte à l’intégrité de cadavres.
  • Le procès de la cour d'assises de Loire-Atlantique doit s'achever le 8 juillet.

Comment Hubert Caouissin a-t-il pu accomplir une telle folie meurtrière ? C’est ce que devra résoudre la cour d’assises de Loire-Atlantique à partir de ce mardi. L’ancien chaudronnier de l’arsenal de Brest devra en effet répondre des meurtres des époux Pascal et Brigitte Troadec et de leurs deux enfants, Sébastien et Charlotte, le 17 février 2017 à Orvault près de Nantes, suivis de la destruction des corps. Si les faits ne sont pas vraiment contestés, plusieurs zones d’ombre demeurent au terme d'une longue instruction. Le point.

Hubert Caouissin a-t-il prémédité son geste ?

Si l’accusé n’est pas poursuivi pour assassinat, c’est bien parce que la préméditation n’a pas été retenue par les juges d’instruction. « Cette décision nous conforte dans la version donnée par Hubert Caouissin. Il n’a jamais eu l’intention de tuer cette famille avant le 17 février », apprécie Thierry Fillion, avocat du quinquagénaire. Caouissin affirme que c’est le déclenchement d’une bagarre qui a entraîné les crimes. Reste que les parties civiles vont, à coup sûr, remettre ce sujet au débat. Le déplacement au domicile des Troadec neuf jours avant les meurtres, le maquillage des plaques d’immatriculation, les nombreuses recherches effectuées sur Internet, la coupure de courant avant le passage à l'acte, ou encore l’absence de l’arme du crime supposée (un pied de biche) sont autant d’éléments troublants. « Hubert Caouissin a avoué mais il n’y a personne pour contredire ses propos, relève Jean-Michel Laurence, coauteur du livre Les Secrets de l’affaire Troadec. En l’absence d’autopsie des corps, la cause réelle de chaque mort n’a pu être établie. Seules les expertises de morpho-analyse permettront de confirmer ou d’infirmer son scénario. »

Hubert Caouissin avait-il toute sa tête ?

Deux collèges d’experts psychiatres se sont penchés sur la question de la santé mentale de l’accusé. Tous deux ont conclu à une « paranoïa délirante » ayant conduit à une « altération du discernement » au moment des faits. Cette paranoïa serait alimentée par un sentiment de « spoliation familiale » orchestrée par Pascal Troadec et même un sentiment d’un « danger de mort » visant son fils et sa compagne. Deux experts psychologues décrivent également une « efficience intellectuelle entravée par des troubles du jugement ». « C’est une personnalité complexe, confirme Thierry Fillion, avocat de l’accusé. Il a eu des humeurs assez changeantes depuis quatre ans et demi. A l’approche du procès, il semble volontaire. J’espère qu’il résistera à la pression. » Insistant sur le caractère manipulateur de l’accusé, l’avocate des parties civiles, Cécile de Oliveira, promet que l’altération du discernement constitue « un point qui sera fortement débattu devant la cour d’assises ». « Hubert Caouissin est un homme qui à la fois contrôle son discours » et « livre des versions relativement différentes », souligne-t-elle. L’enjeu est grand. « Si cette altération de discernement est retenue et prise en compte par les jurés, Hubert Caouissin pourrait alors éviter une peine de réclusion criminelle à perpétuité », rappelle Béatrice Fonteneau, coauteure du livre Les Secrets de l’affaire Troadec.

Le mobile des crimes est-il un trésor ?

C’est l’une des curiosités de l’affaire. Hubert Caouissin et Lydie Troadec étaient fâchés avec les victimes en raison d’une histoire de pièces et lingots d’or. « Hubert Caouissin estimait que Pascal Troadec avait dérobé un trésor de pièces d’or trouvées par son père quelques années auparavant. Il avait remarqué que Pascal et Brigitte Troadec s’étaient mis à acheter des voitures, à faire des travaux, à voyager », explique l’instruction. Le sujet du conflit était connu au sein de la famille. Renée, la mère de Lydie et Pascal, était elle-même persuadée que ce trésor avait existé, sans jamais l’avoir vu. Et les historiens ont confirmé qu’un chargement d’environ 50 kg d’or avait bel et bien disparu en 1940 dans le port de Brest. Mais, au cours de l’instruction, « aucun élément n’a permis de démontrer la réalité de l’existence de l’or précédemment dérobé par Pascal Troadec, pas plus qu’une amélioration significative de leur train de vie », ont conclu les juges enquêteurs. Les parties civiles sont convaincues que ce trésor est une invention.

Quel a été le rôle exact de Lydie Troadec ?

La compagne d’Hubert Caouissin et sœur de Pascal Troadec n’est pas poursuivie pour complicité, mais pour « recel de cadavres » et « modification des lieux d’un crime ». Pour cela, elle encourt trois ans de prison. Les investigations n’ont « pas permis de démontrer avec certitude que Lydie était entrée au domicile des Troadec à Orvault », mais il est acquis qu’elle a aidé au transport des véhicules, qu’elle a acheté le matériel de ménage, ou qu’elle a jeté l’arme du crime du haut d’un pont. A-t-elle pu faire plus encore ? S’ils ne relèvent aucune anomalie mentale chez Lydie Troadec, les experts psychologues sollicités lors de l’instruction mettent en avant une « personnalité peu structurée », une « dépendance à son compagnon » et une » « adhésion sans distance à son délire ».