Pas-de-Calais : Trois CRS jugés pour violences et faux en écriture publique

CORRECTIONNEL Trois fonctionnaires de police étaient jugés à Boulogne-sur-Mer pour des faits de faux en écriture publique et des violences survenues à Calais en 2018. De la prison avec sursis et l’interdiction d’exercer ont été requises

20 Minutes avec AFP

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Illustration d'un véhicule de CRS.
Illustration d'un véhicule de CRS. — Clément Follain / 20 Minutes
  • Trois CRS étaient jugés à Boulogne-sur-Mer pour faux en écriture et violences sur un militant britannique.
  • Les faits s’étaient déroulés en 2018 lors d’une évacuation de migrants à Calais.
  • Le ministère public a requis des peines de prison avec sursis et des interdictions temporaires d’exercer.

Mardi, trois fonctionnaires de police ont été jugés devant le tribunal de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, pour avoir violenté un bénévole britannique lors d’une intervention d’évacuation de migrants à Calais. Ils sont aussi accusés d’avoir falsifié un procès-verbal, contredit par des vidéos.

Le 31 juillet 2018, les trois CRS, des compagnies 40 et 61, participent à une opération d’évacuation de migrants sous un pont à Calais, point de passage vers l’Angleterre. Selon le PV d’interpellation, rédigé par le brigadier-chef L.M., qui a ensuite déposé une plainte, des associatifs britanniques « véhéments » s’en mêlent. L’un d’eux, à l’origine de la plainte, le « pousse fermement au niveau de la poitrine ». « Dans un réflexe de défense », le fonctionnaire le « repousse ». Le militant tombe et l'« entraîne avec lui au sol ».

Des vidéos qui ne laissent pas de place au doute

Les deux PV de témoignages du brigadier N.G. et du gardien de la paix R.L., corroborent ses déclarations. Le bénévole de Help Refugees est interpellé, renvoyé pour outrage et violences sur policier et finalement relaxé en 2019 grâce à des vidéos prises par des associatifs.

Sur la base du rapport de l’IGPN, le parquet a renvoyé les trois fonctionnaires, tous pour faux en écriture publique et le brigadier-chef pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique sans ITT.

Les débats se sont concentrés sur la question de savoir qui a été témoin de quoi précisément et s’il y a eu volonté de mentir. « Je n’ai jamais eu une volonté d’écrire quelque chose de faux. Au moment où j’écris le PV, pour moi j’étais tombé. C’était le ressenti que j’avais eu », a maintenu le brigadier-chef, relevant également une « pression de la hiérarchie » pour que l’opération se termine vite.

« C’est une affaire à deux balles »

Sur les vidéos diffusées à l’audience, on voit le militant bousculé par L.M., et qui tombe, seul, sur la route par-dessus la glissière, au moment où passe un camion. « Avec les vidéos effectivement, il n’a pas poussé le chef » a reconnu R.L., disant avoir été « persuadé » du contraire il y a trois ans.

Maître Laurent-Franck Liénard, avocat de R.L., a plaidé la relaxe. « C’est une affaire à deux balles, il n’y a pas d’ITT, pas de blessé. C’est un non-événement », a-t-il affirmé. « Ce n’est pas si facile de faire la police d’une manière générale, encore plus difficile à Calais […] Ce ne sont pas des robocops », a-t-il souligné.

La procureure, Dorothée Perrier, a assuré avoir la « désagréable impression » que les PV, « dont le contenu ne correspond pas du tout à la vérité », « c’est pour couvrir des violences et justifier une interpellation intempestive ». Elle a requis un an de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction d’exercer contre le brigadier-chef. Six mois de prison avec sursis et un an d’interdiction d’exercer ont été requis contre les deux autres policiers. Le délibéré sera rendu le 2 septembre.