Famille juive séquestrée à Livry-Gargan : « Je me demandais s’ils allaient nous tuer », confie l’une des victimes avant le procès

INTERVIEW Il y a près de quatre ans, Robert Pinto, 89 ans, figure de la communauté juive était agressé et séquestré chez lui à Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. Alors que le procès de neuf personnes s'ouvre ce mardi, il témoigne

Propos recueillis par Caroline Politi

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Tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis).
Tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis). — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Cinq personnes, soupçonnées d’avoir séquestré, agressé et volé un couple de personnes âgées de confessions juives, sont jugées à partir de ce mardi devant les assises de Seine-Saint-Denis. Quatre autres comparaissent pour recel.
  • L’un des enjeux de l’audience sera de déterminer si les victimes ont été ciblées en raison de leur confession.
  • Quatre ans après les faits, Robert Pinto assure être encore très marqué par cette agression.

Malgré son âge avancé et une grave maladie, Robert Pinto, 89 ans, est déterminé à passer les deux semaines qui arrivent sur le banc des parties civiles de la cour d’assises de Seine-Saint-Denis. « Je n’ai pas vraiment envie de me replonger dans mes souvenirs mais c’est vraiment important pour moi d’assister au procès », confie l’ancien entrepreneur, figure de la communauté juive. Il y a près de quatre ans, le 8 septembre 2017, lui et son fils, quinquagénaire, ont été retrouvés par les policiers  ligotés chez eux, à Livry-Gargan, après avoir été séquestrés pendant près d’une heure, menacés avec un couteau et un tournevis, frappés par trois hommes au visage dissimulé. L’alerte avait été donnée quelques minutes auparavant par Mireille Pinto, alors âgée de 75 ans, femme et mère des deux victimes, elle-même violentée par leurs agresseurs qui se sont emparées de ses bijoux.

Cinq personnes, quatre hommes et une jeune femme, comparaissent jusqu’au 2 juillet pour séquestration en bande organisée sous la menace d’armes, avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme. Car selon les victimes, à plusieurs reprises, leurs agresseurs ont fait référence à leur religion. « Vous, les juifs vous avez de l’argent, nous, nous n’avons rien. Vous les juifs, vous êtes les gâtés de la Terre et nous, nous sommes les laissés pour compte », aurait notamment lancé l’un d’eux à Robert Pinto. Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, l’individu soupçonné d’être le commanditaire de l’agression aurait repéré Mireille Pinto, « une dame chic avec de beaux bijoux », puis suivie jusqu’à son domicile plusieurs semaines avant les faits.

L’un des enjeux de l’audience sera de déterminer si les victimes ont été ciblées en raison de leur confession. Au cours des investigations, seul un des trois hommes soupçonnés de l'agression a reconnu avoir pris part au vol tout en affirmant que celui-ci s’est déroulé sans violence et, surtout, qu’il ignorait la confession des victimes. Quatre personnes sont également jugées pour recel de vol.

Pour 20 Minutes, Robert Pinto revient sur cette matinée de violence.

Quels souvenirs gardez-vous de votre agression ?

C’était terrible, on a été battus, frappés. C’était d’une violence inouïe, on est encore très marqués alors que c’était il y a presque quatre ans. Ils nous ont répété en boucle « Vous êtes des juifs, vous avez de l’argent, donnez-nous l’argent ». C’était une répétition permanente, ils nous menaçaient avec un couteau et un tournevis. Ils ont battu ma femme, mon fils. Moi, ils m’ont donné un coup dans la tête. Pendant tout ce temps, je me demandais s’ils allaient nous tuer.

Vous avez aujourd’hui quitté Livry-Gargan pour Paris. Est-ce suite à cette agression ?

Avec ma femme, après l’agression, on ne se sentait plus en sécurité chez nous alors que ça faisait 30 ans qu’on habitait là. On a très vite pris la décision de déménager à Paris mais on a mis un peu de temps à trouver un logement. Ça nous a coûté très cher mais de toute façon, on ne pouvait pas rester, on n’était plus en sécurité. Aujourd’hui, on est encore très marqués par ce qu’il s’est passé. On est encore sous le choc, personne n’imagine la violence qu’on a subie.

La circonstance aggravante d’antisémitisme a été retenue dans cette affaire. Est-ce que votre agression a modifié votre pratique religieuse ?

Non. Nous n’avons pas cédé et nous continuerons à pratiquer. Je suis français, je suis juif, je n’ai pas à me cacher ou à changer.

Qu’attendez-vous de ce procès ?

Que ces bandits soient punis, tout simplement.