Violences conjugales : Valérie Bacot, une femme battue jugée pour l’assassinat de son mari violent

PROCES Valérie Bacot, 40 ans, comparaît à compter de ce lundi devant les assises de Saône-et-Loire pour avoir tué son ex-beau-père, qui l’a violée dès l’âge de 12 ans avant de devenir à la fois son mari et son proxénète

Thibaut Chevillard

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Violences conjugales : Valérie Bacot jugée pour l’assassinat de son mari violent — 20 Minutes
  • Valérie Bacot, 40 ans, est jugée à partir de ce lundi devant les assises de Saône-et-Loire pour avoir tué en 2017 son ex-beau-père, qui l’a violée dès l’âge de 12 ans avant de devenir son mari et son proxénète.
  • Mineurs au moment des faits, ses deux fils et un autre adolescent ont été jugés en décembre 2020 pour l’avoir aidé à enterrer le corps dans un bois. Ils ont été condamnés à une peine de six mois de prison avec sursis.
  • Valérie Bacot, elle, encourt la prison à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi 25 juin.

Le 29 mai 2017, Carole G. pousse les portes de la gendarmerie de Digoin  (Saône-et-Loire). Elle n’a jamais osé en parler, par peur de représailles. Mais elle ne peut plus garder pour elle ces informations importantes concernant la disparition de Daniel Polette. Son fils, Lucas, 17 ans, fréquente depuis trois ans Karline, la fille de cet homme de 61 ans qui n’a plus donné de signe de vie depuis le 13 mars 2016. Ce jour-là, vers 20h, l’adolescent reçoit un message de Valérie Bacot, la femme de Daniel. « Ca y est c’est fait », écrit-elle. Une heure après, elle passe chercher Lucas en voiture. Lorsqu’il rentre, le lendemain soir, il confie à sa mère que Valérie a tué son mari et qu’avec l’aide de ses deux fils, Kévin et Dylan, il l’a aidée à enterrer le corps dans un bois, près du lac du château de La Clayette.

Cinq ans après les faits, Valérie Bacot, 40 ans, est jugée à partir de lundi devant la cour d’assises de la Saône-et-Loire pour assassinat. Ses deux fils et Lucas ont été jugés en décembre 2019 devant un tribunal pour enfants de Mâcon. Ils ont été condamnés à une peine de six mois de prison avec sursis pour recel de cadavre. « Elle est soulagée de pouvoir enfin s’exprimer et pressée de connaître le verdict. Mais elle est aussi un peu angoissée car elle sait qu’elle va aller en prison. Et elle a peur de laisser ses enfants », explique à 20 Minutes son avocate, Me Janine Bonaggiunta. Pour sa cliente, c’est un dernier combat à mener « contre son mari violeur ». Un combat qu’elle mène « pour que ses enfants puissent connaître la vérité ».

« Dany », mari violent et proxénète

Son histoire, Valérie Bacot l’a racontée aux gendarmes qui l’ont interpellée le 2 octobre 2017 : 24 années de calvaire. Avant d’être avec elle, Daniel était le compagnon de sa mère. Adolescente, elle est abusée régulièrement par ce beau-père violent et alcoolique. Condamné pour l’avoir agressé sexuellement, il écope en 1995 de quatre ans de détention. Lorsqu’il sort de prison, la jeune femme de 18 ans continue de le voir et part vivre avec lui après être tombée enceinte. Une façon, explique-t-elle, d’échapper à sa mère alcoolique.

Mariés en 2008, ils ont quatre enfants, trois garçons et une fille. Mais dès la naissance de l’aîné, Daniel commence à frapper Valérie, parfois avec un marteau, la menace de mort avec des armes. Il l’oblige à aller lui acheter de la bière tandis qu’il regarde des films pornos dans le salon familial.

Les femmes qui ont partagé la vie de Daniel ne racontent pas autre chose aux enquêteurs. Elles se souviennent d’un homme violent, bagarreur, macho, autoritaire. L’une d’elles explique qu’il la frappait avec un poing américain, qu’il l’a déjà poursuivie avec un couteau et qu’il avait menacé leur fils avec un fusil.

Daniel contrôle les faits et gestes de Valérie. Il l’oblige même, depuis une quinzaine d’années, à se prostituer. Pour cela, il a aménagé l’arrière d’un Peugeot 806 en y installant des rideaux et un matelas. Il gère les rendez-vous par téléphone : entre 20 et 50 euros la passe. Ce qu’il aime par-dessus tout, Daniel, c’est regarder sa femme lorsqu’elle est avec un client, lui donner des instructions grâce à une oreillette. Elle est sa chose, son objet sexuel. Il la contraint à avoir des relations avec des femmes, ce qui l’excite. Il a fait tatouer son surnom, « Dany », au niveau des cicatrices de sa césarienne.

Enterré dans un bois

Un jour, « Dany » demande à sa fille comment elle est « sexuellement ». Envisagerait-il de prostituer également l’adolescente de 14 ans ? Pour Valérie, c’en est trop. Le 13 mars 2016, elle subtilise l’une des armes de son mari, la dissimule dans le sac qu’elle prend pour se rendre à un rendez-vous. Dans un petit bois, en bord de RN79, elle retrouve son client du jour. Les choses se passent mal. Il est brutal, elle pleure de douleur. Daniel est énervé, il crie. Assis à l’avant du véhicule pendant qu’elle se change, il ne voit pas Valérie sortir le revolver de son sac, fermer les yeux, et lui tirer une balle dans la nuque. En les rouvrant, Valérie constate qu’il est mort. Elle ouvre alors la portière côté conducteur et le laisse tomber au sol.

Plus tard, elle revient avec Lucas G., alors âgé de 16 ans, pour qu’il l’aide à mettre le corps dans la voiture. De retour à la maison, elle annonce la nouvelle à ses enfants. Avec Lucas et ses deux fils, Dylan, 15 ans, Kévin, 17 ans, elle part enterrer Daniel dans une forêt et fait disparaître l’arme du crime. Sur leurs indications, les gendarmes retrouvent le corps dans les bois. Proche de la momification, il porte une alliance sur laquelle est gravée « Valérie 15/11/2008 », la date de leur mariage.

Selon l’un des experts qui l’a examinée, Valérie Bacot « avait acquis la certitude que seul ce geste pourrait lui permettre de protéger ses enfants ». Il explique son passage à l’acte par un « sentiment de terreur » et « son épuisement émotionnel du fait de son hypervigilance permanente ». La juge d’instruction reconnaît que les violences infligées par Daniel éclairent la personnalité de Valérie et les circonstances de son crime. Mais la magistrate souligne aussi qu’elle n’était pas en situation de légitime défense lorsqu’elle l’a tué : il était désarmé et lui tournait le dos. Au contraire, elle avait préparé son geste, qu’elle avait évoqué auprès de sa fille.

Similitudes avec l’affaire Jacqueline Sauvage

L’affaire est souvent comparée à celle de Jacqueline Sauvage, condamnée à 10 ans de réclusion pour avoir tué son mari le 10 septembre 2012 de trois coups de fusil dans le dos, avant d’être graciée. Les deux avocates de Valérie Bacot ont d’ailleurs assuré la défense de celle qui était devenue un symbole des violences conjugales. « Ces affaires ne sont similaires que sur un point : ce sont des violences intrafamiliales qui duraient depuis de nombreuses années, souligne Me Bonaggiunta. La grande différence, c’est que cette femme a d’abord été une petite fille aux mains de ce bourreau, puisqu’il l’a violé lorsqu’elle avait 12 ans. »

Valérie Bacot encourt la prison à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi 25 juin.