Affaire Tariq Ramadan : L’expertise concluant à son emprise sur les femmes l’accusant de viol, annulée

ENQUETE De nouveaux experts vont devoir réexaminer cette question au cœur de l’affaire d’accusation de viol

20 Minutes avec AFP

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La cour d'appel de Paris a annulé jeudi 17 juin 2021 une expertise psychiatrique selon laquelle les femmes qui accusent Tariq Ramadan de viols étaient en partie sous son emprise.
La cour d'appel de Paris a annulé jeudi 17 juin 2021 une expertise psychiatrique selon laquelle les femmes qui accusent Tariq Ramadan de viols étaient en partie sous son emprise. — Michel Spingler/AP/SIPA

Les femmes qui accusent Tariq Ramadan de viols étaient-elles en partie sous son emprise ? Cette question au cœur de l’affaire va devoir être à nouveau examinée, après l’annulation de l'expertise du Dr Daniel Zagury par la cour d’appel de Paris jeudi. Cette expertise psychiatrique datant de mai 2020 a été invalidée par la chambre de l’instruction pour un vice de procédure.

Le célèbre psychiatre a en effet interrogé plusieurs plaignantes ou témoins sans l’accord des juges d’instruction, alors qu’il avait seulement été autorisé à consulter le dossier, dans lequel figuraient les déclarations des femmes concernées.

« L’expert a commis un abus de pouvoir »

La cour juge toutefois que « l’analyse des relations ayant pu exister entre les huit plaignants et témoins recensés (…) et Tariq Ramadan constitue un élément central de la procédure qui doit impérativement faire l’objet d’une étude approfondie », qui pourrait être confiée à « un collège d’experts », selon l’arrêt.

« L’expert a commis un abus de pouvoir qui a été sanctionné, c’est la juste application de la loi », s’est félicité Philippe Ohayon, un des conseils de Tariq Ramadan, mis en examen pour des soupçons de viols sur cinq femmes, ce que l’intellectuel suisse conteste fermement, plaidant des relations consenties.

Une emprise qui justifierait des échanges jugés « ambivalents »

« Cette décision confirme bien qu’il n’y a plus de dossier Ramadan », assurent deux autres avocats de la défense, Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi, considérant « la notion d’emprise » comme « une bouée de sauvetage pour sauver cette instruction du naufrage judiciaire ». A l’inverse, pour Eric Morain, avocat de deux plaignantes, « la cour a ordonné une contre-expertise, preuve, s’il en est, que la question de l’emprise est plus que jamais au cœur de ce dossier ».

Le débat sur la notion d’emprise s’est imposé dans cette affaire après que les plaignantes ont été parfois mises en difficulté par la révélation de leurs échanges avec Tariq Ramadan, jugés « ambivalents » par les enquêteurs depuis une première plainte en octobre 2017.

Une emprise en quatre étapes

Dans son rapport, le Dr Zagury décrivait en quatre étapes la relation instaurée par Tariq Ramadan : une « vénération » pour « l’intellectuel brillant » rencontré sur les réseaux sociaux, puis des échanges « de plus en plus érotisés avec une coloration sado-masochique de domination/soumission », suivis d’une rencontre « décrite comme un enchaînement soudain et brutal » vers des pratiques sexuelles extrêmes, avant une quatrième phase de sentiments contradictoires (rancœur, culpabilisation, vengeance, admiration et sujétion persistantes).

Ce débat judiciaire sur la notion d’emprise est primordial pour les juges d’instruction qui doivent déterminer, avant d’ordonner un éventuel procès ou l’abandon des poursuites, si l’islamologue peut être ou non accusé d’avoir imposé des actes de pénétration sexuelle par une forme de « contrainte morale ».