Affaire Bygmalion : Un an de prison dont six mois avec sursis requis contre Nicolas Sarkozy

PROCES Le ministère public a requis des peines lourdes à l'encontre de Nicolas Sarkozy et des treize autres prévenus jugés dans le dossier Bygmalion

Vincent Vantighem

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Paris, le 15 Juin 2021. Nicolas Sarkozy arrive au tribunal judiciaire de Paris pour être interrogé sur l'affaire Bygmalion.
Paris, le 15 Juin 2021. Nicolas Sarkozy arrive au tribunal judiciaire de Paris pour être interrogé sur l'affaire Bygmalion. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • Depuis le 20 mai, la 11e chambre du tribunal judiciaire de Paris examine l’affaire Bygmalion, dans laquelle 14 personnes sont jugées, dont Nicolas Sarkozy.
  • Après cinq semaines d’audience, le parquet a requis de lourdes peines à l’encontre des prévenus jugés dans le cadre de cette vaste affaire d’escroquerie.
  • Vendredi, les avocats de la défense vont commencer à plaider. Le jugement sera ensuite mis en délibéré.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Nicolas Baïetto, le procureur, a tenu à bien préciser les choses avant de se lancer. « Il était président de la République au moment des faits. C’est une fonction qui exigeait un comportement irréprochable… » Tout le monde a immédiatement compris que la suite serait lourde. Le parquet a requis, ce jeudi après-midi, une peine d’un an de prison dont six mois avec sursis et 3.750 euros d’amende à l’encontre de Nicolas Sarkozy, jugé depuis le 20 mai pour  la vaste affaire de fausses factures Bygmalion.

Renvoyé pour le seul délit de « financement illégal de campagne électorale », l'ancien chef de l'Etat encourrait une peine maximale d’un an de prison ferme. Le parquet a justifié sa sévérité en indiquant que Nicolas Sarkozy n’était pas un prévenu comme les autres. En raison de son ancien statut de chef de l’Etat évidemment, mais aussi de son attitude tout au long du procès. « Nicolas Sarkozy ne regrette visiblement rien parce qu’il n’est venu qu’à une seule audience. Alors que toutes les audiences le concernaient ! », a ainsi taclé Vanessa Perrée, la procureure adjointe.

Pour le parquet, Sarkozy est « dans les abysses »

Afin de marquer sa distance avec les treize autres prévenus du dossier, l'ex-président de la République avait en effet choisi de ne pas se présenter devant la 11e chambre chargée d’examiner l’affaire, à l'exception de mardi dernier, où il a été interrogé pendant près de cinq heures. A la barre, il avait alors contesté le fait que sa campagne présidentielle de 2012 ait coûté deux fois plus que le plafond autorisé par la loi. « C’est une fable ! », avait-il alors lâché.

Une stratégie qui n’a évidemment pas convaincu le parquet. Pis, elle semble l’avoir encore plus énervé, tant les preuves du dérapage sont désormais nombreuses. Chef de l’Etat au moment des faits, Nicolas Sarkozy « a bien donné des indications qu’il savait contraires aux éléments donnés par ses experts-comptables », a ainsi lâché la procureure adjointe. Et, rappelant qu’il avait signé ses comptes de campagne, elle l’a vivement critiqué. « Prétendre que sa signature n’engageait rien alors qu’il signait chaque jour des décrets engageant la République est abyssal ! »

Des peines de prison avec sursis à l’encontre de tous les prévenus

Avant de requérir ses peines, les deux voix du parquet avaient passé la journée à décrypter encore et encore le système de fausses factures ayant permis à Nicolas Sarkozy de dépenser 42,8 millions d'euros alors qu’il ne pouvait, au regard de la loi, pas dépasser le plafond de 22,5 millions d’euros.

Des peines allant de 18 mois à quatre ans de prison avec sursis ont également été requises à l’encontre des autres prévenus du dossier, jugés depuis le 20 mai dans cette vaste affaire d’escroquerie. A l’exception notable de Bastien Millot, ancien fondateur de l’agence Bygmalion, pour qui une peine de deux ans de prison dont un an ferme a été réclamée. Son avocat aura la parole, vendredi, pour tenter de lui éviter cela. Le procès doit s’achever mardi. La décision sera alors mise en délibéré.

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