Grenoble : Le double meurtre d'une mère de famille et de sa fille résolu 28 ans après

COLD CASE Suspecté du double homicide, le mari et père des deux victimes a été mis en examen et écroué même s’il nie les faits

C.G. avec AFP

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Grenoble, le 2 novembre 2015
Illustration du Palais de justice / cour d'assises de Grenoble
Grenoble, le 2 novembre 2015 Illustration du Palais de justice / cour d'assises de Grenoble —
  • Michèle Chabert et sa fille Christine ont été égorgées le 7 janvier 1993 à leur domicile.
  • 28 ans après, l’affaire semble enfin résolue.
  • Les enquêteurs ont pu confondre le père et mari des victimes grâce à l’ADN de traces de sperme retrouvées sur le pantalon de l’adolescente.
  • Le suspect, qui disposait jusque-là d’un solide alibi, nie les faits.
     

Les enquêteurs et les cinq juges d’instruction, qui se sont succédé sur le dossier, ont dû s’armer de patience. Mais leur persévérance a fini par payer. 28 ans après l’assassinat de Michèle Chabert, mère de famille, et le meurtre ainsi que le viol de Christine, sa fille âgée de 13 ans, l’enquête a enfin été résolue.

Un homme, âgé aujourd’hui de 72 ans, a été mis en examen et incarcéré mercredi. Il s’agit du mari et père des deux victimes, qui avaient été égorgées à leur domicile sur la commune de Sassenage (Isère) le 7 janvier 1993, apprend-on du parquet de Grenoble. Leurs corps avaient été découverts dans leurs chambres respectives.

Un alibi qui aura tenu près de 30 ans

Le suspect avait pourtant un solide alibi. Il était censé se trouver à la même période en Roumanie, son pays d’origine, pour y passer les fêtes de Noël en compagnie du fils du couple, âgé de 8 ans. Cet alibi aura tenu presque 30 ans avant que les progrès de la science ne viennent le contredire. L’ADN de traces de spermes relevées sur le pantalon de l’adolescente ont permis d’identifier le père de famille.

Dans les jours et les mois qui suivent le drame, l’enquête n’a débouché sur aucune piste probante et les multiples appels à témoins, dont un dans l’émission de télévision Témoin numéro un de Jacques Pradel en 1995, n’ont abouti à aucune avancée significative.

Depuis, les gendarmes n’ont « jamais abandonné la recherche de la vérité », a expliqué lors d’une conférence de presse le colonel Lionel James, commandant de la section de recherches de la gendarmerie de Grenoble, en charge de l’enquête depuis le début.

Le suspect dit ne se souvenir de rien

Début 2021, suite à une énième relecture du dossier par les enquêteurs, le laboratoire de l’Institut de recherches criminelles de la gendarmerie nationale « mettait en évidence de nombreuses traces du sperme du suspect sur le pantalon de sa fille Christine », a détaillé à la presse le procureur de la République de Grenoble Eric Vaillant, saluant l’avancée des techniques de laboratoire. « Aujourd’hui, on peut découvrir de l’ADN dans des traces beaucoup plus fines ».

Placé lundi en garde à vue et face à des données « sans équivoque », le suspect a dit aux enquêteurs « qu’en supposant que ce soit lui », il n’avait « aucun souvenir d’avoir commis les faits », selon le procureur, ajoutant qu’il avait gardé le silence devant les juges d’instruction.

« Cette enquête au long cours illustre la nécessité (…) de ne jamais perdre de vue ces affaires non résolues », conclut Eric Vaillant.