Affaire Mila : Après un renvoi, le procès de treize personnes poursuivies pour cyberharcèlement s’ouvre ce lundi

HAINE EN LIGNE Dix hommes et trois femmes, âgés de 18 à 35 ans, doivent comparaître devant la 10e chambre du tribunal judiciaire à Paris

Hélène Sergent

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Mila, adolescente iséroise de 18 ans est cyberharcelée depuis plus d'un an après une vidéo publiée sur Instagram dans laquelle elle fustigeait l'islam.
Mila, adolescente iséroise de 18 ans est cyberharcelée depuis plus d'un an après une vidéo publiée sur Instagram dans laquelle elle fustigeait l'islam. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Prévu initialement le 3 juin, le procès des treize internautes poursuivis pour avoir participé au cyberharcèlement de Mila a été renvoyé au 21 juin.
  • L’avocat Juan Branco, qui défend l’un des prévenus, a déposé deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) lors de l’audience du 3 juin, justifiant le renvoi du procès.
  • Si le tribunal rejette la transmission de ces QPC au Conseil constitutionnel, le procès pourra se tenir normalement ce lundi et jusqu’à mardi.

Retour au tribunal pour les treize internautes suspectés d’avoir participé au cyberharcèlement de Mila. Renvoyé le 3 juin dernier, le procès doit reprendre ce lundi à 9h. « Pour rendre une bonne justice, il faut parfois résister à la tentation de l’immédiateté », avait expliqué le président de la 10e chambre du tribunal judiciaire de Paris, Michaël Humbert. Lors de cette première audience, l’avocat d’un des prévenus, Me Juan Branco, avait déposé deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) entraînant le renvoi du procès.

Deux scénarios sont envisageables désormais. Soit le tribunal décide de transmettre ces QPC à la Cour de cassation et le procès sera une nouvelle fois renvoyé, soit les magistrats décident de ne pas les transmettre et le procès pourra officiellement démarrer ce lundi matin et jusqu’à mardi. Âgés de 18 à 35 ans, les treize prévenus sont tous poursuivis pour « harcèlement moral en ligne » et dix d’entre eux comparaissent également pour des « menaces de mort » ou « menace d’un autre crime ».

Une adolescente « bunkérisée »

Déjà présente à l’audience du 3 juin, Mila, adolescente iséroise visée par une violente campagne de cyberharcèlement, assistera aux débats. Brutalement sortie de l’anonymat il y a un peu plus d’un an après la publication d’une vidéo sur Instagram dans laquelle elle critiquait l’islam, la lycéenne est devenue le symbole d’un combat politique et judiciaire. Revendiquant son droit au blasphème et refusant de renoncer aux réseaux sociaux, Mila vit désormais « bunkérisée », selon les mots de son avocat, Richard Malka. Contrainte de quitter l’établissement scolaire où elle étudiait, elle fait depuis l’objet d’une protection policière.

Dans un livre publié jeudi 16 juin et intitulé Je suis le prix de votre liberté, la jeune femme décrit la déflagration provoquée par ces vagues successives de cyberharcèlement et les conséquences dramatiques sur son quotidien de lycéenne. « Oui, j’ai une vie de merde. Oui, je passe trop de mes soirées à pleurer dans mon lit pendant que vous dansez en after », décrit-elle dans son ouvrage. Toujours active sur Twitter ou Instagram, Mila fait régulièrement l’objet de menaces de mort ou de viol et de raids numériques.

« Je vais faire une Samuel Paty »

Des raids numériques auxquels les treize prévenus sont suspectés d’avoir participé à l’automne 2020. Intérimaire, étudiant ou sans emploi, athées, musulmans ou catholiques, ces dix hommes et trois femmes aux profils divers ont tous été placés sous contrôle judiciaire dans l’attente du procès. Lors de l’audience du 3 juin, le président de la 10e chambre avait rappelé à chacun et chacune les phrases et messages qui leur valent aujourd’hui de comparaître devant un tribunal.

« Je te souhaite de mourir de la façon la plus atroce qui puisse exister […]. Je me ferai le plus grand plaisir de lacérer ton corps avec mon plus beau couteau », a ainsi envoyé une jeune femme âgée de 19 ans. « Mila elle continuera jusqu’à ce que quelqu’un la trouve et la crève, c’est tout ce qu’elle mérite. Et tous ceux qui défendent Mila méritent de crever à leur tour », a écrit un prévenu âgé de 20 ans, tandis qu’un autre lançait à ses abonnés Twitter : « Bon Mila, c’est quand que tu vas fermer ta gueule ? […] Saute d’un pont […]. Dis moi t’habite où je vais faire une Samuel Paty ».

Pour ces messages susceptibles de constituer un délit de harcèlement en ligne, tous les prévenus encourent jusqu’à deux ans de prison et 30.000 euros d’amende. Quant aux auteurs des menaces de mort ou de viol, ils s’exposent à une peine de trois ans de prison et 75.000 euros d’amende.