Procès Horus : L’agent de la DGSI vendait des informations confidentielles pour « mettre du beurre dans les épinards »

PROCES Jugé devant le tribunal correctionnel de Nanterre, il risque 10 ans de prison

20 Minutes avec AFP

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Le procès de Haurus, ancien agent de la DGSI, débute mardi 15 juin 2021.
Le procès de Haurus, ancien agent de la DGSI, débute mardi 15 juin 2021. — Romain GAILLARD-POOL/SIPA

Accusé d’avoir vendu des informations confidentielles sur Internet, « Haurus », ancien agent de la DGSI, s’est expliqué lors de son procès qui débutait ce mardi. Baskets blanches, jeans, chemise et masque noir siglé du drapeau tricolore, l’homme de 35 ans, qui travaillait dans une unité antiterroriste de la Direction générale de la sécurité intérieure, a expliqué à la barre, d’un ton calme et assuré, avoir commencé à fréquenter le darknet pour le travail en 2017, dans le cadre d’une enquête sur le financement d’un projet terroriste.

Là, sur un forum, il rencontre un faussaire ayant « pignon sur rue ». Séduit par l’idée de pouvoir mettre « du beurre dans les épinards » alors qu’il est endetté, l’enquêteur spécialisé sur l’islam radical se met à fournir au faussaire, jugé à ses côtés cette semaine à Nanterre, de vraies informations servant à la fabrication de faux documents administratifs, carte grise ou permis de conduire. « Ça me prenait cinq minutes par jour (…) ça ne me semblait pas grand-chose », a-t-il expliqué à la barre.

« Là, ça dérape vraiment »

Puis lui vient l’idée de fournir des informations plus détaillées auxquelles il a accès grâce à son travail : dernière adresse connue, antécédents judiciaires, lieux de voyage de la personne… « Là, ça dérape vraiment ». Haurus facture alors ses services jusqu’à 300 euros.

Plusieurs mois après, il prend son pseudonyme « Haurus » et rejoint un autre forum, où de « sous-traitant » il devient « auto-entrepreneur », a-t-il raconté, reprenant les termes de la présidente du tribunal. Il monte lui-même une boutique où il vend ses informations. « Il y avait une forme de distanciation, dans la journée j’étais le bon flic (…) et le soir j’endossais le rôle d’Haurus ».

382 recherches illégitimes

A la barre, l’ancien engagé volontaire dans la gendarmerie, qui a expliqué avoir été « très marqué par les attentats de 2015 », s’est décrit comme une personne victime d’une forme « d’addiction » qui ne se serait jamais arrêté de lui-même. Mais il a refusé que son portrait soit perçu comme celui du « ripou de la police nationale ». « Les agents de police qui font des recherches à titre personnel, ce n’est pas une légende urbaine », a-t-il ajouté.

Il a également rappelé n’avoir pas vendu d’informations tirées de la base de renseignement de la DGSI, précisant l’avoir simplement consultée à des fins personnelles pour des « vérifications ». Selon l’accusation, il aurait effectué 382 recherches illégitimes. « Dix requêtes peuvent avoir été faites pour une seule et même recherche », a-t-il nuancé, estimant à 30.000 euros les gains ainsi réalisés.

Son compagnon, deux faussaires et deux clients parmi les prévenus

Il a notamment reçu une commande, finalement annulée, pour trouver l’identité de « Christelle » une des femmes qui accuse l’islamologue suisse Tariq Ramadan de viol. Ces deux personnes se sont portées partie civile dans cette affaire.

Sont également prévenus dans cette affaire le compagnon, accusé d’être son complice, deux faussaires du darknet et deux de ses clients : un détective privé et un homme trempant dans le milieu du grand banditisme marseillais, déjà écroué dans une autre affaire. Plusieurs « commandes » de ce dernier sont particulièrement étudiées par la justice, plusieurs hommes ayant été assassinés à Marseille après des recherches d’Haurus à leur sujet.

Corruption passive et association de malfaiteurs

Ce volet de l’affaire a valu au fonctionnaire de police une autre mise en examen, à Marseille, pour corruption passive et association de malfaiteurs en vue de commettre des crimes en bande organisée.

Interrogé à ce sujet, il a rappelé mardi qu’il n’avait pas encore été entendu au fond avant d’ajouter : « A l’époque, je regarde des heures de vidéo de décapitation », pour le travail. « Ce qui se passe à Marseille, ça me passe au-dessus. Les règlements de compte là-bas, on en entend parler tous les jours ». A Nanterre, le procès est prévu jusqu’à vendredi et le délibéré devrait être connu à la rentrée.