Affaire Bygmalion : « Elle est où, ma campagne en or massif ? », conteste Nicolas Sarkozy

PROCES Absent des débats depuis le 20 mai, Nicolas Sarkozy s’est présenté, ce mardi, devant le tribunal judiciaire de Paris pour être interrogé sur l’affaire « Bygmalion »

Vincent Vantighem

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Nicolas Sarkozy au palais de justice de Paris, le 13 novembre 2020 (illustration).
Nicolas Sarkozy au palais de justice de Paris, le 13 novembre 2020 (illustration). — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Depuis le 20 mai, la 11e chambre du tribunal judiciaire de Paris examine l’affaire Bygmalion, dans laquelle 14 personnes sont jugées, dont Nicolas Sarkozy.
  • Alors qu’il avait séché toutes les audiences jusque-là, l’ancien chef de l’Etat s’est présenté à la barre, ce mardi, pour être interrogé.
  • Renvoyé pour le financement illégal de sa campagne électorale de 2012, il encourt une peine d’un an de prison et 3.750 euros d’amende.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Il avait choisi un costume sombre. Une cravate de la même teinte. Tout comme le masque. Peut-être pour bien assortir sa tenue avec son regard noir. Pendant près de trois heures, ce mardi après-midi, Nicolas Sarkozy est venu témoigner à la barre du tribunal judiciaire de Paris de sa colère d’être mis en cause dans l’affaire Bygmalion. Est-ce parce qu’il avait séché toutes les audiences jusqu’ici ? L’ancien chef de l’État est paru énervé. Agité. Tremblant par moments. Débordé par sa propre émotion. Comme s’il voulait tout dire en même temps. Au risque de ne rien dire du tout.

D’ailleurs, ce n’est qu’au bout de dix minutes qu’il est parvenu à trouver le mot qu’il cherchait pour résumer sa position. Un mot qu’il connaît pourtant bien. « Mais c’est une fable ! C’est une fable ! », a-t-il répété après un temps d’arrêt. Non, sa campagne présidentielle de 2012 ne s’est pas « emballée », comme certains témoins et prévenus l’ont prétendu. Non, il n’avait pas prévu de ne faire « que cinq meetings » avant d’en enchaîner finalement quarante-quatre. « C’est une fable que de penser ça ! […] C’est une insulte à mon expérience politique ! »

Et les campagnes de Hollande et Le Pen ?

C’est pourtant le nœud gordien de l’affaire. L’enquête a démontré que la course effrénée à sa réélection avait coûté 42,8 millions d’euros alors qu’il ne pouvait en dépenser plus de 22,5 millions. Pour rester sous le plafond fixé par la loi, un système de fausses factures a donc été mis en place. Mais neuf ans après les faits, sept ans après leur révélation par la presse, l’ancien chef de l’État conteste toujours cette analyse purement comptable. En dépit des trois semaines d’audience auxquelles il n’a pas assisté. En dépit des déclarations des treize autres prévenus, surtout…

« Mais j’aimerais qu’on m’explique en quoi la campagne de 2012 a coûté deux fois plus qu’en 2007. J’ai fait le même nombre de meetings ! Le même nombre de villes ! Elle est où, ma campagne en or massif ? » Agité à la barre, pointant du doigt ici un témoin, là un avocat, se retournant dans le prétoire, agitant ses documents, l’ancien chef de l’État martèle : « J’aimerais qu’on me dise en quoi ma campagne a été différente de celle de Monsieur Hollande ou de celle de Madame Le Pen ? »

Du caviar et des drapeaux et une symphonie

Reprenant sa respiration, il enchaîne alors. « On se moque du monde ! L’argent n’a pas été dans ma campagne. Sinon, cela se serait vu ! On aurait dit : "Nicolas Sarkozy est devenu fou ! Il donne du caviar au public de ses meetings !" » Du caviar, non. Mais des écrans géants, des TGV pour faire venir des militants, des brassées de drapeaux bleu-blanc-rouge et même une symphonie composée pour accompagner l’arrivée du candidat, oui. Sur ce dernier point, il se défend en prétendant que la musique a été offerte « par un ami de Carla ». Avant de se faire corriger par le procureur, qui sort la facture de l’orchestre, pour un montant de 72.000 euros.

D’une voix calme qui tranche avec celle du prévenu, Caroline Viguier, la présidente de la 11e chambre, rappelle alors, un par un, les éléments qui paraissent incontestables. Mais à chaque fois, il répond : « Non, madame ! Non, madame ! » Et persiste : « Personne n’a démontré que ma campagne avait valu deux fois son prix ! Personne ! »

Et pourtant si… Le système de fausses factures a bien été établi. Cela fait maintenant trois semaines qu’il s’affiche tous les jours sur l’écran géant du prétoire. Nicolas Sarkozy ne peut le contester. Il faut juste suggérer une autre utilité à ce montage frauduleux. « Moi, je ne suis pas là pour accuser qui que ce soit », attaque-t-il avant de parler opportunément de Jérôme Lavrilleux, le lieutenant de Jean-François Copé, qui dirigeait l’UMP, à l’époque… Et de la société Bygmalion dont « le chiffre d’affaires a bien augmenté grâce à la campagne ».

« Je ne sais pas ce qui leur est passé par la tête, balance-t-il sans ciller. En tout cas, si je n’avais pas eu l’idée de rassembler ma famille politique et de mettre Copé à la tête de l’UMP, personne ne serait ici. Parce que jamais il n’y aurait eu de Bygmalion… » Mais le temps des regrets est révolu depuis longtemps. Et ne sert plus à rien. Jean-François Copé a bénéficié d’un non-lieu. Nicolas Sarkozy, lui, encourt une peine d’un an de prison ferme pour « financement illégal de campagne ». Vendredi, ce sera au tour de son avocat de plaider pour lui éviter l’infamie d’une deuxième condamnation en moins de six mois, après celle du dossier des écoutes de Paul Bismuth.

Suivez en direct ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem