Meurtre d’Elodie Kulik : Willy Bardon jugé en appel pour le meurtre et le viol de la jeune femme en 2002

PROCES Condamné en première instance à 30 ans de prison, Willy Bardon est jugé à partir de lundi devant la cour d’appel de Douai pour le meurtre et le viol de la jeune banquière en 2002

Thibaut Chevillard

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Jacky Kulik avec un portrait de sa fille tuée en 2002 Elodie Kulik, lors de l'ouverture du procès de Willy Bardon à Amiens le 21 novembre 2019
Jacky Kulik avec un portrait de sa fille tuée en 2002 Elodie Kulik, lors de l'ouverture du procès de Willy Bardon à Amiens le 21 novembre 2019 — DENIS CHARLET / AFP
  • Elodie Kulik, 24 ans, a été violée et étranglée dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002. Son corps, en partie carbonisé, a été découvert sur un terrain vague à Tertry (Somme).
  • Jugé fin 2019 pour ces faits, Willy Bardon a été condamné à trente ans de réclusion criminelle. A l’énoncé du verdict, il a tenté de mettre fin à ses jours en avalant du poison.
  • Agé de 47 ans, il comparait devant la cour d’appel de Douai à partir de lundi. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Retour aux assises pour Willy Bardon. Condamné en première instance à 30 ans de prison pour le viol et le meurtre d’ Elodie Kulik en 2002 dans la Somme, il est jugé en appel à partir de lundi, mais à Douai cette fois. Il faut dire que le premier procès, fin 2019 à Amiens, s’est déroulé  dans une ambiance tendue, le meurtre de la jeune banquière ayant profondément marqué les habitants de la région, venus nombreux pour soutenir Jacky, le père de la victime.

« C’est un dépaysement de façade, regrette Me Gabriel Dumenil, qui défend Willy Bardon aux côtés de Marc Bailly et de Stéphane Daquo. La Cour de cassation a accepté de dépayser l’affaire mais, dans une sorte de pied de nez à la défense, dans un tribunal tout aussi proche des lieux des faits. Cela pourrait prêter à sourire si ce n’était pas une affaire très sérieuse. »

Incarcéré en mai dernier

Autre différence avec le premier procès. Willy Bardon, 47 ans, ne comparaîtra pas libre. Alors qu’il avait été placé sous contrôle judiciaire dans l’attente de ce nouveau rendez-vous judiciaire, il a été de nouveau incarcéré, en mai dernier, pour avoir violé son contrôle judiciaire en entrant en contact avec un témoin. « Sa remise en détention a été un coup dur mais il reste très combatif », poursuit Me Dumenil. Son client entend « beaucoup plus s’exprimer » que lors du premier procès. « Il va apporter un certain nombre d’éléments qui vont, je l’espère, et avec notre aide, emporter la conviction de la cour pour démontrer son innocence. »

Willy Bardon a toujours clamé qu'il n'a pas violé et étranglé Élodie Kulik. Que ce n’est pas lui qui a incendié son corps sur un terrain vague. Que ce n’est pas sa voix qu’on entend sur l’enregistrement de l’appel passé aux pompiers par la victime quelques minutes avant sa mort.

Un enregistrement de 26 secondes au cœur du procès

Le corps d’Elodie a été retrouvé à Tertry, le 11 janvier 2002, au bout d’un chemin de terre. Sur la scène de crime, les enquêteurs de la section de recherche d’Amiens ont prélevé quelques indices, dont un préservatif. Le sperme retrouvé à l’intérieur a permis aux experts scientifiques d’établir le profil ADN de l’auteur. Mais aucune trace de lui dans le Fnaeg, le fichier national des empreintes génétiques.

Durant près de dix ans, les investigations piétinent. En 2011, il est enfin identifié. Mais trop tard. Grégory Wiart est mort en 2003 à l’âge de 25 ans. Les enquêteurs vont alors orienter leurs investigations en direction des connaissances du jeune homme. En janvier 2013, sept de ses proches sont placés en garde à vue. Parmi eux, plusieurs reconnaissent la voix de Willy Bardon sur l’enregistrement de l’appel aux secours passé par la victime, le soir des faits.

Mais les experts qui ont analysé la bande ne sont jamais parvenus à identifier formellement la voix de Willy Bardon. Cet enregistrement est pourtant le seul élément matériel rattachant l’accusé au meurtre de la jeune femme. Lors de son premier procès à Amiens, l’accusé, grande gueule, a eu bien du mal à dissimuler sa misogynie, lui que certains proches décrivent comme «un gros dégueulasse » qui n’a «  aucun respect pour les gonzesses » et qui « saute sur tout ce qui bouge » pour se « vider les couilles ».

Mais ses avocats n’ont cessé de rappeler que son ADN n’a pas été retrouvé sur la scène de crime et que son téléphone n’a pas borné dans le secteur le soir des faits. A l’annonce du verdict, il avait tenté de mettre fin à ses jours dans le box des accusés en avalant très rapidement le contenu d’une bouteille, sous les yeux d’un public médusé. Le procès en appel est prévu pour durer trois semaines et demie.