Assassinat de Xavier Jugelé : « Une maman ne met pas un enfant au monde pour le voir mourir dans ces conditions »

PROCES Ce jeudi matin, les proches de Xavier Jugelé, ce policier assassiné sur les Champs-Elysées en avril 2017, ont pris la parole devant la cour d’assises spécialement composée

Caroline Politi

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Xavier Jugelé a été assassiné le 20 avril 2017 sur les Champs-Elysées, à Paris
Xavier Jugelé a été assassiné le 20 avril 2017 sur les Champs-Elysées, à Paris — Thibault Camus / POOL / AFP
  • Le 20 avril 2017, le brigadier Xavier Jugelé participait à une mission de sécurisation le long des Champs-Elysées, à Paris, quand Karim Cheurfi a ouvert le feu avec une Kalachnikov. Atteint par deux balles, le policier est mort sur le coup.
  • Si le terroriste a été abattu, quatre hommes soupçonnés de l’avoir aidé à se procurer une arme sont jugés depuis lundi.
  • Ce jeudi, les proches de la victime étaient appelées à témoigner.

A la cour d’assises spécialement composée à Paris,

C’est par une lettre, lue par l’une de ses avocates, qu’Odile, la mère de Xavier Jugelé, a choisi de raconter à la cour d’assises spécialement composée, cette funeste soirée du 20 avril 2017. Ce jour où Karim Cheurfi a ouvert le feu contre des policiers sur les Champs-Elysées, tuant son fils aîné. « En une fraction de seconde, j’apprends l’impensable, que moi, ta maman, je ne pourrais plus te serrer dans mes bras », écrit-elle. Il est un peu plus de 20 heures lorsque le frère cadet de la victime déboule dans le salon familial, affolé, apprenant à ses parents qu’un homme a commis un attentat, visant délibérément les forces de police.

Immédiatement, la mère de famille envoie un message à son aîné. « Le temps passe, cinq minutes, dix minutes, rien. Pas une réponse. J’écris alors le deuxième SMS qui lui aussi reste sans réponse. Et pour cause… » Son fils, qui s’apprêtait à fêter ses 38 ans, touché par deux balles au niveau du cou et du crâne, est mort sur le coup. Deux de ses collègues et une jeune étudiante allemande ont également été blessés. « Une maman ne met pas un enfant au monde pour le voir mourir dans ces conditions », insiste-t-elle.

« Je vous laisse juger car c’est votre rôle »

Karim Cheurfi a été abattu quelques minutes après l’attaque par les équipiers de Xavier Jugelé. « Heureusement, parce que sinon, ça aurait pu être moi dans ce box », souffle le père de la victime, un ancien militaire, aujourd’hui âgé de 66 ans. Quatre hommes, soupçonnés d’avoir aidé – à divers degrés – le terroriste à se procurer son arme sont néanmoins jugés depuis lundi. Parmi eux, seul Nourredine A., comparaît pour une infraction criminelle terroriste. Il est le seul des accusés qui connaissaient le tueur et a passé de longs moments avec lui les semaines précédant le meurtre. Les trois sont renvoyés pour détention illégale d’arme.

A la barre, Michel Jugelé raconte sa fierté de voir son fils embrasser la même « vocation » que lui, de le voir faire ses armes sur la base militaire dans laquelle il a lui-même débuté. Lui aussi raconte pudiquement, que ce « 20 avril 2017, le bonheur en a pris un sacré coup dans la gueule ». Pas une semaine ne se passe, sans qu’il ne se rende sur la tombe de son défunt fils, « qu’il pleuve ou qu’il vente ». Alors, il peine à cacher son exaspération, sa colère froide même, lorsqu’il entend les accusés se plaindre de leur placement à l’isolement depuis le début de leur détention. « Je veux que justice soit rendue. J’ai confiance en l’État et en ses institutions. Je ne dis pas que les accusés sont des terroristes car je ne peux pas le prouver », expose-t-il. Avant d’insister : « Je vous laisse juger car c’est votre rôle. »

C’est désormais au tour d’Etienne Cardilès, le compagnon de la victime dont il partageait la vie depuis six ans, de s’avancer devant la cour. Son discours, aussi poignant que digne, lors de l’hommage national est resté dans les mémoires. Mais ce jeudi, ce diplomate, prévient d’emblée : il n’a pas « l’intention de faire revivre l’intimité d’un drame ». Il préfère livrer ses impressions sur les premiers jours du procès. Ces « arguments sans doute désespérés » des accusés qu’il peine à croire. « La légèreté en guise de regret n’a convaincu aucun d’entre nous », insiste-t-il, estimant qu’ « aucun d’entre eux ne se sent concerné ».

L’émotion, jusqu’alors contenue, affleure lorsque le président de la cour d’assises, Laurent Raviot, l’invite à commenter quelques photos de la victime projetée dans la salle d’audience. Leurs dernières vacances en Crète, des clichés de Xavier Jugelé avec ses parents ou ses frères et sœurs. « Sa dernière visite à sa famille datait du week-end juste avant l’attentat, se remémore Etienne Cardilès. Il voulait reporter son séjour d’une semaine pour des raisons logistiques. Je l’ai poussé à y aller, j’en suis heureux. » Le procès doit se poursuivre jusqu’au 18.