Affaire Bygmalion : « Il faut se demander à qui tout cela a profité ? », balance Jean-François Copé

PROCES Jean-François Copé est venu témoigner, ce mercredi, au procès de Nicolas Sarkozy et des treize prévenus impliqués dans l’affaire Bygmalion

Vincent Vantighem

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Le maire de Meaux Jean-Francois Copé et Nicolas Sarkozy, alors président, à l'inauguration du Musée de la Grande Guerre à Meaux, le 11 novembre 2011
Le maire de Meaux Jean-Francois Copé et Nicolas Sarkozy, alors président, à l'inauguration du Musée de la Grande Guerre à Meaux, le 11 novembre 2011 — PHILIPPE WOJAZER POOL
  • Ajourné en raison du coronavirus en mars, le procès de l’affaire dite « Bygmalion » a repris le 20 mai devant la 11e chambre du tribunal judiciaire de Paris.
  • Anciens cadres de l’UMP, responsables de la campagne de 2012 et dirigeants de la société Bygmalion : au total, 14 personnes sont jugées pour cette affaire de fausses factures, dont l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, qui encourt une peine d’un an de prison.
  • Au cours des premières journées d’audiences, le tribunal a acquis la certitude qu’un système de fausses factures avait bien été mis en place. Reste à savoir qui en a eu l’idée, et qui en était informé.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Depuis le 20 mai, les jours se suivent et se ressemblent au tribunal judiciaire de Paris. Ils se lèvent invariablement avec le secret espoir de connaître enfin la vérité dans l’affaire Bygmalion. Mais ils s’achèvent toujours sur un sentiment d’impuissance. Un sentiment sur lequel Nicolas Baïetto, le procureur, a souhaité mettre des mots, mercredi soir. « On essaye de comprendre ce qui s’est passé… Mais je ne sais pas si on y arrivera… »

Quand il a dit ça, Jean-François Copé était à la barre depuis à peine 45 minutes. Mais tout le monde avait déjà compris qu’il pouvait y rester des jours entiers, des semaines même, sans pour autant permettre d’en savoir davantage sur cette affaire d’escroquerie, qui vaut à Nicolas Sarkozy et treize autres prévenus de risquer aujourd’hui une peine de prison ferme.

« Depuis, je n’ai pas repris de fonctions nationales… »

Pourtant, l’ancien secrétaire général de l’UMP est un personnage clé de l’affaire. Quand elle a éclaté, en 2014, il a d’abord été soupçonné d’avoir monté le fric-frac électoral dans le but de se constituer un trésor de guerre pour ses propres ambitions présidentielles. Mais l’enquête a finalement établi qu’il ne s’était pas enrichi. Qu’il n’était au courant de rien, même. Et il a été blanchi. C’est donc en simple témoin que Jean-François Copé était attendu à la barre, mercredi.

Mais c’est surtout en victime de toute cette affaire qu’il s’y est présenté. « Le 27 mai 2014 est sans doute le plus douloureux souvenir de ma vie professionnelle, attaque-t-il ainsi en faisant référence à la date où l’affaire a explosé. Tout le monde pensait que c’était moi. J’ai dû vivre avec ces rumeurs ignobles pendant des mois. J’ai démissionné. Et j’ai fait le choix de renoncer à mon engagement au service de la France. Et depuis, je n’ai pas repris de fonctions nationales… »

C’est donc en sa qualité de simple maire de Meaux (Seine-et-Marne) qu’il a répété avoir été « tenu à l’écart » du système de fausses factures ayant permis à Nicolas Sarkozy de dépenser 42,8 millions d’euros pour sa campagne électorale, alors que la loi le limitait à 22,508 millions. « J’ai toujours eu avec lui des relations assez directes, balance d’ailleurs Jean-François Copé à l’endroit de son meilleur ennemi. C’est de notoriété publique. Dans la minute [où j’aurais été informé], j’aurais été capable d’interdire cette folie. Et j’aurais été le lui dire ! »

Un « témoin un peu particulier » pour les avocats de la défense

La déclaration est forte. Mais insuffisante pour certains avocats de la défense, qui le considèrent toujours comme un « témoin un peu particulier ». Qui ne comprennent pas pourquoi il ne siège pas, avec eux, sur le banc des prévenus. Et voilà donc qu’ils enchaînent les questions pour tenter de le déstabiliser sur son degré de connaissance de l’escroquerie désormais caractérisée. Aussi efficace que de tenter d’apprendre à un vieux singe à faire une grimace ou à un homme politique à utiliser la langue de bois.

Son rôle dans la négociation d’un prêt de 55 millions d’euros ? « Rassurer les banques inquiètes d’une éventuelle défaite à la présidentielle ». Sa connaissance du coût des meetings gigantesques ? « Je faisais surtout des petites réunions publiques pour soutenir les candidats aux législatives… » Et ses réunions à l’Élysée avec Nicolas Sarkozy ? « On ne parlait pas du sujet des comptes… »

Mais si Jean-François Copé a renoncé à ses ambitions nationales, il n’a pas oublié comment s’en prendre à ses opposants sans en avoir l’air. Enfin sans vouloir en avoir l’air. Relancé encore et encore sur le même sujet, il finit par s’étonner du manque de soutien de sa famille politique alors que son nom est beaucoup cité en ce moment et que « d’autres noms ne sont jamais prononcés ». Avant d’encourager tous les avocats du dossier à se poser la seule question qui vaille : « Il faut vous demander à qui tout cela a profité ! »

Nicolas Sarkozy a « incontestablement bénéficié » de la fraude

On peut facilement imaginer que Jean-François Copé pense à la formule de Serge Tournaire en prononçant cette phrase. Dans son ordonnance, le juge d’instruction avait estimé que Nicolas Sarkozy n’avait pas « ordonné » la fraude, ni même qu’il y avait « participé » ou en avait « été informé », mais qu’il en avait « incontestablement bénéficié ».

A l’inverse de Jean-François Copé, c’est ce qui lui vaut de comparaître comme prévenu dans cette affaire. Mardi 15 juin, son tour viendra de se rendre à la barre pour se défendre. Non pas pour l’honneur. Mais pour convaincre qu’il ne mérite pas une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison ferme et 3.750 euros d’amende.

Suivez en direct ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem