Affaire Bygmalion : « Si j’avais su tout ça... », regrette celui qui a présidé l'Association de financement

PROCES Nicolas Sarkozy et 13 prévenus sont jugés jusqu’au 22 juin pour une vaste escroquerie liée aux comptes de campagne de l’élection présidentielle de 2012

Vincent Vantighem

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Les Sables d'Olonne, le 4 mai 2012. Nicolas Sarkozy lors d'un meeting de campagne pour la présidentielle de 2012.
Les Sables d'Olonne, le 4 mai 2012. Nicolas Sarkozy lors d'un meeting de campagne pour la présidentielle de 2012. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Ajourné en raison du coronavirus en mars, le procès de l’affaire dite « Bygmalion » a repris le 20 mai devant la 11e chambre du tribunal judiciaire de Paris.
  • Anciens cadres de l’UMP, responsables de la campagne de 2012 et dirigeants de la société Bygmalion : au total, 14 personnes sont jugées pour cette affaire de fausses factures, dont l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, qui encourt une peine d’un an de prison.
  • Au cours des premières journées d’audiences, le tribunal a acquis la certitude qu’un système de fausses factures avait bien été mis en place. Reste à savoir qui en a eu l’idée et qui en était informé.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Il avait dit non à deux reprises. Mais la troisième fois, Nicolas Sarkozy a envoyé Brice Hortefeux. Et Philippe Briand a fini par se résigner. Le maire de Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire) est venu, mardi, dire au tribunal judiciaire de Paris, à quel point il « regrettait » d’avoir accepté de présider l’Association de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy (AFCNS), lors de l’élection présidentielle de 2012. « Si j’avais su tout ça… »

Car « ça », c’est l’affaire Bygmalion. « Ça », c’est ce qui lui vaut de comparaître pour « usage de faux », « abus de confiance », « escroquerie » et « complicité de financement illégal de campagne électorale ». « Ça », c’est ce qui lui fait encourir une peine de cinq ans de prison aujourd’hui. Comme douze autres prévenus. Mais à dire vrai, cet homme de 60 ans à la posture aussi droite que la coupe de cheveux détonne dans le prétoire de la 11e chambre du tribunal. Comme s’il ne collait pas avec le reste du paysage…

Philippe Briand n’est évidemment pas du côté des anciens dirigeants de Bygmalion. Pas plus que parmi les responsables de l’UMP de l’époque. D’ailleurs, il n’avait pas de fonction prestigieuse au parti en 2012. Et puis, surtout, il n’est pas dans le camp toujours fidèle à l’ancien chef de l’État et qui est jugé pour cela… « Je n’étais pas sarkozyste, balance-t-il d’ailleurs dès le début de son audition pour bien montrer que rien n’a changé à ce propos. A l’époque, je ne lui devais rien. Et aujourd’hui, je ne lui dois rien non plus ! »

Le soutien d’un chiraquien à Sarkozy en question

A l’entendre, le seul problème, c’est de ne pas avoir su dire « non ». Non à Brice Hortefeux, donc. En février 2012, il lui demande solennellement de donner un coup de main à son mentor, Nicolas Sarkozy. Pourtant, Philippe Briand ne manque pas de travail à ce moment-là. Il est maire de Saint-Cyr-sur-Loire, député, questeur à l’Assemblée nationale, président de l’agglomération de Tours et chef d’entreprise…

La voix teintée d’émotion, il raconte aussi qu’il a perdu sa femme quatre mois plus tôt, emportée par un cancer en octobre 2011, et qu’il doit donc s’occuper seul de ses trois enfants. « Mais Brice Hortefeux me dit que la famille politique est éclatée, que je suis connu comme chiraquien et que mon soutien est important… » Philippe Briand accepte donc de venir à l’UMP, tous les mardi après-midi, pour faire le point sur le compte de campagne.

Une note d’un million d’euros pour 10 meetings

Le voilà d’ailleurs qui explique qu’une vingtaine de minutes lui était suffisante pour signer les parapheurs… Caroline Viguier, la présidente de la 11e chambre, s’interroge. Elle se demande évidemment comment le président de l’Association de financement a fait pour ne pas voir le système de fausses factures qui a permis au candidat de la droite d’exploser le plafond des dépenses autorisé par la loi.

« C’est simple, je n’étais que le payeur. Pas celui qui commande ! Pas celui qui ordonne, raconte-t-il. Sept comptables vérifiaient les justificatifs. Je regardais si c’était bon et je signais… » Raison pour laquelle on trouve sa griffe sur une drôle de facture d’un million d’euros correspondant à dix meetings entre les deux tours. « Je n’y ai pas vu malice », lâche-t-il. On le sait désormais : le document était inexact et les coûts, en réalité, bien plus importants…

Il aurait balancé Copé et Sarkozy

Mais Philippe Briand a sa bonne foi chevillée au corps. Et l’on se dit qu’un homme qui a bâti un empire immobilier et emploie 20.000 salariés aujourd’hui doit savoir faire les comptes. La présidente Caroline Viguier pose et repose la question. Mais « au risque de paraître lourd », il maintient qu’il n’était au courant de rien. Le voilà d’ailleurs qui balance qu’il n’aurait pas hésité à saisir le procureur s’il avait eu vent de quelque chose. « Je serais d'abord allé voir Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy, lâche-t-il. Mais s'ils n'avaient rien fait, j'aurais saisi la justice ! »

Comme tous les jours depuis le 20 mai, Caroline Viguier doit alors se dire qu’elle n’en obtiendra encore pas davantage aujourd’hui sur cette affaire. Mais comme tous les jours, elle doit aussi se dire qu’il lui faut aller plus haut dans l’organigramme pour tenter de démêler l’écheveau des responsabilités. C’est prévu. Jean-François Copé doit justement être entendu comme simple témoin ce mercredi. Quant à Nicolas Sarkozy, son tour viendra le mardi 15 juin. Et contrairement au maire de Meaux (Seine-et-Marne) blanchi lors de l'instruction, lui encourt dans ce dossier une peine d’un an de prison et 3.750 euros d’amende.

Suivez en direct ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem