Terrorisme : Deux hommes jugés après la découverte d’un laboratoire d’explosifs à Villejuif

PROCES Ali M.R. et Frédéric L., 39 et 41 ans, sont accusés d'avoir fabriqué du TATP dans un appartement à Villejuif (Val-de-Marne) dans le but de commettre un attentat

Thibaut Chevillard
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Intervention de la police après la découverte d'un laboratoire clandestin d'explosifs, le 6 septembre 2017 à Villejuif, près de Paris
Intervention de la police après la découverte d'un laboratoire clandestin d'explosifs, le 6 septembre 2017 à Villejuif, près de Paris — BERTRAND GUAY / AFP
  • Deux hommes radicalisés de 39 et 41 ans sont jugés à partir de ce mardi devant la cour d'assises spéciale, à Paris.
  • Interpellés en septembre 2017, ils sont accusés d'avoir fabriqué de l'explosif dans un appartement à Villejuif (Val-de-Marne) afin de commettre un attentat dont les contours demeurent flous. 
  • Le verdict est attendu vendredi. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. 

Une petite fuite d’eau qui a sans doute permis d’éviter un gros carnage. Le 7 septembre 2017, vers 10h, deux plombiers interviennent dans un immeuble situé boulevard Chastenet de Gery, à Villejuif (Val-de-Marne) à la demande du syndic. Sur la terrasse d’un studio, au troisième étage du bâtiment, ils remarquent une bâche bleue sous laquelle sont entreposées de nombreuses bouteilles contenant des produits toxiques. Sur une table de camping sont posés un saladier contenant une pâte blanchâtre, une balance et des feuilles contenant des inscriptions en arabe. A l’intérieur de l’appartement, vide de ses occupants, ils distinguent des composants électriques. Intrigués par cette découverte, ils alertent les forces de l’ordre.

Pour l’ancien procureur de la République de Paris, François Molins, leur sagacité a « permis aux services de police de déjouer les plans de ceux qui se préparaient manifestement à commettre une nouvelle action violente sur notre territoire ». Le propriétaire de l’appartement, Ali M.R., 36 ans, est interpellé en début d’après-midi par la Bac.

L’enquête révèle rapidement que ce Franco-Algérien entretient de nombreux contacts téléphoniques avec Frédéric L., un individu fiché S en raison de son appartenance à la mouvance islamiste radicale. Ce dernier est arrêté dans la nuit du 7 au 8 septembre 2017 chez lui. Plus de trois ans après les faits, les deux hommes sont jugés à partir de ce mardi à Paris devant la cour d’assises spéciale.

« Se venger de la coalition »

En garde à vue, ils ont reconnu que « leur projet était la confection d’une bombe pour commettre un attentat », avait indiqué François Molins au cours d’une conférence de presse. Ils comptaient produire une dizaine de kilos de TATP, un explosif prisé des djihadistes, afin « se venger de la coalition » internationale qui attaquait Daesh en Syrie et en Irak. « Aucun projet n’était établi à ce stade, même si l’un d’entre eux a admis qu’ils avaient pensé à s’attaquer à des militaires de l’opération Sentinelle », avait fait savoir le magistrat qui était, à l’époque, le visage public de l’antiterrorisme. Les deux hommes avaient commencé à fabriquer de l’explosif, qu’ils ont testé en se filmant avec une GoPro sur la terrasse de l’appartement.

Lors de la perquisition des lieux, les enquêteurs de la section antiterroriste de la brigade criminelle ont d’ailleurs retrouvé une centaine de grammes de TATP, des bouteilles d’acide sulfurique, d’acide chlorhydrique, d’eau oxygénée et d’acétone, ainsi qu’un réveil bricolé avec des fils électriques. D’autres bouteilles des mêmes substances étaient retrouvées plus tard dans un box loué à Thiais par Ali M.R..

Les deux hommes, qui étaient jusque-là inconnus de la justice, ont sans doute eu l’idée de passer à l’acte après avoir échoué à se rendre en Syrie pour combattre au sein de Daesh, courant 2015. Converti depuis 2008, Frédéric L. était même en contact avec Rachid Kassim, un tristement célèbre propagandiste français de l’Etat islamique dont l’ombre plane sur de nombreux dossiers terroristes.

Le verdict est attendu vendredi 11 juin. Les deux accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.