Affaire Otom : Le street artiste niçois accusé de féminicide aux Seychelles face à la justice

PROCES Thomas Debatisse doit comparaître le 8 juin devant la cour suprême des Seychelles, alors qu'à Nice, la justice a ouvert une enquête pour « homicide volontaire par conjoint »

Fabien Binacchi

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Une œuvre d'Otom, au printemps dernier, sous les arcades des Galeries Lafayette dans le centre-ville de Nice
Une œuvre d'Otom, au printemps dernier, sous les arcades des Galeries Lafayette dans le centre-ville de Nice — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Depuis le 5 mai, le street artiste niçois Otom est incarcéré aux Seychelles. Il est accusé du meurtre de sa compagne âgée de 32 ans.
  • La police locale évoque un meurtre maquillé en suicide.
  • Thomas Debatisse, de son vrai nom, nie les faits et va être jugé, mardi, devant la cour suprême locale alors qu'en France une enquête a été ouverte pour « homicide volontaire par conjoint ».

Il aime graffer des visages qui représentent « la joie de vivre, des sourires éclatants et des yeux rieurs ». Pour Otom, qui racontait ses dessins à 20 Minutes il y a quelques semaines, le décor a radicalement changé. Tout a basculé. Depuis le 5 mai, l’artiste niçois est incarcéré aux Seychelles, accusé du meurtre de sa compagne de 32 ans, a détaillé Nice-Matin ce week-end après de premières révélations publiées par  Seychelles news agency le 26 mai.

Thomas Debatisse, de son vrai nom, nie et ses proches l’en pensent incapable, mais il va bien passer en jugement le 8 juin devant la cour suprême locale. Et la justice française a également ouvert une enquête pour « homicide volontaire par conjoint ». 20 Minutes fait le point sur ce que la police des Seychelles estime être un meurtre maquillé en suicide.

Que s’est-il passé ?

Les faits remontent au 27 avril. Ce jour-là, alors qu’elle séjournait avec Otom au Club Med de l’île Saint-Anne, Emmanuelle Badibanga est retrouvée pendue au porte-serviettes de leur salle de bains. C’est son compagnon qui l’aurait découverte ainsi. Le rapport d’autopsie réalisé sur place établirait que le décès ne serait pas dû à une pendaison mais à un étranglement, laissant penser à un meurtre maquillé en suicide. Les autorités judiciaires locales considèrent ce décès comme « fortement suspect », confirme le procureur de la République de Nice où une enquête pour « homicide volontaire par conjoint » a été ouverte. « Nous avons été saisis le 7 mai de ces faits par le parquet de Paris, lui-même informé par le ministère des Affaires étrangères, et nous avons saisi le 12 mai la police judiciaire de Nice », a précisé Xavier Bonhomme.

Sur place, la police pourrait également être à la recherche d’un autre suspect en fuite. Interrogé à ce sujet par 20 Minutes, le procureur indique qu’il « ne souhaite pas, à ce stade, communiquer davantage » sur « ce dossier sensible en cours d’enquête ».

Qu’attendre de l’audience de mardi ?

Dans un communiqué publié le 27 mai, la police locale a précisé que Thomas Debatisse avait été « formellement inculpé » pour le meurtre de sa compagne, un crime puni par la réclusion à perpétuité selon l’article 194 du Code pénal des Seychelles. Placé en détention provisoire, il doit comparaître devant la Cour suprême ce mardi à 13 h 30. La justice seychelloise s’appuyant sur le droit britannique, c’est directement à l’audience que le juge estimera si les charges sont suffisantes pour le juger et lancer de nouvelles investigations, notamment sur la personnalité d’Otom. Lui devra de son côté plaider coupable ou non coupable. Devant les policiers, il a en tout cas clamé son innocence. Sa famille a mandaté un avocat basé à Rouen pour le défendre.

« Incapable de faire une chose pareille », selon ses proches

La nouvelle de la mort d’Emmanuelle Badibanga, varoise d’origine et gérante de La Passerelle, une salle proposée à la location à Nice, et de l’arrestation de son compagnon a fait l’effet d’une bombe sur la Côte d’Azur. Les proches de la victime sont sous le choc. « Elle était un rayon de soleil », a expliqué sa cousine à Nice-Matin. Sous le choc aussi, les proches d’Otom le croient « incapables de faire une chose pareille ». « Ça fait 15 ans que je peins avec lui, que je le côtoie, il a toujours tout fait pour partager dans l’art, pour rassembler, pour transmettre énormément d’amour, raconte l’artiste Brian Caddy à 20 Minutes. Et là, il aurait tué la femme qui partageait sa vie depuis plus d’un an et avec qui il avait énormément de projets ? Et il aurait maquillé ça en suicide ? En plus, c’est lui qui a prévenu les proches d’Emmanuelle de son décès… » Aurait-il pu être victime d’un coup de folie ? « Je n’y crois pas du tout. C’est impossible », tranche-t-il.

Interrogé par Nice-Matin, l’adjoint à la Culture de Christian Estrosi dépeint aussi « un garçon adorable, d’une grande gentillesse, apprécié de tout le monde ». « Cela fait six ans que nous lui avions confié la mission de peindre les palissades du chantier du tram, rappelle Robert Roux. Depuis, il a fait un chemin incroyable. » Fondateur de l’association Whole street, Otom estimait, en mars dans 20 Minutes, avoir fait évoluer les mentalités sur la Côte d’Azur au sujet du graff. « Il y a dix ans, la ville de Nice faisait la chasse aux tags. Aujourd’hui, on inaugure un mur d’expression libre. Petit à petit, on rend notre art acceptable », expliquait-il.