Soupçons de financement libyen : La garde à vue de son journaliste levée, « Paris Match » dénonce une « intimidation »

MEDIAS Soupçonné de « subornation de témoin » dans l’affaire du possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy, François de Labarre avait été interpellé jeudi matin

20 Minutes avec AFP

— 

Le journaliste de «Paris Match» François de Labarre sur le plateau de CNews le 12 novembre 2020 (capture vidéo).
Le journaliste de «Paris Match» François de Labarre sur le plateau de CNews le 12 novembre 2020 (capture vidéo). — CNews

La direction de Paris Match a dénoncé une « forme d’intimidation » contraire « à tous les principes démocratiques » alors qu’un de ses journalistes a passé son jeudi en garde à vue, soupçonné de « subornation de témoin » dans l’affaire du possible financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

La garde à vue du journaliste de Paris Match François de Labarre à Nanterre « a été levée », a indiqué jeudi soir à l’AFP son avocat Me Christophe Bigot. « Sans aucune mise en examen, ni convocation chez le juge d’instruction », s’est-il félicité. Celle de la patronne de BestImage, Michèle Marchand, surnommée « Mimi », a été prolongée de 24 heures, a indiqué une source proche du dossier.

Interpellé à l’aube

François de Labarre a été « interpellé à son domicile » jeudi « à 6 heures par un groupe de policiers sous la conduite d’un juge d’instruction, à la suite de la parution d’une interview de l’homme d’affaires Ziad Takieddine le 12 novembre 2020 », avait précisé Constance Benqué, la directrice de la publication de Paris Match, dans un communiqué.

Cet entretien, réalisé au Liban avec un photographe de l’agence photo BestImage dont la patronne, Mimi Marchand, a également été placée en garde à vue, avait aussi fait l’objet d’une diffusion vidéo sur BFMTV. Ziad Takkiedine y avait retiré ses accusations contre M. Sarkozy. Mais deux mois plus tard, interrogé à Beyrouth par des magistrats français, il avait déclaré qu’il ne « confirm (ait) pas les propos » de cette interview, « mal tournés par le journaliste ».

L'« arrestation » du journaliste, après une perquisition, est « contraire à tous les principes démocratiques », avait estimé Constance Benqué. « La disproportion » des « qualifications pénales retenues » («subornation de témoin » et « association de malfaiteurs ») comme du « dispositif employé – cinq personnes dont plusieurs armées et équipées d’un gilet pare-balles, en présence du fils de 8 ans du journaliste – relèvent d’une forme d’intimidation », déplore la présidente de Lagardère News, qui détient le journal.

« Procédé judiciaire déplorable »

« Paris Match s’indigne d’une telle atteinte au libre exercice de la profession de journaliste, à la liberté de la presse et au devoir d’informer, et affirme qu’aucune infraction pénale ne saurait être reprochée à son journaliste ni à quiconque au sein de la rédaction », poursuit-elle. Dénonçant « l’utilisation de tels moyens de contraintes (…) au mépris du secret des sources pourtant reconnu par la loi », elle rappelle que la profession participe « à l’exercice de la démocratie ».

L’avocat du journaliste, Me Christophe Bigot, avait lui estimé que l’arrestation, la perquisition et la mesure de coercition visant son client constituaient « une remise en cause des valeurs très préoccupante ». De son côté, le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, avait dénoncé sur Twitter « un procédé judiciaire déplorable, à l’évidence disproportionné », jugeant « aberrant que cinq policiers armés soient allés tambouriner à la porte » du journaliste à l’aube en la présence de son enfant. « Nous rappelons la protection du droit au secret des sources », avait-il ajouté, soulignant la « réputation solide » du « journaliste perquisitionné ».