Jacques Rançon, le « tueur de la gare de Perpignan », jugé dans la Somme pour le meurtre et le viol d’Isabelle Mesnage en 1986

PROCES Jacques Rançon est jugé à Amiens pour le viol et meurtre d’Isabelle Mesnage il y a plus de trente ans. Après avoir reconnu les faits en garde à vue, il était revenu sur ses aveux

Thibaut Chevillard

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Jacques Rançon (à droite) lors de son procès en mars 2018 devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales
Jacques Rançon (à droite) lors de son procès en mars 2018 devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales — RAYMOND ROIG / AFP
  • Le corps d’Isabelle Mesnage, 20 ans, a été retrouvé le 3 juillet 1986 dans un bois de la commune de Cachy, un village de la Somme situé à une douzaine de kilomètres d’Amiens.
  • 33 ans plus tard, Jacques Rançon, qui a été condamné en 2018 pour le viol et le meurtre de deux autres femmes à Perpignan, reconnaît les faits en garde à vue.
  • Bien qu’il soit revenu sur ses aveux, Jacques Rançon est jugé à partir de mardi devant la cour d’assises de la Somme. Il encourt la prison à perpétuité.

Isabelle Mesnage a disparu le 28 juin 1986 à proximité de Fouilloy, dans la Somme. Ce jour-là, la jeune informaticienne de 20 ans devait se rendre à un rassemblement de la jeunesse catholique dans le département voisin du  Pas-de-Calais. Quelques jours plus tard, le 3 juillet, son corps est retrouvé par un agriculteur à Cachy, une petite commune à l’est d’Amiens, gisant aux abords d’un chemin de randonnée. Ses vêtements étaient en partie déchirés et des objets lui appartenant étaient retrouvés disséminés à proximité du cadavre. Une information judiciaire a bien été ouverte le 11 juillet. Mais faute d’éléments, le juge d’instruction a rendu une ordonnance de non-lieu en 1992.

33 ans plus tard, rebondissement. Placé en garde à vue par les gendarmes de la section de recherche d’Amiens, Jacques Rançon, surnommé le « tueur de la gare de Perpignan », a fini par reconnaître avoir violé et tué Isabelle Mesnage en juin 2019. Celui qui a été condamné en mars 2018 à la prison à perpétuité – assortie d’une période de sûreté de 22 ans – pour le viol et du meurtre de deux jeunes femmes entre 1997 et 1998, comparait une nouvelle fois, à partir de ce mardi, devant la cour d’assises de la Somme. Un endroit qui ne lui est pas inconnu. En 1994, il avait été condamné pour un viol commis deux ans plus tôt, près du bois où le corps d'Isabelle Mesnage a été retrouvé.

« Ils veulent que justice soit rendue à Isabelle »

Son procès est autant attendu que redouté par les parents de la victime. « C’est angoissant de se rendre à un procès de cette importance, avec un criminel qui a déjà été condamné lourdement », nous explique l’une de leurs avocats, Me Corinne Herrmann. « D’un côté, ils veulent tout simplement que justice soit rendue à Isabelle, savoir enfin. Et en même temps, ils ont peur des détails qui, dans ce dossier, sont particulièrement difficiles et douloureux. »

Le parquet avait décidé de rouvrir l’enquête en 2018. Des expertises médico-légales avaient alors été diligentées afin de comparer le mode opératoire du meurtrier avec celui de Jacques Rançon, qui vivait à l’époque non loin du lieu de la découverte du corps d’Isabelle Mesnage. En novembre 2018, les deux magistrats instructeurs ont ordonné l’exhumation du corps de la jeune femme afin qu’il soit une nouvelle fois autopsié.

Les analyses « permettaient de conclure à de très fortes similitudes avec le mode opératoire de Jacques Rançon » lors des viols et des meurtres de Moktaria Chaïb en 1997 et Marie-Hélène Gonzales en 1998 à Perpignan, avait indiqué le procureur de la République d’Amiens dans un communiqué. Au regard de ces nouveaux éléments, les enquêteurs de la section de recherche, de la cellule criminelle de la Somme et du département des sciences du comportement de la gendarmerie ont fait le déplacement à Béziers avec les juges d’instruction pour l’entendre.

« Il y a beaucoup de pistes qui n’ont pas été explorées »

Devant les gendarmes, il a expliqué avoir enlevé la jeune femme le jour de sa disparition alors qu’elle faisait du stop. Il l’a frappée, violée, étranglée. Depuis, Jacques Rançon est revenu sur ses aveux. « J’ai la sensation qu’on cherche à le faire rentrer dans ce dossier au chausse-pied », indique son avocat, Me Xavier Capelet, qui se dit « de moins en moins convaincu » de son implication dans cette affaire. « Il fait le coupable idéal. Mais je n’ai pas l’impression que ça soit le cas », ajoute-t-il, précisant qu’il attend « comme tout le monde la vérité judiciaire ». « Il y a beaucoup de pistes qui n’ont pas été explorées. Il y a matière à discuter. »