Haine en ligne : Quatre étudiants condamnés pour des tweets racistes anti-asiatiques, les associations saluent une « victoire »

COMPTE RENDU Ils avaient participé, en octobre 2020, à une campagne haineuse sur Twitter visant la communauté asiatique

Hélène Sergent

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Des manifestations ont eu lieu à travers le monde pour protester contre le racisme anti-asiatique exacerbé par l'épidémie de Covid-19.
Des manifestations ont eu lieu à travers le monde pour protester contre le racisme anti-asiatique exacerbé par l'épidémie de Covid-19. — STRF/STAR MAX/IPx/AP/SIPA
  • Quatre étudiants ont été condamnés ce mercredi par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris dans une affaire de haine en ligne visant la communauté asiatique. Ils étaient poursuivis pour « injure publique » envers un groupe en « raison de l’origine ou de l’ethnie » ou pour « provocation publique à commettre une infraction ».
  • Ils devront effectuer un stage de citoyenneté d’une durée de deux jours et payer des dommages et intérêts aux parties civiles. Un cinquième accusé a été relaxé.
  • Pour l’Association des jeunes Chinois de France, à l’origine des signalements, ces condamnations constituent une « victoire » contre l’impunité en ligne.

Au tribunal judiciaire à Paris,

Tous avaient exprimé « leurs regrets » à la barre lors de leur procès en mars dernier. Un exercice de contrition qui n’a pas convaincu les magistrats de la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Parmi les cinq étudiants renvoyés pour « injure raciste » ou « provocation publique à commettre une infraction » après une campagne haineuse lancée sur Twitter contre la communauté asiatique, quatre ont été reconnus coupables et un seul a été relaxé.

Plaidant « l’humour » ou « la colère » provoquée le 28 octobre dernier par l’annonce d’un second confinement pour freiner la deuxième vague de coronavirus, ils avaient reconnu à l’audience des « actes irréfléchis » renforcés par l’illusion d’un sentiment « d’impunité » sur les réseaux sociaux. Un sentiment qui se solde, pour quatre d’entre eux, par une condamnation à effectuer un stage de citoyenneté de deux jours et à payer des dommages et intérêts aux sept associations parties civiles dans ce dossier.

Un « message fort » envoyé aux internautes

Absents ce mercredi lors de la lecture du jugement, les quatre étudiants condamnés devront verser 250 euros à l’Association des jeunes Chinois de France (AJCF), à l’origine des premiers signalements en octobre dernier. Les condamnés devront en outre s’acquitter de 250 euros de frais d’avocats aux sept associations parties civiles, soit un total de 1.750 euros chacun. Une décision saluée par Me Soc Lam, l’avocat de l’AJCF : « Il faut aussi voir le bon côté des choses. Ce sont des sommes importantes pour des étudiants. En tapant au portefeuille, cela peut dissuader d’autres personnes tentées d’adopter le même comportement en ligne. »

Pour la jeune présidente de l’association, Laëtitia Chhiv, « l’essentiel a été fait ». « Le fait que l’enquête ait été ouverte si rapidement, que le parquet et les services de police aient été très réactifs, pour nous, c’était déjà une victoire en soi », explique-t-elle à 20 Minutes. Il aura fallu en effet moins de six mois aux autorités pour identifier et renvoyer les cinq internautes devant le tribunal. À l’heure de leur condamnation, l’AJCF se dit « satisfaite » et estime que cette décision « lance un message fort à l’ensemble de la société et des internautes ». « En les condamnant, cela rappelle à toutes les personnes actives sur les réseaux sociaux que cette haine, ces appels à la violence sont des délits et restent inacceptables même s’ils se manifestent en ligne », poursuit Laetitia Chhiv.

Dans un communiqué publié ce mercredi après-midi, l’association SOS Racisme, également partie civile au procès, s’est montrée plus nuancée, déplorant que « les auteurs des tweets les plus virulents n’aient pas été condamnés plus lourdement ».

Les limites de la liberté d’expression

Visée par une flambée de xénophobie et de racisme depuis le début de la crise sanitaire, la communauté asiatique avait fait l’objet, le 28 octobre dernier, d’une campagne haineuse particulièrement virulente sur les réseaux sociaux. Alexis D., étudiant en apprentissage dans une école d’ingénieur, a été l’un des premiers internautes à réagir en écrivant sur son compte : « J’en ai rien à foutre, je déteste la Chine, faut les rayer de la carte ces fils de pute, tous les virus viennent de ce pays de merde. »

Dans leur décision rendue ce jeudi, les magistrats ont estimé que « ces propos, qui se limitent à une invective multipliant les termes grossiers, dépassent les limites admissibles de la liberté d’expression ». Comme lui, Arnaud K., qui avait publié « Nique la mère à tous les Chinois », a été reconnu coupable « d’injure publique envers un groupe de personnes a raison de leur origine ».

Les deux autres étudiants, Imad R. et Ziad B., ont été condamnés pour « provocation publique, non suivie d’effet, à commettre une infraction d’atteinte volontaire à l’intégrité de la personne » à raison de l’origine. Pour Eric Morain, avocat de l’association Respect-Zone, partie civile au procès, cette décision est une « grande satisfaction » : « C’est une pierre judiciaire supplémentaire dans la lutte contre la haine en ligne », a-t-il réagi à l’issue de ce jugement. La semaine prochaine, une nouvelle « pierre » pourrait être ajoutée à cet édifice lors d’un autre procès emblématique : celui des cyberharceleurs de la jeune Mila.