Affaire Bygmalion : « On est sur la fraude d’un pouvoir politique en place ! »

PROCES Nicolas Sarkozy et treize autres prévenus sont jugés, jusqu’au 22 juin, pour une vaste escroquerie liée aux comptes de campagne de l’élection présidentielle de 2012

Vincent Vantighem

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Paris, le 09 octobre 2015. Franck Attal, l'un des dirigeants de Bygmalion arrive au pôle financier du parquet de Paris pour être interrogé sur le dépassement du compte de campagne de Nicolas Sarkozy.
Paris, le 09 octobre 2015. Franck Attal, l'un des dirigeants de Bygmalion arrive au pôle financier du parquet de Paris pour être interrogé sur le dépassement du compte de campagne de Nicolas Sarkozy. — AFP
  • Ajourné en raison du coronavirus en mars, le procès de l’affaire « Bygmalion » a repris la semaine dernière devant la 11e chambre du tribunal judiciaire de Paris.
  • Anciens cadres de l’UMP, responsables de la campagne de 2012 et dirigeants de la société Bygmalion : au total, quatorze personnes vont être jugées pour cette affaire de fausses factures, dont l’ancien chef de l’Etat, qui encourt une peine légère.
  • Au cours des audiences des deux derniers jours, le tribunal a eu la certitude que les dirigeants de l’entreprise sous-traitante avaient délibérément mis en place un système frauduleux.

Au tribunal judiciaire de Paris

Sébastien Borivent ne se souvient plus de la date exacte. Quelque part autour de « fin mars, début avril » 2012. Mais il revoit parfaitement la scène. « On était dans mon bureau. C’était l’après-midi… » Le directeur financier de Bygmalion comprend à ce moment-là que son groupe allait mettre en place un système de fausses factures pour permettre à Nicolas Sarkozy de multiplier les meetings de sa campagne présidentielle sans se soucier du plafond de dépenses autorisé par la loi. « La demande venait de l’UMP. J’ai compris assez rapidement que c’était frauduleux… »

S’il avait encore un doute, le tribunal judiciaire de Paris a eu la confirmation, ce jeudi après-midi, que Nicolas Sarkozy avait bien bénéficié d’un système illégal pour engager plus de 42,8 millions d’euros dans le but de rester à l’Elysée, alors que la loi ne lui permettait que de dépenser 22,5 millions pour faire campagne. Comme son ancien collègue, Franck Attal, l’avait fait mercredi, Sébastien Borivent, l’un des cadres de Bygmalion, l’a confirmé à la barre de la 11e chambre.

« L’idée, c’était de contourner le truc, lâche-t-il très tranquillement. Il nous est demandé de facturer sur le compte de l’UMP plutôt que sur celui de l’association de financement du candidat. Je suis très surpris. On n’est pas sur la fraude à la TVA d’un comptable, là. On est sur la fraude d’un pouvoir politique ! La fraude d’un pouvoir politique en place ! »

Une clef USB avec tout le système de fausses factures

Prévu pour durer quasiment cinq semaines, le procès Bygmalion n’aura donc eu besoin que de deux journées pour confirmer l’information essentielle. Il lui reste donc du temps pour tenter de découvrir qui a eu l’idée de mettre en place ce système et qui en a vraiment été informé. Et l’on sait déjà que ce ne sera pas aussi simple…

Disposés de part et d’autre du prétoire, les quatorze prévenus du dossier rivalisent en effet d’ingéniosité pour se défausser. Et ce n’est pas nouveau. Mercredi, à la barre, Franck Attal, l’homme chargé d’organiser les meetings du candidat, a raconté comment de nombreuses preuves avaient été détruites. Et l’ampleur de la fraude n’aurait peut-être pas été détectée si Sébastien Borivent n’avait pas réclamé la création d’un tableau récapitulant le système « pour se ménager des preuves » au cas où l’affaire sortirait « deux ou trois ans après ». Bonne pioche ? C’est aujourd’hui ce tableau découvert sur une clé USB qui sert de socle à l’accusation.

Jérôme Lavrilleux dans le viseur

A écouter Caroline Viguier, Bygmalion n’avait, en fait, pas vraiment le choix. Avant d’interroger Sébastien Borivent, la présidente de la 11e chambre a passé un long moment à détailler les comptes de Bygmalion. Où l’on comprend que la société, exsangue financièrement, ne pouvait pas faire l’impasse sur un client aussi fidèle et rémunérateur que l’UMP…

De là à accepter toutes ses demandes ? Les prochaines journées d’audience tenteront de le savoir. Relancé encore et encore, Sébastien Borivent « pense » que la demande frauduleuse émanait de Jérôme Lavrilleux, ex-directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy et âme damnée de la droite.

Tranquillement assis sur sa chaise, celui-ci attend son tour. Il sait qu’on lui va lui demander qui a pensé à mettre en place ce système. Son audition est prévue la semaine prochaine.

Suivez en direct ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem