Nice : « Tout ce qu’on veut, c’est un procès » réagissent les proches de Maïcol, tué après une course-poursuite

ENQUETE Le 10 janvier, Maïcol Goncalves-Furtado est mort en perdant le contrôle de sa moto lors d’une course-poursuite avec des policiers de la BAC

Elise Martin
Le 15 février 2021, plusieurs personnes se sont mobilisées pour Maïcol à Nice (Archives)
Le 15 février 2021, plusieurs personnes se sont mobilisées pour Maïcol à Nice (Archives) — Absa, Justice pour Maïcol
  • Maïcol Goncalves-Furtado avait refusé un contrôle de police alors qu’il était à moto avec un passager pendant le couvre-feu.
  • Après la publication du rapport de l’IGPN dans le JDD, ses proches réclament « l’ouverture d’une information judiciaire » par le parquet de Nice et « un procès ».
  • La mère de Maïcol aimerait avoir des réponses pour comprendre ce qu’il s’est passé ce soir-là.

Depuis quatre mois, les marches et les protestations se succèdent à Nice pour réclamer « Justice pour Maïcol ». Ce jeune homme de 20 ans, qui a grandi dans le quartier des Liserons, est mort le 10 janvier dans un accident de moto dans le tunnel Liautaud, après une course-poursuite avec des policiers de la BAC (brigade anticriminalité). Il transportait un ami qui s’en est sorti avec des blessures superficielles. Les deux Niçois voulaient échapper à un contrôle alors qu’ils étaient sortis pendant le couvre-feu.

« Aujourd’hui, on sait qu’il a été pris en charge à 22 h et que son décès a été annoncé à 22h40 », indique Feïza Ben Mohamed, instigatrice d’une marche et proche de la famille. Elle a pu prendre connaissance de ces informations grâce au rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), publié dimanche dans le JDD. « Il avait été transmis aux avocats il y a quinze jours, continue la militante niçoise. Cette enquête permet d’en savoir plus sur les circonstances de cet accident, ce qui est important pour la famille, et il met en cause le rôle des forces de l’ordre dans la mort de Maïcol ».

« Rien ne justifie ce qu’il s’est produit »

À la suite de la lecture du rapport, Feïza Ben Mohamed réclame qu’une information judiciaire soit ouverte par le parquet de Nice. « Une note de service de la direction départementale de la sécurité publique des Alpes-Maritimes, qui date de 2020, rappelle les conditions dans lesquelles il peut y avoir l’engagement d’une course-poursuite, poursuit-elle. Ce soir-là, rien ne justifiait une interpellation d’une telle envergure, avec des pointes à 150 km/h dans la ville. Surtout si c’était pour la violation du couvre-feu. Même s’il n’avait pas son permis moto, même s’il avait consommé du cannabis, est-ce que c’est une excuse pour prendre de tels risques et prendre la vie d’un homme ? »

Elle se rattache alors aux conclusions de l’IGPN et garde espoir pour la suite de l’affaire. « On ira jusqu’à faire appel si jamais on n’a pas nos réponses », indique directement la militante antiracisme.

« Ça ne me rendra pas mon fils »

Des réponses, c’est également ce que réclame Nogueira, la mère de Maïcol. « Tout ce que je veux, c’est que la justice soit faite. Je sais que ça ne me rendra pas mon fils mais au moins, on pourra lui rendre hommage et on pourra commencer à faire notre deuil ». A ses côtés, Absa, 21 ans, qui a créé le groupe « Justice pour Maïcol » et qui est très proche de la famille, poursuit : « Elle a été soulagée de voir le rapport de l’IGPN et un procès pourrait lui permettre comprendre toute l’histoire. On veut surtout que ce genre d’événement ne se reproduise plus jamais. C’est aussi pour ça qu’on se mobilise sur les réseaux sociaux et qu’on en parle. Même après quatre mois, on n’oublie pas et on ne lâchera rien. »

Feïza Ben Mohamed conclut : « Le procès donnera l’impression qu’on entend la douleur. Si quelqu’un est responsable, il doit payer. Mais c’est important de savoir ce qui est passé par la tête des policiers ce soir-là ».

Du côté des policiers justement, Nicolas Vincent du syndicat Alliance Police 06 rappelle son « inconditionnel soutien moral et professionnel » à ses collègues. « Eux aussi, comme n’importe quel citoyen, ont le droit à la présomption d’innocence. Une enquête est en cours donc on va laisser faire la justice et on va attendre les conclusions. On ne va pas faire le procès avant le procès s’il y a un procès. Mais en aucun cas ce rapport de l’IGPN ne nous désolidarisera de nos confrères ».

Le parquet de Nice a accordé à l’avocat de la famille jusqu’au 9 juin pour lui adresser ses observations concernant le rapport de l’IGPN. À la suite de ce délai, il décidera le classement de l’affaire, la poursuite de l’enquête préliminaire ou l’ouverture d’une information judiciaire.