Attentat raté de Notre-Dame : Le procès en appel de la djihadiste Inès Madani s'ouvre devant la cour d'assises spéciale

TERRORISME La jeune femme, aujourd'hui âgée de 24 ans, avait été condamnée en première instance à 30 ans de prison pour avoir tenté de faire exploser une voiture près de la cathédrale

Thibaut Chevillard
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Attentat raté de Notre-Dame: Inès Madani fait appel
Attentat raté de Notre-Dame: Inès Madani fait appel — AFP
  • Inès Madani, 24 ans, est jugée à partir de mardi devant la cour d’assises d’appel spéciale pour avoir tenté de faire exploser une voiture près de Notre-Dame.
  • En première instance, elle a échappé à la perpétuité et écopé d’une peine de 30 ans de prison. L’un de ses coaccusés, Mohamed Aberouz, a été condamné à une peine de trois ans de prison. Il a lui aussi fait appel.
  • Le verdict est attendu le 7 juin.

Un appel risqué. Le 14 septembre 2019, Inès Madani, aujourd’hui âgée de 24 ans, a été condamnée à 30 ans de prison, sans période de sûreté, pour avoir tenté de faire exploser une voiture près de Notre-Dame en septembre 2016. Les magistrats de la cour d’assises spéciale avaient suivi les réquisitions des avocats généraux, qui n’avaient pas demandé la perpétuité à son encontre en raison de son « âge au moment des faits ». Une chance pour cette jeune femme déjà condamnée à huit ans de réclusion dans un autre dossier terroriste. Espérant néanmoins obtenir une peine moins lourde, elle a décidé de faire appel de cette décision « qui ne tient compte ni de la réalité des faits, ni de la jeunesse de l’accusée », avait expliqué son avocat, Me Laurent Pasquet-Marinacce.

Son procès devant la cour d’assises d’appel spéciale s’ouvre ce mardi. Les magistrats tenteront une nouvelle fois de cerner le profil d’Inès Madani qui, en 2016, se faisait passer sur Internet pour « Abou Omar », un djihadiste rentré de Syrie afin de commettre un attentat en France. Profitant à l’époque de cette aura d’ancien combattant, la jeune femme radicalisée rentre en contact avec d’autres aspirants terroristes, qu’elle incite à passer à l’acte.

Certaines femmes avec qui elle discute ont même été « séduites » par Abou Omar et en sont tombées « amoureuses », avait rappelé à l'audience l’avocat général. Avec l’une d’elles, Ornella Gilligmann, Inès Madani va tenter de faire exploser une voiture remplie de bonbonnes de gaz près de Notre-Dame de Paris. Dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, elle essaie d’incendier le véhicule avec du gasoil. Seul le choix de ce carburant, difficile à enflammer, a permis d’éviter l’explosion.

Un agent de la DGSI poignardé

Après cet échec, Inès Madani se retranche dans l’appartement d’Amel Sakaou, à Boussy-Saint-Antoine (Essonne), sur les conseils de Rachid Kassim, propagandiste de Daesh et inspirateur, quelques semaines plus tôt, de l’assassinat d’un policier et de sa femme à Magnanville (Yvelines). Elles sont rejointes par Sarah Hervouët, une jeune femme très radicalisée originaire du sud de la France, qui était elle aussi guidée par le djihadiste. Le 8 septembre, sachant les policiers à leurs trousses, les trois jeunes femmes quittent précipitamment leur appartement, armées de couteaux de cuisine. Sur un parking, Sarah Hervouët poignarde à l'épaule un agent de la DGSI qui les surveillait.

De son côté, Inès Madani part en courant vers un policier, un couteau à la main. Se sentant menacé, l’agent ouvre le feu sur elle à quatre reprises. Touchée au pied et à la cuisse, elle essaie encore de s’en prendre aux fonctionnaires qui l’entourent. Mère de trois enfants, Ornella Gilligmann a été condamnée à 25 ans de prison, et Sarah Hervouët à 20 ans. Mohamed Aberouz, qui devait se marier avec Sarah Hervouët et était jugé pour « non-dénonciation de crime », a reçu une peine de trois ans de prison. Avec Inès Madani, il est le seul des huit personnes jugées en première instance à avoir fait appel. Le verdict est attendu le 7 juin.