La vidéo qui va compliquer la défense de Gérald Marie, l’ex-patron d’Elite accusé de viols

ENQUETE La télévision australienne a dévoilé une vidéo datant de 1998 accusant l’ancien agent de mannequins Gérald Marie d’agression sexuelle

Vincent Vantighem & Philippe Berry
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Nice, le 3 septembre 2001. Gérald Marie pose au milieu de jeunes femmes qui participent au concours Elite Model Look.
Nice, le 3 septembre 2001. Gérald Marie pose au milieu de jeunes femmes qui participent au concours Elite Model Look. — PASCAL GUYOT / AFP
  • En septembre dernier, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour plusieurs agressions sexuelles et viols, dont certains sur des mineures, visant Gérald Marie, ancien agent de mannequins.
  • Selon nos informations, neuf femmes au total ont signalé des faits à la justice française. Dont Lisa Brinkworth, une journaliste qui s’était fait passer pour une mannequin dans les années 1990, dans le but d’approcher Gérald Marie, alors patron de l’agence Elite.
  • Dimanche dernier, l’émission australienne « 60 Minutes » a diffusé une archive vidéo datant de 1998 qui vient étayer le récit de la jeune femme et compliquer la défense du mis en cause.

Assise dans une chambre d’hôtel de Milan (Italie), la jeune femme semble tellement secouée qu’elle ne parvient pas à fixer l’objectif de la caméra. Alors que c’est pourtant son métier… « C’était juste terrifiant… Ce que je viens de subir, c’était euh… C’était la chose la plus proche d’un viol… », finit-elle par lâcher. Diffusée dimanche dernier par la chaîne australienne Channel Nine dans l’émission 60 Minutes, cette courte séquence date d’octobre 1998. Mais, près de vingt-cinq ans plus tard, elle pourrait venir compliquer la défense de Gérald Marie.

Ancien patron européen de l’agence de mannequins Elite, cet homme aujourd’hui âgé de 71 ans est visé, depuis septembre 2020, par une enquête préliminaire pour plusieurs agressions sexuelles et viols, dont certains sur mineure, comme 20 Minutes l’avait révélé à l’époque. Aujourd’hui, selon nos informations, neuf femmes au total ont signalé des faits auprès du parquet de Paris.

Une journaliste infiltrée pour approcher Gérald Marie

Dont Lisa Brinkworth, la jeune femme dont le témoignage a donc été diffusé par la télévision australienne. Contrairement aux autres plaignantes, elle n’est pas mannequin, mais journaliste. A l’époque des faits, elle enquêtait pour le compte de la BBC sur les soupçons pesant sur Gérald Marie. Et, pour approcher celui qui a popularisé le concours « Elite Model Look », elle s’était fait passer pour un modèle. Au point, selon elle, d’être elle-même victime d’une agression sexuelle lors d’une soirée dans un restaurant à Milan.

Ce soir-là, d’après son récit, Gérald Marie lui aurait d’abord proposé l’équivalent de 500 euros pour coucher avec elle. Il l’a ensuite « immobilisée, s’asseyant à califourchon » sur elle, avant de simuler un acte sexuel alors qu’il était en érection.

La journaliste britannique Lisa Brinkworth en 1998 et aujourd'hui.
La journaliste britannique Lisa Brinkworth en 1998 et aujourd'hui. - Lisa Brinkworth

« Encourager d’autres victimes à parler »

Couvrant une période allant du milieu des années 1980 à la fin des années 1990, les faits dénoncés par ces femmes sont très anciens et semblent tous aujourd’hui frappés par la prescription. Sauf que la courte séquence vidéo diffusée dimanche pourrait changer la donne…

Lisa Brinkworth assure en effet avoir subi des pressions pour passer son agression sous silence. « On m’a privé de la possibilité de signaler cette agression aux autorités françaises à l’époque, explique-t-elle à 20 Minutes. Des collègues de la BBC m’ont ordonné de ne pas porter plainte car cela aurait mis en péril l’enquête sous couverture que nous étions en train de réaliser… »

Selon Anne-Claire Le Jeune, son avocate, Lisa Brinkworth était donc « dans l’impossibilité d’avoir accès aux éléments de preuves lui permettant de dénoncer les faits ». Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. « Nous allons évidemment signaler au parquet de Paris la diffusion de cette vidéo, confie-t-elle. Je ne sais pas si cela suffira à faire sauter les délais de prescription. Mais c’est tout de même un élément matériel important. Et peut-être que cela sera de nature à encourager d’autres victimes à parler. D’autres victimes pour qui les faits ne sont peut-être pas prescrits. » Le mouvement semble enclenché puisque l’avocate indique avoir déjà reçu les témoignages d’une vingtaine de jeunes femmes.

Les plaignantes vont être entendues à partir de juillet

Selon nos informations, la brigade de protection des mineurs, à qui l’enquête a été confiée, devrait d’ailleurs entendre à partir du mois de juillet certaines de ces plaignantes qui n’ont pas pu être auditionnées jusqu’ici, en raison des conditions sanitaires liées à l’épidémie de coronavirus.

De son côté, Gérald Marie a fait savoir par le biais de son avocat qu’il contestait formellement les accusations dont il faisait l’objet. Toujours en activité dans le mannequinat à l’automne dernier, il semble aujourd’hui couler une retraite paisible à Ibiza (Espagne), où il possède une maison depuis les années 1980. Contacté par 20 Minutes, il n’a pas répondu à nos sollicitations.

Si vous avez été témoins ou victimes d'abus dans le monde de la mode ou du mannequinat et souhaitez témoigner, vous pouvez contacter nos journalistes à pberry@20minutes.fr et vvantighem@20minutes.fr