Affaire Bygmalion : Le contrat de prêt de 55 millions qui embarrasse Jean-François Copé

PROCES Blanchi lors de l’instruction, Jean-François Copé se retrouve aujourd’hui à nouveau au cœur de l’affaire Bygmalion en raison d’un contrat de prêt portant sa signature

Vincent Vantighem

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Paris, le 30 septembre 2019. Blanchi lors de l'instruction, Jean-François Copé est toujours ennuyé par une affaire de contrat de prêt passé en marge de l'affaire Bygmalion.
Paris, le 30 septembre 2019. Blanchi lors de l'instruction, Jean-François Copé est toujours ennuyé par une affaire de contrat de prêt passé en marge de l'affaire Bygmalion. — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Après un renvoi en mars en raison de l’épidémie de coronavirus, le procès de l’affaire dite « Bygmalion » reprend ce jeudi au tribunal judiciaire de Paris. Quatorze personnes sont jugées, dont Nicolas Sarkozy.
  • L’ancien chef de l’État encourt une peine d’un an de prison et 3.750 euros d’amende pour le financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012.
  • Lors de l’instruction, Jean-François Copé a bénéficié d’un non-lieu. Il a convaincu le juge Serge Tournaire qu’il n’avait pas été informé de la mise en place d’un système de fausses factures. 
  • Certains avocats estiment, après avoir exhumé un contrat de prêt de 55 millions portant sa signature, que l’ancien patron de l’UMP n’a pas dit toute la vérité. Il sera entendu comme témoin le 27 mai.

Il a beau avoir été blanchi, Jean-François Copé devrait tout de même avoir les oreilles qui sifflent, ce jeudi, lors de la reprise du procès de l’affaire dite « Bygmalion » devant la 11e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Contrairement à Nicolas Sarkozy et aux treize autres prévenus, l’ancien patron de l’UMP a bénéficié d’un non-lieu dans cette affaire. C’est donc en simple témoin qu’il sera appelé à venir déposer à la barre. La date a d’ailleurs déjà été fixée au 27 mai. Et son audition est très attendue.

L’actuel maire (LR) de Meaux (Seine-et-Marne) a toujours prétendu qu’il n’avait pas été informé du système Bygmalion ayant permis à Nicolas Sarkozy d’exploser le plafond des dépenses autorisées, en 2012, pour un candidat à l’élection présidentielle. Qu’il n’avait découvert le pot aux roses qu’en 2014, au moment de sa révélation par la presse.

Une analyse qui a fini par convaincre le juge Serge Tournaire de lui accorder un non-lieu, avec toutes les réserves nécessaires. « Si on peut trouver étonnant que le secrétaire général de l’UMP n’ait pas cherché à comprendre les raisons pour lesquelles son parti se trouvait au bord du défaut de paiement à la fin du mois d’avril 2012 […], l’enquête n’a pas permis de découvrir d’éléments matériels laissant penser qu’il était avisé du système de fausses facturations mis en place ou en capacité de le détecter », écrit-il ainsi dans son ordonnance.

Un contrat de prêt de 55 millions d’euros en question

Mais encore aujourd’hui, certains en doutent sévèrement. Et comptent le faire savoir. Comme ils l’avaient fait le 17 mars, avant que le procès ne soit officiellement renvoyé en raison de l’épidémie de coronavirus, plusieurs avocats entendent remettre la question sur le tapis. A commencer par Christophe Ingrain et Rémi Lorrain qui défendent Guillaume Lambert, le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy.

Ceux-ci ont exhumé une pièce des scellés du volumineux dossier d’instruction à laquelle ils n’ont eu accès que tardivement et qui pourrait, selon eux, apporter une « autre lecture » de l’affaire. Il s’agit d’un contrat de prêt de 55 millions d’euros passé entre l’UMP et un conglomérat de quatre banques, destiné à restructurer les finances alors exsangues du parti de droite. Problème : ce document date d’août 2012… Soit bien avant que Jean-François Copé ne prétende avoir découvert l’affaire.

Les initiales « JFC » en une ligne de 27 millions d’euros

Lors de la courte audience, au mois de mars, le représentant du parquet avait indiqué que ce contrat de prêt n’avait rien de nouveau et avait déjà fait l’objet de débats. A ceci près que la version que Christophe Ingrain et Rémi Lorrain ont déterrée porte la signature de Jean-François Copé, à l’inverse, selon eux, de la version évoquée par le parquet. Et surtout qu’un paraphe « JFC » figure à moins de trois centimètres d’une ligne comptable « Meetings et manifestations » créditée de 27,11 millions d’euros.

Pour cette raison, Luc Brossollet, l’avocat de Franck Attal, l’un des anciens dirigeants de Bygmalion, a carrément réclamé une reprise de l’enquête (un « supplément d’information », dans le jargon) sur cette question. « Partons d’un postulat simple : si j’emprunte de l’argent, je sais l’usage que je veux en faire, avait-il expliqué au tribunal. Si j’emprunte pour payer des dettes, c’est que je sais que j’ai des dettes. Je les connais ! », avait-il expliqué, laissant entendre que Jean-François Copé en savait plus qu’il ne l’a avoué.

Contacté par 20 Minutes, celui-ci indique simplement qu’il « souhaite réserver [ses] réponses » au tribunal lors de son audition. « Je rappelle qu’il a été totalement mis hors de cause, confie déjà son avocat Hervé Témime. Cette ultime manœuvre de certains protagonistes de ce dossier a pour seul but de détourner l’attention des observateurs vers d’autres cibles… » Comme au bon vieux temps de la guerre entre sarkozystes, fillonnistes et copéistes. Comme au bon vieux temps de l’UMP, finalement​.