Rennes : L’État condamné pour faute lourde pour ne pas avoir protégé une fillette victime de viols

INFO 20 MINUTES Agée de 23 ans, Karine Jambu a attaqué la France pour faire reconnaître la culpabilité des instances judiciaires, incapables de la placer loin de son bourreau

Camille Allain

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Victime de viols répétés, Karine Jambu et sa tante Laurence Brunet-Jambu avaient publiéle livre Signalements pour dénoncer l'inaction de l'aide à l'enfance.
Victime de viols répétés, Karine Jambu et sa tante Laurence Brunet-Jambu avaient publiéle livre Signalements pour dénoncer l'inaction de l'aide à l'enfance. — C. Allain / 20 Minutes
  • Accusé de ne pas avoir protégé une enfant victime de viols répétés, l’Etat français a été condamné pour faute lourde ce mardi par la cour d’appel de Paris.
  • C’est une première historique pour la justice française. Seule la justice européenne avait pris cette décision par le passé.
  • De 2002 à 2005, Karine Jambu avait été violée par Roland Blaudy, un ami de ses parents. Ni ses parents, ni la justice, ni son médecin n’avaient su la protéger.

C’est une première historique. Ce mardi, l’État français a été condamné pour « déni de justice » et surtout pour « multiples fautes lourdes » pour ne pas avoir protégé une jeune femme habitant à Rennes, victime de viols répétés lorsqu’elle était enfant. Karine Jambu, sa tante Laurence Brunet-Jambu et son oncle ont été reconnus comme victimes de ces manquements graves et seront indemnisés, a appris 20 Minutes auprès de leur avocat. C’est la première fois que la justice française condamne l’État pour de tels faits.

Son calvaire avait commencé en 2002, alors qu’elle n’avait que quatre ans. Près de vingt ans plus tard, Karine Jambu espère pouvoir refermer le plus douloureux chapitre de sa vie. Victime de multiples viols à son domicile sous les yeux de ses parents, la jeune femme est aujourd’hui debout. Ce mardi, elle et sa tante étaient pourtant tremblantes, en attendant de connaître la décision de la cour d’appel de Paris. Et les larmes ont coulé à l’annoncé du délibéré. «Je suis soulagée de cette décision que nous attendions depuis longtemps. Ca a été un combat extrêmement long mais important à mener», confie la jeune femme à 20 Minutes. Déjà reconnu coupable de « déni de justice » en première instance, l’État a cette fois été condamné pour « faute lourde ». Tout un symbole pour Karine.

En 2019, la justice avait reconnu la culpabilité de son bourreau. Roland Blaudy avait été condamné à trente ans de prison par la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine. Mais ses parents, témoins des pires atrocités, n’avaient pas été reconnus coupables de complicité mais simplement de « subornation de témoin ». « Cette audience, c’est une manière de reconnaître une culpabilité qui n’a pas été reconnue pour ses parents », explique sa tante Laurence Brunet-Jambu.

Sa mère avait tué son bébé de 180 coups de couteau

Ce combat mené pour sa nièce, qu’elle a depuis adoptée, restera comme historique. Jamais l’État n’avait été condamné par sa justice pour manquements. L’an dernier, la Cour européenne des droits de l’homme avait reconnu la culpabilité de l’Etat français dans la mort de la petite Marina Sabatier, dont le corps sans vie avait été retrouvé en 2009 près du Mans. Mais pas la justice française.

Le dossier de Karine est différent. D’abord parce que la victime est vivante, et bien déterminée à ne pas laisser passer les nombreuses erreurs qui ont fait perdurer son calvaire. Mais aussi celui des autres victimes de Roland Blaudy. Dans le dossier de Karine, un simple placement à la naissance aurait sans doute évité à la fillette de vivre une enfance aussi atroce. Sa mère Anne-Marie, dénuée de tout sentiment maternel, avait été condamnée par le passé pour avoir tué son bébé de 180 coups de couteau.

Maintenue au domicile parental, Karine avait été la proie d’un prédateur sexuel. Ami des parents, Roland Blaudy achetait leur silence en échange de cigarettes, d’alcool ou de provisions. Certains comportements de la fillette rapportés par l’école auraient dû alerter les autorités. Mais ni le médecin de famille, ni les membres du parquet de Rennes n’avaient su mettre un terme à son calvaire. « Une dizaine de signalements au total. C’est un dossier exceptionnel », résumait son avocat Me Grégory Thuan. En première instance, c’est le « délai anormalement long » pour traiter les signalements qui avait été reproché au parquet de Rennes et entraîné la condamnation de l’État. La justice a décidé d’aller plus loin. Pour Karine, et toutes les autres victimes, ce long combat a un goût de revanche.