Accusé d'avoir jeté « des morceaux de bitume sur les policiers », un manifestant propalestinien écope de cinq mois avec sursis

PROCES Trois personnes arrêtées samedi à Paris étaient jugées, ce lundi, en comparution immédiate

Thibaut Chevillard

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Des manifestants propalestiniens, le samedi 15 mai, à Paris.
Des manifestants propalestiniens, le samedi 15 mai, à Paris. — Michel Euler/AP/SIPA
  • 45 personnes ont été interpellées et placées en garde à vue, samedi, lors de la manifestation propalestinienne.
  • Parmi elle, trois personnes ont été jugées, ce lundi, en comparution immédiate.
  • Un lycéen a demandé un délai pour préparer sa défense tandis que deux hommes ont écopé de peines de prison.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Le visage poupin, les cheveux bien coiffés, le lycéen entre dans le box, encadré par les policiers. Agé de 19 ans, il a été arrêté samedi lors de la manifestation interdite à Paris en soutien aux Palestiniens. Il est jugé ce lundi pour avoir « jeté un bâton à deux reprises » en direction des CRS, résume le président de la chambre. Le prévenu a aussi refusé de communiquer ses coordonnées téléphoniques et de se soumettre aux relevés signalétiques. « Pour des raisons idéologiques ou politiques ? » lui demande le magistrat. Le jeune homme se contente de répondre qu’il trouvait ça trop « intrusif ».

Passant des épreuves du bac mercredi, il demande un délai pour préparer sa défense. Il sera finalement jugé le 7 juin prochain. En attendant, son avocat demande qu’il soit placé sous contrôle judiciaire, notamment car son casier judiciaire est vierge. La procureure n’est pas contre, mais elle a une « difficulté » avec son refus de prise d’empreinte : rien ne prouve qu’il n’a jamais été arrêté sous une autre identité ou qu’il ne fait pas l’objet d’un mandat de recherche. Après réflexion, et pour éviter d’aller en prison, il accepte de faire un tour à l’identité judiciaire et de se soumettre à cette mesure.

« J’ai vu des personnes jeter des pierres, j’ai fait pareil »

A quelques mètres de là, dans une autre chambre, deux autres hommes, eux aussi arrêtés samedi lors du rassemblement, comparaissent. L’un d’eux, un Syrien portant un tee-shirt rouge et une doudoune bleu marine, reconnaît avoir brûlé un drapeau israélien. Il a, lui aussi, refusé de se soumettre aux relevés signalétiques. En revanche, il dément avoir lancé une bouteille en direction des forces de l’ordre. La justice ne l’a pas cru. Déjà condamné en 2019 pour des faits de dégradations, il a été condamné à une peine de deux mois de prison avec mandat de dépôt.

Le troisième homme à comparaître est soupçonné d’avoir jeté « des morceaux de bitume sur les policiers ». Chemise bleu clair, veste foncée, cet homme de 56 ans aux cheveux grisonnants et de nationalité sénégalaise, est aidé à l’audience par une traductrice. « Je n’avais pas l’intention de blesser quelqu’un, ce n’était pas contre les policiers », explique-t-il, reconnaissant avoir fait « une erreur ». « Les policiers étaient en train de pousser des gens, j’ai vu des personnes jeter des pierres, j’ai fait pareil. J’avais du chagrin, c’est pour cela que j’ai fait ça. » Il affirme que c’est la première fois qu’il participe à une manifestation.

Marié, père de trois enfants, il jure qu’il ne recommencera plus. La procureure requiert une peine de cinq mois avec sursis. « En un seul mot, je demande la clémence », plaide son avocat, soulignant que son client est inconnu des services de police et que son casier judiciaire est vierge. Après une dernière suspension d’audience, la présidente rend sa décision : 5 mois avec sursis. Les larmes de joie coulent. Ce soir, il rentrera chez lui.