Affaire Arthur Noyer : Nordhal Lelandais condamné à 20 ans de prison pour le meurtre du jeune caporal

PROCES Les jurés ont estimé que Nordahl Lelandais, 38 ans, avait intentionnellement donné la mort au caporal Arthur Noyer dans la nuit du 11 au 12 avril 2017

Thibaut Chevillard

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Nordahl Lelandais arrive au tribunal de Chambéry où il est jugé pour le meurtre d'Arthur Noyer
Nordahl Lelandais arrive au tribunal de Chambéry où il est jugé pour le meurtre d'Arthur Noyer — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Nordahl Lelandais était jugé devant les assises de la Savoie pour le meurtre d’Arthur Noyer, en avril 2017.
  • L'accusé a été condamné à une peine de 20 ans de prison, assortie d'une période de sûreté des deux-tiers. 
  • Les jurés ont suivi partiellement les réquistions de l'avocate générale, qui a estimé que la mort d'Arthur Noyer ne peut être accidentelle, comme l'a affirmé l'accusé.

A la cour d’assises de la Savoie,

Les mains jointes, l’accusé est resté de marbre à la lecture du verdict. Jugé devant la cour d’assises de la Savoie, Nordahl Lelandais a été condamné ce mardi à une peine de 20 ans de prison, assortie d’une période de sûreté des deux-tiers, pour le meurtre d'Arthur Noyer, 23 ans, en avril 2017. Les jurés qui ont délibéré plus de 7 heures semblent avoir cherché un compromis. Si l’ancien maître-chien a été reconnu coupable d’avoir volontairement tué le jeune militaire, il a échappé à la peine maximale demandée un peu plus tôt par l’avocate générale, Thérèse Brunisso. Son avocat, Me Alain Jakubowicz, a logiquement indiqué qu’il ne fera pas appel.

Sept longues journées d’audience n’auront pas permis à la vérité d’émerger. Que s’est-il passé dans la nuit du 11 au 12 avril 2017 ? Invité à s’exprimer une dernière fois dans la matinée, Nordahl Lelandais a une nouvelle fois déclaré qu’il n’avait « jamais voulu » tuer le chasseur alpin. Selon sa version, il l’aurait pris en stop à Chambéry pour le conduire quelques kilomètres plus loin, à Saint-Baldolph, à sa demande. Mais son passager, ivre après avoir fait la fête avec des amis, l’aurait alors accusé du vol de son téléphone et l'aurait frappé en premier.

Après avoir constaté la mort accidentelle d’Arthur Noyer, Nordahl Lelandais aurait paniqué, mis le corps de sa victime dans le coffre de sa voiture, avant de l’abandonner au bord d’une route de montagne. « Il fait le mauvais choix », a reconnu à l’audience Me Alain Jakubowicz.

« Un type est paumé »

Nordahl Lelandais aurait ainsi voulu se « débarrasser » de la dépouille de sa victime. « Il n’y a rien de professionnel ou de préparé dans tout ça », a-t-il assuré. « Monsieur Fourniret est mort hier, on cherche encore le corps de ses victimes. Ça, c’est de la dissimulation d’un corps », a ajouté le pénaliste pour souligner l’amateurisme de son client. Et selon lui, le fait que ce dernier n’ait « pas appelé la police » après les faits ne prouve pas qu’il ne s’agissait pas d’une « bagarre » qui a mal tourné.

« Il n’y a pas d’élément, dans ce dossier, qui établit l’intention d’homicide », a-t-il martelé lors de sa plaidoirie. Certes, son client est « un type paumé », mais il n’avait « aucune raison de tuer Arthur Noyer ». Me Jakubowicz a estimé qu’il s’agissait de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, un crime puni de quinze ans de réclusion criminelle.

Des explications qui auraient pu convaincre les jurés… si l’accusé n’avait pas également reconnu le meurtre de la petite Maëlys, fin août 2017. Malgré les efforts de son avocat, l’ombre de cette petite fille, qu’il a reconnu avoir tuée, aura plané sur les débats durant tout le procès. « Un homme qui aurait tué malgré lui, recommencerait-il à tuer moins de cinq mois plus tard ? Évidemment, non », a expliqué l’avocate générale.

Surtout, a souligné la magistrate, Nordahl Lelandais, « a fait en sorte qu’on ne sache pas » la vérité. Elle a estimé que la « volonté de tuer » de l’accusé saute aux yeux. Ce dernier a éteint son téléphone « quelques minutes seulement après le meurtre d’Arthur Noyer » et dépensé « beaucoup d’énergie » à faire disparaître le corps de la victime. Pour quelle raison ?

« Mobile sexuel » ?

L’accusé, qui pratique la boxe, mesure 13 cm de plus que la victime et pèse 15 kg de plus. En outre, le soir des faits, Arthur Noyer était « très alcoolisé » mais il n’était « pas agressif, ni violent ». « Aucun de ces éléments ne permet de retenir les explications de Nordahl Lelandais quant à une rixe éventuelle », a-t-elle tranché.

Arthur Noyer souhaitait rentrer à la caserne après cette soirée entre amis à Chambéry. « Pourquoi Nordahl Lelandais le conduit-il à Saint-Baldoph, si ce n’est pour avoir une relation à caractère sexuelle ? » Pour Thérèse Brunisso, le « mobile sexuel » est « le seul qu’on peut retenir à la vue des éléments du dossier ». « La gravité du meurtre commis par Nordahl Lelandais, ses actions périphériques, ses éléments de personnalité très défavorables justifient une peine de trente ans de réclusion. »

« Il se terre dans ses mensonges et ne dira jamais, ô grand jamais, la vérité sur les circonstances de la mort d’Arthur Noyer, juste pour sauver sa peau, juste par lâcheté », a plaidé dans la matinée l’avocat de la famille de la victime, Me Bernard Boulloud. Nordahl Lelendais « se fiche éperdument de la souffrance des autres, il en jouit même, de cette souffrance », a-t-il ajouté. Pour lui, si l’accusé disait la vérité sur le déroulé des faits, « il tomberait inévitablement pour le dossier Maëlys ».