Affaire Arthur Noyer : Au procès de Nordahl Lelandais, les experts décrivent un accusé aussi vulnérable que dangereux

PROCES Les experts psychiatres et psychologues qui ont examiné Nordahl Lelandais durant l’instruction ont défilé ce lundi à la barre de cour d’assises de la Savoie

Thibaut Chevillard

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La cour d'assises de la Savoie, où est jugé Nordahl Lelandais
La cour d'assises de la Savoie, où est jugé Nordahl Lelandais — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Nordahl Lelandais doit être jugé jusqu’au 12 mai devant les assises de la Savoie pour le meurtre d’Arthur Noyer, en avril 2017.
  • Ce lundi, les experts psychologues et psychiatres qui ont examiné l’accusé ont défilé à la barre pour livrer à la cour leurs conclusions.
  • Ils décrivent un accusé aussi vulnérable que dangereux.

A la cour d’assises de la Savoie,

Qu’ont bien pu retenir les jurés après avoir écouté, durant huit heures, les psychiatres et psychologues qui ont défilé à la barre ? Ces experts, qui ont examiné au cours de l’instruction Nordahl Lelandais, ont livré ce lundi à la cour d’assises de la Savoie leurs conclusions dans un jargon qui se soucie peu des non-initiés. Tour à tour, ils ont dessiné le portrait d’un accusé obsédé par son image, aussi dangereux que fragile. Tellement sensible aux séparations qu’il a développé des liens très forts avec ses chiens. « Ça a toujours été une passion et pas une carence affective ou je ne sais quoi », a tenu à préciser celui qui est jugé pour le meurtred'Arthur Noyer en avril 2017. « Depuis que je suis petit, les animaux, c’est quelque chose que j’aime. »

Hélène Dubost a rencontré l’ancien militaire à trois reprises entre février et mai 2018. Cette psychologue clinicienne se souvient qu’il était « extrêmement distant et froid » et qu’il « ne s’exprimait pas de façon spontanée ». « Nordahl Lelandais se livre difficilement, explique-t-elle. Il distribue des pièces de puzzle, mais pas toutes les pièces, et il demande à l’autre de reconstituer. » Après plusieurs semaines à démentir son implication, il a fini par reconnaître devant elle avoir tué par accident le jeune caporal de 23 ans. Mais il s’est présenté comme la « victime » d’Arthur Noyer qui l’aurait agressé. Elle se souvient néanmoins qu’il avait lâché cette phrase troublante : « Il s’est bien défendu ».

« S’il s’ouvre, il risque de s’effondrer »

Derrière la volonté de l’accusé de vouloir « donner une bonne image de lui », elle décèle « une vulnérabilité, une fragilité ». Il veut « éviter à tout prix l’effondrement psychique », de « se retrouver face à un gouffre, face à un vide », souligne Hélène Dubost. « Le mensonge, c’est son fonctionnement. » Magali Ravit, elle, a rencontré Nordahl Lelandais le 16 février 2018, deux jours après la découverte des ossements de Maëlys. La psychologue se souvient qu’il était « effondré ». Ce jour-là, il s’est montré « sous cet aspect de vulnérabilité qu’il essaie de combattre ». « On saisit, quand on le voit comme ça, ce qu’est un effondrement narcissique, c’est le gouffre abyssal. »

François Danet fait le même constat. Le psychiatre remarque lui aussi que l’accusé tient « des propos lisses quand on commence à entrer dans des questionnements sur la vie affective ». Et pour cause. « S’il s’ouvre, il risque de s’effondrer » et même de se suicider. « S’il se ferme, il peut maintenir un certain état de bien-être. » Vulnérable donc, mais aussi très dangereux. « Sa dangerosité n’est pas psychiatrique ; elle est criminologique », précise François Danet. « Mais il dit très peu de choses concernant ses motivations conscientes et inconscientes. On ne sait pas s’il y a chez lui des motivations sexuelles ou non sexuelles. »

Un « trouble grave de la personnalité »

« Sa dangerosité est importante », assure lui aussi le psychiatre Patrick Blachere. Il a rencontré Nordahl Lelandais deux fois : en janvier 2018 et en avril 2018. « Le vrai problème de Monsieur Lelandais, c’est qu’il se met tout le temps à l’abri de la culpabilité et de la honte », remarque l’expert qui décrit un « homme intelligent », « narcissique », souffrant d’un « trouble grave de la personnalité », et « dominé par l’instabilité et l’impulsivité ». Il évoque aussi sa peur du « vide », sa « sexualité très atypique mais pas paraphilique » et sa « tendance à la mythomanie ».

« La psychiatrie, est-ce que c’est une science ? », lui demande, énervé, l’avocat de l’accusé, Me Alain Jakubowicz. « Je ne répondrai pas à cette question maître », lui répond le psychiatre, précisant simplement qu’il est « d’abord médecin ». L’avocate générale prononcera ce mardi matin son réquisitoire. Suivront les plaidoiries de la partie civile et de la défense. Le verdict devrait être rendu mercredi. Nordahl Lelandais encourt 30 ans de prison.

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