Mort de Michel Fourniret : Y aura-t-il un procès de la disparition d’Estelle Mouzin ?

PROCEDURE Mis en examen pour la disparition d’Estelle Mouzin, Michel Fourniret est mort ce lundi à 15h

Vincent Vantighem

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Montage photo présentant le tueur en série Michel Fourniret (à gauche) et Estelle Mouzin, disparue en janvier 2003 à Guermantes (à droite).
Montage photo présentant le tueur en série Michel Fourniret (à gauche) et Estelle Mouzin, disparue en janvier 2003 à Guermantes (à droite). — Alain Julien / Afp / Sipa
  • Michel Fourniret est mort, ce lundi à 15h, à l’Unité hospitalière sécurisée interrégionale de La Pitié-Salpêtrière (Paris 13e).
  • Il était mis en examen pour la disparition de la petite Estelle Mouzin, en janvier 2003 à Guermantes.
  • Son décès éteint l’action publique à son encontre, mais un procès devrait tout de même se tenir.

La conversation remonte à quasiment deux ans. Au moment précis où le nom de Michel Fourniret a ressurgi dans l’enquête sur la disparition d’Estelle Mouzin. Contacté par 20 Minutes à l’époque, Eric Mouzin, le père de la fillette, prenait alors un soin infini pour choisir chacun de ses mots. Pour ne pas lâcher la phrase de trop. Celle qu’il finirait forcément par regretter. Mais, en dépit de toutes ses précautions, la colère transpirait à chacune de ses intonations, évidemment.

« Je ne comprends pas !, disait-il alors. Si on en est là, aujourd’hui, c’est bien qu’il y a eu un déficit d’enquête sur les Fourniret. C’est parce que le cas [de Michel Fourniret et de Monique Olivier] n’a pas été examiné ou pas mieux examiné plus tôt qu’on en arrive là, maintenant… »

Comment ne pas repenser à cette analyse aujourd’hui ? Ce lundi, vers 15h, Michel Fourniret est mort à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, où il avait été admis le 28 avril en raison de problèmes cardiaques, respiratoires et neurologiques. Avec le statut de mis en examen pour la mort d’Estelle Mouzin mais sans avoir livré ses secrets, au premier rang desquels celui de l’endroit où il a enseveli le corps de la fillette, par un froid mois de janvier 2003.

L’État assigné pour dysfonctionnement de la justice

Tenace et méthodique, la juge Sabine Khéris a révolutionné le dossier ces deux dernières années, ce qui devrait logiquement permettre d’aboutir à la tenue d’un procès d’assises. « Monique Olivier sera jugée seule. Et on lira les déclarations de Michel Fourniret. Mais il échappera à une condamnation. A son sujet, l’action publique va s’éteindre. C’est terrible… », lâche Corinne Herrmann, l’une des avocates d’Eric Mouzin.

Terrible, mais attendu… Ces dernières années, au fur et à mesure de ses auditions devant la juge, l’avocate et son client ont assisté à la dégradation de la santé du tueur en série. De quoi renforcer leur conviction que l’État avait été défaillant dans cette affaire. Ils ont donc assigné l’État en responsabilité civile pour le dysfonctionnement de la justice devant le tribunal judiciaire de Paris. Une autre procédure est également en cours devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Et Corinne Herrmann de lister : « Pourquoi la justice a-t-elle mis plus de trois ans à répondre à certaines de nos requêtes ? Pourquoi les comparaisons ADN n’ont-elles pas été faites plus tôt ? Pourquoi des témoins n’ont-ils pas été entendus ? » Autant d’éléments qui, selon elle, auraient pu permettre la tenue d’un procès plus tôt.

Eric Mouzin veut un pôle spécialisé dans les tueurs en série

Car le nom de Michel Fourniret n’est pas apparu du jour au lendemain dans le dossier portant sur la disparition d’Estelle Mouzin. C’est, durant la première année après la disparition de la fillette, l’un des premiers suspects à avoir été interrogés par les enquêteurs. Mais il avait été finalement mis hors de cause pendant une quinzaine d’années durant lesquelles il aurait pu être jugé en toute possession de ses moyens.

Il faudra donc désormais de se contenter d’un procès sans lui. Pour approcher la vérité sans véritablement l’obtenir. Pour que d’autres parents ne connaissent pas le même sort, Eric Mouzin plaide désormais pour la création d’un pôle d’instruction spécialisé dans la gestion des tueurs en série.