Bourg-en-Bresse : Dix ans de réclusion criminelle pour l'escort girl qui avait tué son client

ASSISES La version de la légitime défense avancée par l’accusée n’a pas été retenue

20 Minutes avec AFP

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Lyon, le 13 mars 208. Illustration à la cour d'assises.
Lyon, le 13 mars 208. Illustration à la cour d'assises. — E. Frisullo / 20 Minutes

Son comportement après la mort de la victime n’a pas plaidé en faveur de la légitime défense. Une ancienne escort girl, jugée pour avoir tué à coups de couteau un de ses clients, à Saint-Genis-Pouilly (Ain) en août 2017, a été condamnée mercredi en fin de soirée à 10 ans de réclusion criminelle. Le jury, à l’issue d’une délibération de plus de trois heures, n’a pas suivi les réquisitions de l’avocat général qui avait demandé 17 ans.

Durant trois jours, la Cour d’assises de l’Ain s’est attachée à examiner l’insaisissable personnalité d’Anaëlle Prunier, jugée pour « meurtre et escroquerie ». Si l’accusée a reconnu avoir poignardé dans la nuit du 16 au 17 août 2017 Jean-Luc D., un informaticien de 52 ans avec qui elle entretenait une relation, elle invoquait néanmoins la légitime défense en affirmant avoir été violée par la victime lors d’une séance sadomasochiste.

Aucun ADN de la victime retrouvé

Elle avait ensuite transporté le corps dans sa voiture, jusqu’en Italie, où il avait été retrouvé en partie calciné dans la vallée d’Aoste, près de l’autoroute A5. « Nous n’avons aucune preuve d’une agression sauvage, on ne peut pas retenir la légitime défense », a souligné l’avocat général Eric Sandjivy dans son réquisitoire.

Le magistrat a souligné qu’aucun ADN masculin n’avait été trouvé sur le godemiché qu’aurait utilisé la victime contre l’accusée. Il s’est aussi interrogé sur le fait que la jeune femme ait pu avoir des relations intimes avec un petit ami, trois jours après l’agression présumée. Eric Sandjivy a en outre considéré que les coups mortels portés par l’accusée ont pu découler d’une « pulsion meurtrière » lors du jeu sexuel, en réaction à la personnalité de la victime décrite comme non violente mais acerbe.

Des retraits avec la carte de la victime

Une « rage interne qui a explosé », avait expliqué plus tôt à la barre Patrick Dessez, expert psychologue, notant le « clivage » de personnalité d’Anaëlle Prunier. Selon ce dernier, la jeune femme, également serveuse, avait passé sa vie à dissimuler son « activité secrète » d’escort girl, « organisée comme une addiction », d’où sa facilité à multiplier les mensonges après le drame. Elle avait ainsi échangé de faux SMS, effectué des retraits avec la carte bancaire de la victime en étant déguisée pour faire croire que l’informaticien était toujours vivant ou encore accepté un mariage blanc.

« Salir la mémoire d’un mort, à un moment, stop ! », a déclaré pour sa part l’avocat de la sœur du défunt, Me Xavier Moroz, qui a vigoureusement contesté la version de l’accusée. « Soit elle ment délibérément, soit elle est enfermée dans une logique dont elle ne peut pas sortir », avait-il ajouté, relevant « la capacité d’adaptation hors du commun » de la jeune femme.

« Qu’est-ce qui vous permet de douter de cette scène ? Elle a été violée, elle s’est défendue légitimement », avait plaidé en défense Me Jean-Félix Luciani, reprochant au ministère public de ne pas tenir compte « de la réalité de la prostitution », et de faire fi « du rapport de domination et de la marchandisation des rapports humains ». « S’il ne m’avait pas fait tout ça, aujourd’hui je ne serais pas là devant vous », avait déclaré mardi l’accusée d’une voix éplorée.