Affaire Arthur Noyer : Entre sourires et dernier baisemain, les proches se souviennent du caporal gentleman

ASSISES Nordahl Lelandais est jugé depuis lundi devant les assises de la Savoie pour le meurtre du caporal Arthur Noyer, le 12 avril 2017

Caroline Girardon

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Le frère et les parents d'Arthur Noyer viennent chaque jour avec son portrait.
Le frère et les parents d'Arthur Noyer viennent chaque jour avec son portrait. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • La troisième journée du procès de Nordahl Lelandais, jugé pour le meurtre du jeune caporal Arthur Noyer, a permis d’entendre de nombreux témoignages parmi lesquels celui de Véronique.
  • La serveuse est l’une des dernières personnes à avoir vu le jeune homme quelques heures avant sa mort, en avril 2017.
  • Véronique a été marquée par le baisemain que le caporal lui a adressé au moment de lui dire au revoir et de la remercier pour son soutien, un peu plus tôt dans la soirée.

A la cour d’assises de la Savoie

Dans la salle d’audience de la cour d’assises de la Savoie, son doux sourire est présent chaque jour. Affiché sur une immense photo face à Nordahl Lelandais. Le caporal Arthur Noyer a été tué il y a quatre ans, le 12 avril 2017, alors qu’il sortait d’une boîte de nuit de Chambéry. Ce qu’il s’est passé la nuit du drame, personne ne le sait avec précision. Sauf Nordahl Lelandais.

Ebranlé par le témoignage de ses amis, l’accusé a, au troisième jour de son procès, vacillé sans pour autant flancher. L'ancien maître-chien a campé sur sa version des faits : la mort du jeune caporal est accidentelle, survenue après une bagarre sur fond d’ivresse et de téléphone portable volé. Les témoins qui se sont succédé à la barre, mercredi, sont pourtant venus mettre à mal ce scénario. A commencer par les camarades de bataillon d’Arthur qui n’ont eu de cesse d’évoquer le souvenir d’un homme « jovial », « courtois », « bien élevé ». Un jeune homme galant avec les femmes. « Il était dans la sensibilité. Ce n’est pas quelqu’un qui cherchait des relations sexuelles à tout prix. Il préférait nouer des liens affectifs avant d’entamer une relation », révèle l’un d’eux.

« Arthur donnait le sourire au réveil »

« Je ne l’ai jamais vu s’énerver et se prendre la tête avec un mec, assure Alexis, 25 ans. Il était fédérateur. Les premières classes aimaient bien parler avec lui. Il n’y avait pas d’horaire pour aller le voir ». « Il donnait le sourire au réveil… Et on le gardait toute la journée », abonde Théo tout aussi dithyrambique. Les deux hommes ont partagé la même chambre au « 13 » pendant trois ans. « Arthur était toujours dans l’humour. On passait beaucoup de temps à rire », se souvient encore Théo, avec émotion.

Le caporal a-t-il été le premier à frapper, comme l’affirme Nordahl Lelandais ? Etait-il animé d’une telle colère ce soir-là après le vol de son téléphone ? L’officier de police, appelé à 2h30 pour prendre la disposition d’Arthur Noyer, atteste formellement du contraire devant les jurés : « Il avait bu car il sentait l’alcool mais il n’y a eu aucun trouble à l’ordre public. Il était très calme. Il n’a pas même pas voulu porter plainte car il n’a pas été blessé et a pu finalement récupérer son portable. »

Véronique, serveuse dans un bar voisin, était présente à ce moment-là. C’est elle qui est intervenue lorsque le militaire a été agressé puis volé. Elle aussi qui a appelé la police. La jeune femme est restée avec lui jusqu’à l’arrivée des agents et même après. « On a continué de discuter, explique-t-elle. Arthur m’a dit qu’il voulait rentrer à pied au bataillon et je lui ai répondu qu’il n’était pas en état ». La jeune femme s’en voudrait presque aujourd’hui. « Je n’avais pas de voiture, je ne pouvais pas le ramener », s’excuse-t-elle.

Un baisemain « adorable »

Arthur l’a marqué. « Il était avenant, pas du tout agressif. Pourtant, il avait beaucoup bu. Je crois que si je l’avais poussé, il serait tombé », indique-t-elle avec légèreté. Au moment de le laisser rentrer, Véronique implore le caporal de « faire attention ». « Il m’a répondu de faire attention également. Ensuite… Il m’a fait un baisemain. C’était adorable. »

Assis au premier rang, les proches d’Arthur sourient, regardent le plafond avant que leurs regards ne se troublent. Dans la salle, chacun imagine le caporal s’incliner sur la main de la serveuse. Un dernier geste de gentleman. Un dernier salut délicat avant qu’il ne croise la route de Nordahl Lelandais.