Lyon : Trois mois de prison avec sursis pour les deux frères à l'origine de la fête sauvage des quais de Saône

PROCES Le 30 mars, près de 300 personnes s'étaient rassemblées pour danser sur les quais de Saône de Lyon sans porter de masques ni respecter les gestes barrières

Caroline Girardon
— 
Le palais de justice de Lyon Illustration.
Le palais de justice de Lyon Illustration. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Mardi soir, Léo et son frère Arthur ont été condamnés chacun à trois mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende pour avoir organisé une « fête sauvage » sur les quais de Saône à Lyon, le 30 mars dernier.
  • Pour la défense, il s’agit d’une « peine trop sévère ».
  • « La justice a voulu montrer l’exemple », déplore l’avocate des deux prévenus qui espérait une peine de travaux d’intérêt général.

« La justice a voulu montrer l’exemple. » Et c’est bien ce que redoutait la défense. Il aura fallu attendre 22 heures mardi soir, pour que le tribunal correctionnel de Lyon commence à  juger l’affaire, et deux heures de plus pour qu’il rende son jugement. Trois mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende ont été prononcés à l’encontre de Léo et Arthur, deux frères âgés respectivement de 23 et 27 ans poursuivis pour avoir organisé la « fête sauvage » des quais de Saône, le 30 mars dernier. Les juges ont aussi prononcé 1.500 d’euros d’amende contre leur association. 

Ce jour-là, en fin d'après-midi, 300 personnes, attirées par la musique, s’étaient rassemblées en bas des escaliers des quais de la pêcherie pour boire, danser durant plus de deux heures. Sans porter de masques ni respecter les gestes barrières. Et en dépit des arrêtés préfectoraux interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique et les rassemblements de plus de six personnes.

«Une peine bien trop sévère»

A la sortie de l’audience, Mélanie Sanzari l’avocate des deux prévenus, avait du mal à cacher sa déception. « A mon sens, c’est une peine bien trop sévère au regard des peines prononcées dans d’autres villes et au regard de la personnalité de mes clients », estime-t-elle devant une forêt de micro.

La jeune femme a pourtant tenté de plaider l’erreur de jeunesse, le ras-le-bol face à une situation qui ne semble jamais vouloir se terminer. L’envie de retrouver un peu d’insouciance. « Voilà ce que cela coûte de se laisser aller », déplore-t-elle, ajoutant qu’une peine de travaux d’intérêt général aurait été plus adaptée. Les deux frangins, rappelle-t-elle, ne sont « pas des rebelles ». L’un suit des études en master « qualité, hygiène, sécurité, environnement ». L’autre, titulaire d’un CAP de cuisine, est actuellement en formation pour devenir régisseur de spectacle.

« Qu’il est difficile en 2021 d’avoir 20 ans »

« Qu’il est difficile en 2021 d’avoir 20 ans », souligne l’avocate devant les magistrats. Et de s’interroger : « Est-ce que notre jeunesse n’est pas en train de craquer ? Cela fait plus d’un an qu’elle est privée de vie sociale. Ces années-là d’insouciance ne seront jamais rattrapées à cause du Covid-19. Le gouvernement en vient même à proposer des séances de psychologie gratuite. C’est peut-être un signe que cela ne va pas bien en ce moment ».

A la barre, Arthur et Léo font profil bas. « L’idée était de ramener un peu de monde, reconnaît bêtement le premier. On avait déjà organisé ce type d’événement dans un parc mais cela n’avait pas attiré plus de 20 personnes ». « Cela n’avait jamais pris une telle ampleur. On s’est laissé déborder », confirme son frère.

« J’ai surtout l’impression que vous avez cherché à faire un gros bras d’honneur aux efforts engagés par tout le monde », rétorque le président du tribunal, peu convaincu par les arguments des prévenus. Photo à l’appui, l’homme de loi s’attarde sur les deux amplis installés en bas des quais. « On voit que les gens viennent, regardent, restent. C’est un aimant. Alors pourquoi ne pas avoir stoppé la musique quand vous avez vu que la situation vous échappait ? ». « On était pris par l’engouement. On s’est laissé porter par l’euphorie. C’était un moment de vie, de sourire, de folie, de liberté », répond le plus jeune.

« Un rassemblement était illégal et immoral »

De quoi faire bondir l’avocate générale Dominique Sauve. « Votre petite blague a duré plus de 2h15 », relève-t-elle furieuse. Et d’enfoncer le clou d’un ton moralisateur : « Ce rassemblement était illégal et immoral. Il est méprisant à l’égard des personnes qui sont décédées de ce terrible virus, de celles qui sont encore hospitalisées. Il est méprisant à l’égard des personnels soignants qui sont à bout et de tous ceux qui agonisent socialement ».

Décrivant « une forme de provocation à l’autorité », l’avocate générale s’attarde longuement sur l’invitation relayée par les deux frères sur les réseaux sociaux : « Apéro sonore en fin de journée. On espère vous voir nombreux à venir profiter des dernières lueurs du jour avec nous », lit-elle devant le duo tout penaud. « Et vous nous dites qu’il s’agit d’une petite réunion entre amis, s’étrangle Dominique Sauve. Non, c’est un appel à la fête. Vous dites clairement : le confinement, on s’en fout. Le couvre-feu, aussi ».

Des accusations que tente de balayer Mélanie Sanzari. « Ils n’avaient pas de réelles intentions de braver l’interdit, ni de faire un pied de nez à l’autorité. Il n’y a aucune revendication de leur part. C’était juste pour retrouver un semblant de normalité, un instant de vie… », conclut l’avocate des deux frères. La défense n’a d’ailleurs pas indiqué si elle allait faire appel de cette décision.