Affaire Arthur Noyer : Retour chronologique sur l'enquête à l'heure du procès de Nordahl Lelandais

ENQUETE Dès ce lundi et pour quinze jours, Nordahl Lelandais est jugé aux assises de Savoie pour le meurtre du caporal Noyer, dont des ossements ont été retrouvés fin 2017 et début 2018

Elisa Frisullo

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Affaire Arthur Noyer: Nordahl Lelandais jugé pour la première fois aux assises pour meurtre — 20 Minutes

C’est l’un des procès les plus attendus de l’année et le premier pour l’ancien militaire mis en cause dans d’autres affaires, dont le meurtre de la petite Maëlys. Depuis dix heures ce lundi et jusqu’au 12 mai, Nordahl Lelandais est jugé devant les assises de la Savoie à Chambéry pour le meurtre du caporal Arthur Noyer. C’est dans cette commune que cette affaire à rebondissements a débuté en 2017, lorsque le jeune homme de 23 ans, en poste au 13e bataillon des chasseurs alpins, a disparu après une soirée avec des camarades.

Il aura fallu plus de huit mois à sa famille pour savoir que le militaire était mort et près d’un an aux enquêteurs pour acquérir la certitude qu’Arthur Noyer a croisé cette nuit-là le chemin de Nordahl Lelandais. Et que cette rencontre lui a été fatale. A l’heure du début du procès de l’ancien maître-chien, également mis en examen pour le meurtre de Maëlys en 2017, 20 Minutes retrace cette enquête à travers les dates qui ont marqué l’affaire.

Le 12 avril 2017

Arthur Noyer, jeune caporal originaire de Bourges, ne se présente pas au rapport de 8 h au 13e bataillon des chasseurs alpins, où il est en poste à Barby près de Chambéry. Cela ne lui ressemble pas. En fin de journée, le chef d’escadron signale la disparition du jeune militaire qui, la veille, a passé la soirée et une partie de la nuit avec des camarades dans des boîtes de nuit du Carré Curial à Chambéry avant de s’évaporer dans la nature.

Entre le 12 avril et le 20 avril 2017

La thèse de la désertion du militaire envisagée tout au début de l’enquête ne tient pas. Ses responsables, ses amis et ses proches affirment que le caporal est très épanoui professionnellement. L’exploitation des images de la vidéosurveillance permet d’établir que la nuit de sa disparition, il a circulé à pied dans Chambéry jusqu’à 3 heures du matin, heure à laquelle il est capté une dernière fois en train de faire du stop. L’étude de son téléphone portable permet ensuite de le localiser dans différentes communes des alentours de Chambéry, jusqu’au relais d’Allevard, à quelques kilomètres de Chambéry, où son mobile borne une dernière fois à 4 h du matin. Étant donné sa vitesse de déplacement, les enquêteurs en concluent qu’Arthur Noyer, bien éméché après sa soirée, était en voiture lorsqu’il a quitté Chambéry.

Le 20 avril 2017

Ses différents éléments conduisent le parquet de Chambéry à ouvrir une information judiciaire pour enlèvement et séquestration.

Le 15 mai 2017

Trois cents personnes participent à une marche blanche pour Arthur Noyer, organisée par les parents, le frère et les amis du militaire qui sont venus de Bourges après sa disparition pour placarder des avis de recherche dans la ville et tenter de le retrouver.

Jusqu’à fin août 2017

Les enquêteurs identifient après de nombreuses recherches et recoupements un véhicule, repéré à Chambéry la nuit de la disparition du jeune caporal puis à Allevard à 4 h du matin cette même nuit. Il s’agit d’une Audi A3 dans laquelle Arthur Noyer aurait pu monter. Rien qu’en Savoie, 2.900 propriétaires de ce modèle de voiture sont recensés. Un véritable travail de fourmi commence alors pour les gendarmes.

Le 27 août 2017

Au cours d’un mariage à Pont-de-Beauvoisin (Savoie) auquel elle assiste avec sa famille, Maëlys, 8 ans, disparaît. Quelques jours plus tard, Nordahl Lelandais, un ancien maître-chien de 34 ans, est rapidement mis en cause pour le rapt de l’enfant.

Début septembre 2017

Les hommes qui travaillent sur l’affaire Noyer commencent à s’intéresser à Lelandais car l’ancien militaire est propriétaire d’une Audi A3 qui pourrait bien correspondre à celle recherchée dans le cadre de l’enquête sur la disparition du caporal.

19 décembre 2017

Le parquet de Chambéry annonce qu’un crâne humain a été découvert par un promeneur en septembre. Après de multiples analyses et recherches ADN, il apparaît qu’il s’agit du crâne du caporal. Dans les sous-bois où a été trouvée cette partie du cadavre, aucun autre ossement n’est alors retrouvé.

Le 20 décembre 2017

Nordahl Lelandais est mis en examen pour l’assassinat du caporal Noyer. Suspecté en raison de multiples indices, dont le bornage de son téléphone aux mêmes points que celui du jeune militaire, l’accusé reconnaît sa présence sur les lieux mais conteste les faits reprochés.

Le 13 janvier 2018

Non loin des restes de crâne découverts quelques mois plus tôt, d’autres ossements sont mis au jour à Montmélian. Des analyses ADN confirment dix jours plus tard qu’il s’agit bien des ossements du caporal Noyer.

Le 9 mars 2018

Nordahl Lelandais reconnaît avoir pris le caporal Noyer en stop et l’avoir déposé quelques kilomètres plus loin.

Le 29 mars 2018

Au cours d’une nouvelle audition, Lelandais avoue avoir tué le caporal. Il est transporté sur les lieux où ont été retrouvés les restes du jeune militaire.

Le 6 avril 2018

Le parquet de Chambéry en dit un peu plus sur les aveux faits par Nordahl Lelandais le 29 mars. L’accusé a reconnu avoir porté des coups à Arthur Noyer au cours d’une « bagarre entre eux ». Cela a entraîné la « chute » mortelle du jeune militaire, selon les déclarations du maître-chien.

7 septembre 2018

Dix-sept mois après sa disparition et un an après la découverte d’une partie de sa dépouille, les obsèques du caporal Noyer ont lieu à la cathédrale de Bourges. Parmi les nombreuses personnes venues lui rendre un dernier hommage figurent les parents de Maëlys De Araujo, pour le meurtre de laquelle Lelandais est également mis en examen.

Le 25 septembre 2018

L’avocat des parents d’Arthur Noyer demande à Nordahl Lelandais de parler. « S’il a vraiment de la pitié, s’il est humain, qu’il enlève la souffrance en disant ce qu’il a fait », réclame Maître Bernard Boulloud.

21 mars 2019

La reconstitution du meurtre du caporal a mobilisé les enquêteurs toute la nuit en Savoie, en compagnie de l’accusé. L’ex militaire, insulté « d’assassin » par des habitants malgré les grands draps blancs installés à Chambéry pour masquer les scènes de la reconstitution, a maintenu sa version des faits ayant conduit à la mort d’Arthur Noyer.

19 juin 2020

Les juges d’instruction de Chambéry décident de renvoyer Nordahl Lelandais devant les assises pour « meurtre » et non « assassinat » comme le souhaitaient les parents de la victime, convaincus que la mort de leurs fils a été préméditée.