Nice : Estrosi condamné pour diffamation envers un universitaire qui était venu en aide à des migrantes

MOTS POUR MAUX Le maire LR de Nice a d’ores et déjà fait savoir qu’il sollicitait la cour d’appel

F.Bi. avec AFP

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Christian Estrosi à Nice le 26 août 2020
Christian Estrosi à Nice le 26 août 2020 — SYSPEO/SIPA
  • Christian Estrosi a été condamné à 3.000 euros d’amende pour diffamation envers un universitaire niçois venu en aide à des migrants et qu’il avait comparé à un passeur.
  • « Il m’a fait passer pour une crapule faisant passer des terroristes et un trafiquant d’êtres humains », a dénoncé Pierre-Alain Mannoni.

Il a déjà annoncé qu’il allait faire appel de ce jugement. Le maire LR de Nice Christian Estrosi a été condamné ce vendredi à 3.000 euros d’amende pour diffamation envers un universitaire niçois venu en aide à des migrants et qu’il avait comparé à un passeur.

Sur Twitter, l’élu de droite avait critiqué une décision de justice relaxant Pierre-Alain Mannoni en 2017 et pour l’avocate de ce dernier, Me Maeva Binimelis, ces propos « injustifiables » avaient « cloué au pilori » son client.

Nommant l’universitaire, mais aussi Cédric Herrou, le militant de la vallée de la Roya, Christian Estrosi écrivait : « Ils sont tous coupables de faire entrer illégalement des individus sur notre territoire. Avec ces agissements ils favorisent le travail des passeurs. […] Certains djihadistes se font passer pour des migrants. […] Comment ces individus peuvent-ils nous certifier qu’ils ne font pas rentrer de terroristes sur notre sol ? »

« J’ai reçu des menaces de mort »

« Il m’a fait passer pour une crapule faisant passer des terroristes et un trafiquant d’êtres humains », a rappelé le chercheur qui reproche à Christian Estrosi de n’avoir pas retiré le message litigieux ni mesuré la portée de ses déclarations. « C’est grave et depuis j’ai reçu des menaces de mort », précise-t-il.

« Je considère que les déclarations de Christian Estrosi s’inscrivaient dans le cadre d’un débat public sur l’immigration et les dangers potentiels de l’aide apportée à une immigration illégale », a considéré au contraire l’avocat du maire Me Gérard Baudoux, indiquant qu’il interjetait immédiatement appel.

Le princpe de fraternité reconnu depuis 2018

Pierre-Alain Mannoni avait hébergé brièvement trois Erythréennes réfugiées avant de les conduire en voiture à une gare SNCF vers Marseille où elles devaient être soignées par des associations. Pris dans une tourmente judiciaire qui a duré quatre ans jusqu’à sa relaxe définitive le 28 octobre 2020.

Saisi par Cédric Herrou et ses avocats, le Conseil constitutionnel a reconnu le principe de fraternité en 2018 et réécrit la loi pour préciser que, si l’aide à l’entrée sur le territoire est toujours un délit, l’aide à la circulation et au séjour n’est pas sanctionnable si elle est réalisée dans un but humanitaire et sans contrepartie.