Affaire Mia : L'un des suspects raconte l'enlèvement sur fond de théories complotistes

ENQUETE Cinq suspects ont été arrêtés dans l'enquête sur l'enlèvement de la petite Mia, baptisée «opération Lima», par un commando complotiste

M.A.
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Le procureur d'Épinal, Nicolas Heitz, présente à la presse un portrait  de Mia Montemaggi, 8 ans, enlevée le 12 avril 2021 dans les Vosges.
Le procureur d'Épinal, Nicolas Heitz, présente à la presse un portrait de Mia Montemaggi, 8 ans, enlevée le 12 avril 2021 dans les Vosges. — SEBASTIEN BOZON / AFP

Il dit n’avoir participé qu’à des réunions dans une cave du 19e arrondissement et avoir « seulement » conduit le véhicule qui a servi au kidnapping. Mais Jean-Luc W., alias Jeannot, est l’un des hommes soupçonnés d’appartenirle commando complotiste qui a enlevé la petite Mia, le 13 avril, dans les Vosges, selon Le Parisien qui a recueilli son témoignage, ce vendredi.

Ce sexagénaire, originaire de Seine-Saint-Denis, adepte des sites complotistes, a été interpellé à son domicile la semaine dernière, placé en garde à vue et mis en examen avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire. Il est le seul des cinq suspects à avoir échappé à la détention provisoire. Une sixième personne, en fuite, est toujours recherchée par les autorités.

Des réunions clandestines dans une cave

« On m’a dit qu’il fallait sauver une enfant à qui on empêchait de voir sa mère. C’est comme ça que je me suis retrouvé embarqué dans cette affaire », a confié Jean-Luc W. au Parisien. L’homme a été abordé par un musicien, Sylvain P., alias Pitchoune, un pianiste parisien de 57 ans, également mis en examen, lors d’une manifestation contre le port du masque, « qui réunit souverainistes, militants antisystème – voire complotistes – ou coronasceptiques », début 2021 devant le ministère de la Santé. Ce dernier se présente comme appartenant à un réseau de « dissidents ».

« Nous nous considérons comme résistants à la barbarie de ce système qui est en train de se mettre en place sous prétexte sanitaire depuis bientôt un an et demi », a expliqué Sylvain P. à nos confrères. « En fait, ce réseau, c’est celui de RDW ( Rémy Daillet Wiedemann). Qui a fait un appel au renversement de ce soi-disant gouvernement qui n’est pas le gouvernement de la France. C’est un gouvernement mafieux actuellement, comme tous les gouvernements […] attachés à la banque Rotschild », a-t-il ajouté.

Quelques jours après cette manifestation, Sylvain P. convie Jean-Luc W. et d’autres militants antisystème, pour des réunions clandestines dans « une cave » du 19e arrondissement. Au cours de ces discussions, on propose à Jean-Luc W. de participer à « l’opération Lima », une opération réalisée à la demande de Lola Montemaggi, la mère de la petite Mia, pour récupérer sa fille placée par la justice chez sa grand-mère. « On m’a laissé entendre que la petite-fille ne voyait pas sa mère alors que celle-ci avait un droit de visite, et que la situation pouvait s’aggraver. On m’a parlé de l’ASE (l’aide sociale à l’enfance) qui voudrait la récupérer, et, éventuellement, de réseaux pédocriminels », a-t-il raconté à nos confrères, expliquant que son rôle n’avait été que de « conduire le véhicule de Paris jusque dans les Vosges et le ramener ».

Une « mission » pour le commando

Mais comment Lola Montemaggi a-t-elle réussi à organiser un tel commando ? En février dernier, la mère de famille contacte Adrien B., 42 ans, surnommé Booga, proche de Rémy Daillet Wiedemann, surnommé RDW, une figure de la sphère complotiste française, réfugié en Malaisie. Dans une vidéo envoyée à Booga, la mère de famille explique que sa petite fille a été placée chez sa propre mère et qu’elle ne peut plus exercer son droit de visite. Après plusieurs échanges avec elle, dont « un questionnaire et un certificat médical », Booga informe les autres membres du réseau, qui acceptent de l’aider.

Le groupe se réunit par visioconférence et élabore un stratagème, comme l’a expliqué Clément R., alias le Corbeau, 23 ans, à nos confrères. « J’appartiens à une organisation pour un mouvement lancé à l’initiative de RDW. Nous avons reçu une mission il y a un mois et demi provenant de membres de mon association. C’est Lola qui les a contactés ». Trois semaines avant l’enlèvement de Mia, deux membres du commando, Bruno B., 60 ans, et Basile, toujours recherché par les autorités, se rendent dans les Vosges pour repérer la maison de la grand-mère et rencontrer Lola Montemaggi. Le 11 avril, Sylvain P., Clément R. et Jean-Luc W., quittent Paris et passent prendre Bruno B. sur la route.

Un mandat d’arrêt contre Rémy Daillet Wiedemann

Le 13 avril au matin, « l’opération Lima » débute. Pendant que Jean-Luc W. et Clément R. patientent sur un parking avec la mère de Mia, Sylvain P. et Basile se rendent chez la grand-mère et se font passer pour des agents de la protection de la jeunesse pour récupérer l’enfant. « J’étais avec la mère dans la voiture, elle avait une bible avec elle. La mère m’a confirmé qu’elle avait un droit de visite qui n’était pas respecté. Je trouvais cela inadmissible », a justifié Jean-Luc W.

Après avoir récupéré la fillette, le commando l’exfiltre avec sa mère vers la Suisse, à l’aide d’un complice posté à la frontière, surnommé Roméo. Lui aussi interpellé, cet homme sera extradé prochainement. Pour Jean-Luc W., cela ne fait aucun doute, c’est bien Rémy Daillet-Wiedemann qui dirige l’opération depuis l’étranger. La France a lancé un mandat d’arrêt international cette semaine à l’encontre de l’homme de 54 ans, un ancien cadre qui a été exclu du parti centriste Modem. Lola Montemaggia, a été interpellée dimanche dans un squat en Suisse avec sa fille. La mère de famille sera extradée en France dans les prochains jours, ont annoncé les autorités suisses, jeudi.  La fillette, quant à elle, a été remise à sa grand-mère, qui en a la garde, en début de semaine.