Scandale des œufs contaminés au Fipronil : Un procès s’ouvre en Belgique

RESPONSABILITES Sept responsables d’entreprises basées en Belgique sont soupçonnés d’avoir commercialisé des produits frauduleusement enrichis au Fipronil 

20 Minutes avec AFP

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L'heure du procès est arrivée pour les responsables du scandale des oeufs contaminés.
L'heure du procès est arrivée pour les responsables du scandale des oeufs contaminés. — Sebastien Pirlet/ISOPIX/SIPA

Après le scandale vient le temps de la justice. Quatre ans après le scandale des œufs contaminés au Fipronil, un insecticide dont l’usage abusif dans des élevages de poules avait ébranlé la filière avicole européenne, un procès doit se tenir ce jeudi en Belgique.

Sept responsables d’entreprises basées en Belgique, soupçonnés d’avoir importé, vendu ou utilisé des produits désinfectants frauduleusement enrichis au Fipronil, doivent comparaître devant le tribunal d’Anvers (nord).

Des pertes chiffrées à plusieurs millions d’euros

Quatre sociétés sont également jugées en tant que personnes morales, face à une trentaine de parties civiles – dont 21 exploitations avicoles belges – réclamant des dommages et intérêts. Les pertes pour le secteur se sont chiffrées en dizaines de millions d’euros. Le procès, qui s’ouvre à 9 heures, devrait se prolonger les 23 et 30 avril. Le jugement est attendu dans environ deux mois, selon une source proche du dossier.

Autorisé pour combattre poux et acariens chez les chiens ou les chats, l’usage du Fipronil est interdit dans l’UE pour nettoyer les bâtiments d’élevage car l’antiparasitaire risque de se retrouver sur des animaux destinés à la chaîne alimentaire. Le risque de résidus, même faibles, doit être exclu pour protéger la santé humaine.

Un premier grand rendez-vous judiciaire

Ce procès est le premier grand rendez-vous judiciaire en Belgique dans une affaire qui trouve son origine de part et d’autre de la frontière belgo-néerlandaise. Des entrepreneurs des deux pays sont accusés d’avoir bâti « une organisation criminelle » pour écouler dans les élevages de poules un soi-disant produit miracle contre l’ennemi déclaré, à savoir le pou rouge.

Résultat : un scandale d’ampleur mondiale. La crise sanitaire qui éclate à l’été 2017 touche la quasi-totalité de l’Europe et des aliments suspects (œufs ou produits à base d’œufs potentiellement contaminés) sont même identifiés à Hong Kong. « Rien qu’en Belgique, plus de 77 millions d’œufs ont dû être détruits » et « 1,6 million de poules pondeuses tuées », déplore l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca), qui s’est portée partie civile.

Etiquettes mensongères

Si aucun consommateur n’a été malade, « l’impact a été colossal sur la perception des entreprises du secteur », a déclaré à l’AFP Stéphanie Maquoi, porte-parole de l’Afsca. Aux Pays Bas, un tribunal a condamné le 12 avril deux entrepreneurs de 28 et 35 ans à un an de prison ferme pour avoir trompé toute une filière. « Les têtes pensantes qui ont organisé cette fraude sont aux Pays Bas et en Belgique », confirme la source proche du dossier.

Les Belges jugés à Anvers sont soupçonnés d’avoir écoulé ou permis l’utilisation du même produit que les Néerlandais, dénommé « Dega-16 » et présenté comme entièrement naturel. Les acheteurs ont été abusés par des étiquettes mensongères, dénoncent les parties civiles. Le scandale avait touché tous les pays de l’UE sauf la Croatie, la Lituanie et le Portugal.