Prison : Pour lutter contre la surpopulation carcérale, le gouvernement lance de nouveaux chantiers

DETENTION Jean Castex se rend mardi sur le chantier du centre pénitentiaire de Lutterbach (Haut-Rhin) pour faire un point d’étape du plan promis par Emmanuel Macron

Hélène Sergent

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Le ministre de la Justice lors d'une visite à la prison de Villepinte, en mars 2021.
Le ministre de la Justice lors d'une visite à la prison de Villepinte, en mars 2021. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • L’exécutif s’est engagé à construire 15.000 places de prison supplémentaires d’ici 2027.
  • Ce plan immobilier comprend deux phases. La première doit aboutir à la livraison ou la mise en chantier de 7.000 places d’ici 2022 et la seconde au lancement de 8.000 places supplémentaires disponibles d’ici 2027.
  • Selon le gouvernement, 2.000 places nettes ont d’ores et déjà été mises en service depuis le lancement de ce plan.

Après l’interview aux accents très sécuritaires accordée dimanche par Emmanuel Macron au Figaro, la séquence régalienne se poursuit pour l’exécutif. Mardi, le Premier ministre et le garde des Sceaux se rendront à Lutterbach (Haut-Rhin) pour une visite inaugurale  du futur centre pénitentiaire implanté dans la commune. Un déplacement « politique », revendique l’entourage de Jean Castex, qui lancera  la seconde phase du « plan prison », promis par le chef de l’Etat après son élection. Au total, 15.000 nouvelles places de prison doivent voir le jour d’ici 2027.

« 2.000 places nettes ont d’ores et déjà été mises en service et 120 de plus le seront avec l’ouverture du centre de Lutterbach », précise une source gouvernementale. 8.000 nouvelles places doivent également être lancées avant la fin du quinquennat, en plus des 7.000 livrées attendues d’ici 2022. Et l’objectif brandit par le gouvernement est ambitieux. Alors que la France a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour des conditions de détention jugées « indignes », l’exécutif espère atteindre un taux d'« encellulement individuel » de 80 %, une fois tous les établissements construits.

Des zones « en tension » ciblées

Lors de leur déplacement, le garde des Sceaux et le chef du gouvernement dévoileront les emplacements retenus pour ces futurs centres pénitentiaires ou maisons d’arrêt. « Ces décisions ont fait l’objet d’une concertation poussée avec tous les élus concernés et à tous les échelons », assure une source au sein de l’exécutif. Au total, 15 opérations de construction doivent voir leur jour en vue d’une livraison étalée entre 2025 et 2027. L’Île-de-France, le pourtour méditerranéen et le Grand Ouest seront les régions les plus concernées, le gouvernement ayant privilégié les zones où le manque de place est le plus criant. Nîmes, Pau et Vannes accueilleront par exemple des centres pénitentiaires de 250 à 700 places. 

Pour Jean-François Forget, secrétaire général du syndicat Unsa-Ufap pénitentiaire, cette deuxième phase du « plan prison » s’avère « nécessaire » au regard de la surpopulation carcérale, qui touche plus particulièrement les maisons d’arrêt, où sont incarcérées des personnes en attente de leur jugement. « Après le confinement de mars 2020, on a réussi à baisser drastiquement le nombre de détenus en descendant sous la barre des 60.000 personnes incarcérées. Mais un an après, on est déjà remonté à plus de 64.000 détenus », rappelle le responsable syndical. Mais selon lui, ce renouvellement du parc immobilier doit s’accompagner d’une « spécialisation » des futurs établissements en fonction des profils des détenus. « Incarcérer ensemble des personnes poursuivies pour terrorisme, violences sexuelles ou pour des délits routiers, ça ne fonctionne pas », dénonce-t-il.

Des structures en fonction des profils

Si le projet porté par le gouvernement ne s’oriente pas vers une distinction d’établissements par type de délits ou crimes commis par les détenus, des structures plus adaptées « au profil » des prisonniers doivent être développées dans les années à venir. Parmi les 15.000 nouvelles places, 2.000 seront créées dans des « SAS », des « structures d’accompagnement vers la sortie », promet le gouvernement. Ces établissements seront réservés aux détenus dont « les reliquats de peines seront inférieurs à deux ans » avec un besoin d’accompagnement social et médical important.

« Mais encore faut-il qu’on mette les moyens humains adéquats pour intervenir dans ces futurs SAS », grince Céline Parisot, présidente de l’Union syndicale des magistrats (USM). « Donc si ça ne s’accompagne pas d’effectifs supplémentaires pour les Spip (services pénitentiaires d’insertion et de probation), ça ne fonctionnera pas. »

En parallèle des « SAS », trois projets de « prisons expérimentales » doivent aussi voir le jour. « Il s’agira de structures centrées sur le travail et la formation professionnelle. Elles disposeront de 180 places chacune et les détenus y seront orientés en fonction de leur motivation pour construire leur projet professionnel. L’idée, c’est de les accompagner vers la sortie », ajoute une source gouvernementale.

Un projet vertueux qui devrait être offert à l’ensemble de la population carcérale, fustige Cécile Marcel, la directrice de l’Observatoire international des prisons (OIP) en France : « Individualiser la peine pour accompagner les personnes vers la sortie et la réinsertion, c’est bien, mais si ça concerne 2.500 personnes, cela signifie qu’on laisse 60.000 détenus sur le carreau. Ces futures structures resteront marginales. Il faudrait généraliser cet effort et inverser la logique en arrêtant de réserver à une minorité ce qui devrait être la règle. »