Lyon : Trois ans de prison ferme pour avoir provoqué la mort d'un policier en intervention

PROCES Un homme de 33 ans, qui avait refusé de se soumettre à un contrôle de police à Vénissieux en 2014, avait engagé une course-poursuite au cours de laquelle l’un des agents avait été tué

C.G. avec AFP

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Le palais de justice de Lyon.
Le palais de justice de Lyon. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Un homme de 33 ans a été condamné mercredi à 3 ans de prison ferme pour avoir provoqué la mort d’un policier municipal de Vénissieux en novembre 2014.
  • Refusant de se soumettre à un contrôle, il avait engagé une course-poursuite avec un équipage municipal.
  • Au cours de cette poursuite, la voiture de police avait fini par percuter un bus venant à contresens. L’un des agents était mort dans l’accident.

La course-poursuite dont il était à l’origine avait coûté la vie à un policier municipal de Vénissieux (Rhône). Mercredi, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné à trois ans de prison ferme un homme de 33 ans, poursuivi pour homicide involontaire et refus d’obtempérer, considérant qu’il était de fait responsable de l’accident fatal et de la mort de l’agent.

Le 5 novembre 2014, le trentenaire avait refusé de s’arrêter lord d’un contrôle de police à Vénissieux, dans la proche banlieue de Lyon. L’équipage de police municipale l’avait alors pris en chasse sur plusieurs kilomètres, jusqu’à une double voie de bus, située sur la commune de Saint-Priest. La voiture de police avait emprunté la voie de gauche à contresens, et percuté de plein fouet un bus arrivant en sens inverse. Deux autres policiers avaient été blessés dans l’accident.

Les policiers responsables à 30 % de l’accident

Si le tribunal a reconnu le conducteur entièrement coupable des trois délits sur le plan pénal, il a modulé son jugement sur le plan civil, en estimant que les policiers avaient une part de responsabilité dans l’accident, à hauteur de 30 % de leur dommage. Une audience civile, fixée en septembre, devra évaluer le montant des dommages et intérêts accordés aux victimes.

« Cette décision est un immense soulagement pour les proches du policier. Il envoie un signal positif aux policiers qui ne seront pas obligés de stopper une intervention au moindre franchissement de ligne blanche », a estimé Me Frédéric Lalliard, conseil de la famille de l’agent tué.

Jugement en demi-teinte selon la défense

« C’est un jugement en demi-teinte, un peu paradoxal, qui d’un côté retient à ma grande surprise l’homicide involontaire sans prononcer une peine excessive, et de l’autre reconnaît la faute des policiers », a réagi pour sa part l’avocat du conducteur condamné, Me Sylvain Cormier.

Pour l’avocat, cette décision risque d’avoir « des conséquences dangereuses sur les libertés publiques. Que dira-t-on le jour où un équipage renverse un passant ? Ce sera la faute de quelqu’un d’autre ? », a interrogé le pénaliste lyonnais.

Cette affaire avait donné lieu à des lectures sensiblement différentes au fil de la procédure. Le juge d’instruction avait prononcé un non-lieu, confirmé par la chambre de l’instruction de la cour d’appel, estimant que le conducteur en fuite ne pouvait pas être poursuivi pour homicide involontaire. La Cour de cassation avait au contraire préconisé le renvoi de l’affaire au tribunal.