Mort d’Estelle Mouzin : Quand Monique Olivier sert de guide aux enquêteurs pour trouver le corps

ENQUÊTE Des fouilles doivent reprendre, ce mardi dans les Ardennes, pour retrouver le corps d’Estelle Mouzin, que Michel Fourniret a reconnu avoir tuée.

Vincent Vantighem

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Rumel, le 06 avril 2021. Un gendarme surveille un secteur qui doit faire l'objet de fouilles afin de tenter de retrouver le corps d'Estelle Mouzin, disparue en 2003.
Rumel, le 06 avril 2021. Un gendarme surveille un secteur qui doit faire l'objet de fouilles afin de tenter de retrouver le corps d'Estelle Mouzin, disparue en 2003. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Alors que Michel Fourniret a reconnu avoir tué Estelle Mouzin, son ex-femme Monique Olivier a avoué, la semaine dernière, avoir joué un rôle dans sa séquestration.
  • Selon l’avocat d’Eric Mouzin, elle a également donné des indices sur le lieu où pourrait reposer le corps de la fillette, disparue en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne).
  • Des fouilles doivent reprendre à partir de ce mardi dans la région de Rumel (Ardennes). C’est la quatrième campagne de recherches depuis un an.

En ce temps-là, on pouvait encore profiter d’un café en terrasse. Mais, emportée par sa démonstration, cette spécialiste des tueurs en série avait laissé le sien refroidir. « Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il n’y a pas Michel Fourniret d’un côté et Monique Olivier de l’autre, martelait-elle sous couvert d’anonymat. Ils forment un tout. Un couple maudit. Ils se tiennent. Et ils se tiendront jusqu’au bout. » Le café est resté sur la table. Mais trois ans après avoir lâché ça, l’histoire va peut-être lui donner raison.

« L’ogre des Ardennes » perdant la tête, c’est en effet son ex-femme qui pourrait finalement permettre aux enquêteurs de résoudre l’énigme de la mort d’Estelle Mouzin, dix-huit ans après. Des fouilles doivent en effet débuter, ce mardi dans les Ardennes, dans le but de retrouver le corps de la fillette disparue en janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne), à un peu plus de 200 kilomètres de là.

La correspondante, la muse, la complice, la balance…

« On est dans la continuité, décrypte une source proche de l’enquête. Ces opérations font suite aux fouilles qui ont eu lieu la semaine passée [dans les environs] et aussi à l’audition de Monique Olivier. » Surtout à l’audition de Monique Olivier, devrait-il dire. Jeudi dernier, dans la caserne de gendarmerie de Charleville-Mézières elle a, pour la première fois, reconnu face à la juge Sabine Khéris avoir joué un rôle matériel dans la séquestration d’Estelle Mouzin avant que son ex-mari ne la tue, comme il l’a reconnu il y a un peu plus d’un an.

L’avocat d’Eric Mouzin, Didier Seban, a également indiqué sur France Info qu’elle avait donné des informations inédites « sur un lieu » laissant entrevoir l’espoir de retrouver le corps de la fillette, après trois campagnes de fouilles infructueuses. « Monique Olivier s’est entretenue longuement avec la juge, confirme une source proche du dossier. Celle-ci avait l’air assez satisfaite à l’issue de cette audition. »

Il y a de quoi. D’abord correspondante épistolaire de « l’ogre » quand celui-ci était incarcéré pour une première série d’agressions sexuelles, Monique Olivier est ensuite devenue sa muse, sa femme, sa complice criminelle et finalement sa balance. C’est elle qui, en 2004, au bout du 121e interrogatoire, avait fini par révéler aux enquêteurs les atrocités commises par celui qui était encore son époux, l’envoyant à jamais en prison.

L'ex-femme de Michel Fourniret, Monique Olivier, avait participé à une reconstitution en août 2019 à Saint-Cyr-les-Colons
L'ex-femme de Michel Fourniret, Monique Olivier, avait participé à une reconstitution en août 2019 à Saint-Cyr-les-Colons - NO CREDIT

Un débit « de deux mots à l’heure » et des mois pour livrer un indice

Liée à l’ogre par un pacte indicible pendant longtemps, Monique Olivier n’a aujourd’hui plus rien à perdre. C’est d’ailleurs elle qui, comme 20 Minutes l’avait révélé en 2019, avait demandé à la juge Khéris d’être questionnée sur l’affaire Estelle Mouzin « compte tenu du temps qui passe » et « pour aider les familles des victimes ».

Mais à 78 ans, Monique Olivier reste une piètre communicante. « Elle a un débit de deux mots à l’heure », caricature une source proche du dossier. Et il lui faut des mois pour livrer un indice. Exactement neuf pour anéantir l’alibi dont bénéficiait le tueur en série dans cette affaire. Et quinze de plus, donc, pour en dire davantage sur l’endroit où il aurait pu se débarrasser de son cadavre.

Peut-être est-ce parce qu’on attendait trop d’elle aussi ? « Il ne faudrait pas que l’indisponibilité de Michel Fourniret [en raison de son état de santé] conduise à essayer de donner à Monique Olivier un rôle qu’elle n’a pas et qu’elle n’a jamais eu », a ainsi nuancé Richard Delgenes, son avocat.

Le renfort des militaires, l’absence de Fourniret

Chargés des investigations, les gendarmes de la section de recherches de Dijon (Côte d’Or) veulent pourtant croire en un dénouement proche. « Ils sont à bloc », confie une source proche de l’enquête. Et ils ne lésinent pas sur les moyens. Contrairement à la semaine passée, ils doivent bénéficier des renforts des militaires du 17e Régiment du génie parachutiste de Montauban (Tarn-et-Garonne). Spécialisés dans la recherche des charniers lors des opérations extérieures, ils pourraient fournir de précieux renseignements sur les endroits visés.

D’après nos informations, ils doivent commencer par sonder des zones boisées autour de la commune de Rumel. « Il va d’abord falloir abattre des arbres avant de procéder aux fouilles au sens strict. Les enquêteurs savent que cela va durer plusieurs jours. » Et que contrairement à 2004, ils ne pourront pas bénéficier de « l’aide » de Michel Fourniret lui-même. A l’époque, le tueur les avait laissés creuser plusieurs heures jusqu’à à trois mètres de profondeur avant de leur conseiller de reculer de quelques mètres. Soit à l’endroit précis où ils avaient retrouvé les corps de deux de ses victimes.