Affaire Xavier Dupont de Ligonnès : Les cinq événements qui ont contribué à faire basculer le principal suspect

TUERIE DE NANTES Introuvable depuis dix ans et considéré comme l’unique suspect du quintuple assassinat de Nantes, Xavier Dupont de Ligonnès a été secoué par plusieurs événements avant les crimes

Frédéric Brenon
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Xavier Dupont De Ligonnès et son épouse
Xavier Dupont De Ligonnès et son épouse — Coll.privee De Ligo/FSMADJA/SIPA
  • Agnès Dupont de Ligonnès et ses enfants Arthur, Anne, Benoît et Thomas ont été assassinés entre le 3 et le 5 avril 2011 dans leur maison à Nantes.
  • Xavier Dupont de Ligonnès n’a plus été repéré depuis le 15 avril 2011.
  • Sa perte de foi, son échec professionnel, l’infidélité de son épouse, l’action en justice de sa maîtresse et la mort de son père l’ont particulièrement secoué.

Il y a dix ans, presque jour pour jour, Agnès Dupont de Ligonnès et ses quatre enfants étaient tués à Nantes. Leurs corps seront retrouvés le 21 avril 2011, ensevelis sous la terrasse du domicile familial. Le père et mari, lui, n’est jamais réapparu. Très rapidement, les enquêteurs l’ont considéré comme l’unique suspect des cinq assassinats, « cinq exécutions méthodiques ».

La préparation du passage à l’acte et de sa cavale apparaît en effet méticuleuse. Cet homme, jusque-là sans histoires, connaissait des problèmes d’argent, de couple, de profession. Et certains événements précis ont contribué à le faire basculer. Le point.

Sa désillusion avec la foi, 1995

A Versailles, Xavier Dupont de Ligonnès grandit sous l’influence de la religion catholique. Sa mère, Geneviève, dirige un groupe de prières, L’Eglise de Philadelphie, aujourd’hui suspectée d'abus de faiblesse. Parmi les messages divins mis en avant par Geneviève, l’un d’eux prédisait que l’Apocalypse interviendrait un soir de juin 1995. Des membres du groupe se réunissent, XDDL étant présenté comme « l’élu ». Mais la prédiction ne se réalise pas. A partir de cet événement, Xavier répète avoir perdu la foi et s’éloigne de la pratique chrétienne traditionnelle, « à l’opposé de son épouse Agnès, avec laquelle il est en nette opposition sur ce point », relève Jean-Michel Laurence, coauteur du livre Sans pitié pour les siens. « Il se pose beaucoup de questions et de façon obsessionnelle, ajoute le journaliste. Il passe des soirées entières à analyser la Bible. Il considère désormais, sur des forums religieux, que les sacrifices humains y compris de ses propres enfants sont la plus belle offrande que l’on peut faire à Dieu. »

L’infidélité d’Agnès, son épouse, en 2005

En 2005, Xavier Dupont de Ligonnès découvre que sa femme, Agnès, le trompe. Pire, avec l’un de ses meilleurs amis, Michel. XDDL est fou de rage, exige des explications mais finit par accepter la situation. Conscient que son couple était en danger, il aurait participé, à son initiative et à plusieurs reprises, à des relations sexuelles à trois, selon les dossiers de police. « C’est un truc auquel il n’était pas préparé. Il ne devait pas en avoir vraiment envie mais il faisait ça pour sauver son mariage. Ça lui a fait beaucoup de mal », estime Bruno de Stabenrath, ami d’enfance du fugitif et auteur de sa propre enquête. En 2007, c’est un homme encore blessé qui écrit à son épouse : « Je passerai mes jours à vous maudire d’avoir détruit mon monde et à vous suspecter de continuer dans mon dos ».

L’échec du projet Crystal, 2010

Les mois précédant le quintuple assassinat, la Selref, société créée par Xavier Dupont de Ligonnès en 2003, est au bord de la faillite. Son dernier projet, le Club Crystal, un concept de fidélisation pour les commerciaux en déplacements, est, malgré un gros investissement humain, un échec avant même d’avoir véritablement démarré. Dans le garage du domicile nantais sont ainsi empilés des cartons remplis de coupons Crystal inutilisés. « XDDL est aux abois financièrement. Ses affaires de prospection d’hôtels périclitent. Agnès lui reproche d’avoir dilapidé son héritage personnel pour maintenir à flot des entreprises qui ne marchent pas », explique Béatrice Fonteneau, coautrice de Sans pitié pour les siens, le mystère Dupont de Ligonnès. En 2010, XDDL déclare 4.000 euros de revenus annuels aux impôts. L’Urssaf n’est plus payée. Le train de vie de la famille, lui, est estimé à 7.650 euros par mois, sans compter les dettes.

La dette réclamée par Catherine, sa maîtresse, 2010

En février 2009, Xavier Dupont de Ligonnès renoue avec un flirt de jeunesse, Catherine, après l’avoir contacté sur Internet. S’en suit une liaison amoureuse d’environ six mois avec cette femme devenue cheffe d’entreprise dans les Hauts-de-Seine. Elle prête à XDDL 50.000 euros pour développer son projet de « Club Crystal ». Mais les mois passent et Catherine comprend que l’argent a été dilapidé. Elle cesse de le voir et lui ordonne de rembourser sa dette. Elle engage des poursuites, un huissier se présente à Nantes à la fin de l’été 2010. « Xavier Dupont de Ligonnès sait qu’il n’a pas les moyens d’éponger cette dette-là. La panique que cela lui inspire est celle d’un animal acculé qui aboie dans le noir », écrit le magazine Society dans son enquête publiée en juillet 2020.

Le décès de son père, Hubert, 2011

Hubert Dupont de Ligonnès décède le 20 janvier 2011 à l’âge de 79 ans. Il vivait depuis près de 20 ans dans une résidence de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Son fils, qui lui avait souvent rendu visite les mois précédents, notamment pour lui subtiliser de l’argent, s’est occupé seul de l’inhumation de ce comte qui avait plaqué femme et enfants en 1972, sans divorcer, pour fuir des dettes et refaire sa vie en Afrique. Un abandon qui avait traumatisé la famille. Si XDDL n’a pas hérité de la chevalière de son père, il a, en revanche, récupéré une carabine 22 Long rifle qu’il a ensuite pris soin d’entretenir. Le même type d'arme qui a servi à abattre les cinq victimes pendant leur sommeil. « Ce décès, puis l’arrivée de la carabine, ont été un déclencheur, estime Bruno de Stabenrath. Xavier avait des problèmes mais ne voulait surtout pas reproduire la fuite de son père. Il devait donc envisager autre chose. Mais il n’aurait jamais commis un crime du vivant de son père, c’était le représentant de la dynastie de Ligonnès. »

Livres cités

L'Ami impossible (édition Gallimard), de Bruno de Stabenrath, est sorti en octobre 2010 .

Sans pitié pour les siens, le mystère Dupont de Ligonnès (édition Archipoche), de Béatrice Fonteneau et Jean-Michel Laurence, est paru en septembre 2017 et sera bientôt réédité avec de nouveaux éléments.