Rennes : « C’est pareil pour la victime »… Un homme condamné pour un viol digital

VIOL La victime avait été abordée par un inconnu dans une rue de Rennes en 2018 en rentrant de soirée 

Camille Allain
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L'entrée d'une salle d'audience au sein de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes.
L'entrée d'une salle d'audience au sein de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes

Il n’y avait aucun journaliste présent jeudi pour l’audience de la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine. Un fait plutôt rare que l’avocate rennaise Marie Blandin avoue regretter. La raison ? La volonté de sa cliente de faire entendre l’histoire dont elle avait été victime une nuit d’octobre en 2018 à Rennes. Une agression qui l’a sans doute marquée à vie et qu’elle aimerait que d’autres femmes entendent ou lisent, afin de se libérer de toute culpabilité. Reconnu coupable de viol digital, son agresseur a été condamné à huit ans de prison. « Une première » devant cette juridiction, selon l’avocate, qui s’est battue pour éviter une « correctionnalisation » des faits.

Les faits remontent à presque trois ans, mais les cicatrices sont toujours là. Alors qu’elle vient de fêter ses 30 ans, A. vit toujours avec le fardeau de cette violente agression. En rentrant chez elle ce soir-là après une soirée avec des amis, elle décline la proposition d’un ami de la raccompagner. Elle a bu mais elle n’est pas loin. Elle est à Rennes et elle « ne risque rien ». Ce soir-là, elle croisera la route d’un homme un peu plus âgé qu’elle. Il l’aborde alors qu’elle est à quelques dizaines de mètres de son immeuble. Elle répond brièvement à ses questions, comme pour éviter d’être agressée. « Elle cherchait à fuir », résume son avocate.

Un témoin met en fuite l’agresseur

Au moment où l’homme passe son bras autour d’elle, elle le repousse mais ce dernier la plaque contre le mur d’une maison avant de lui imposer une pénétration avec ses doigts, passés sous les collants de sa victime. A. sera sauvée par un automobiliste passant par là. Intrigué par ce qu’il pense être « un couple », le jeune cuisinier s’étonne d’entendre une femme implorer son agresseur d’arrêter. En voyant l’automobiliste s’approcher, l’homme prendra la fuite et sera rapidement identifié par la police grâce à la teinture blonde de ses cheveux.

Jeudi, l’homme, âgé de 31 ans a globalement reconnu les faits et a été condamné à huit ans de prison, tout en cherchant à minimiser les faits. « Un viol, c’est un homme qui arrache les vêtements d’une femme pour la pénétrer avec son pénis », aurait-il déclaré selon l’avocate de la partie civile. « La justice a estimé que ce rapport imposé était un viol. Ma cliente est soulagée parce qu’elle a été entendue. Une pénétration digitale ou pénienne, c’est pareil pour une victime. Il faut que la justice l’entende. Et il ne faut pas que les femmes se sentent coupables d’être rentrées seule en jupe », estime Me Marie Blandin.

Pas toujours considéré comme crime

L’avocate explique qu’on lui a « fortement conseillé » d’accepter une correctionnalisation des faits mais que sa cliente a refusé. Souvent plus rapide, cette procédure enlève le caractère de « crime » de l’acte et le juge comme un délit, ce que beaucoup d’associations critiquent. D’après un article de Libération, 52 % des affaires de viols sont correctionnalisées. Quand les poursuites ne sont pas tout simplement abandonnées, faute de preuve. Depuis son viol, la victime est suivie par un psychologue et ne peut se passer de son traitement anxiolytique.