Poitiers : A 75 ans, il glisse sur les pavés et demande 700.000 euros d’indemnités à la collectivité

ACCIDENT Une audience devant le tribunal administratif de Poitiers a eu lieu le mardi 23 mars pour examiner le recours indemnitaire déposé par un habitant de 75 ans. Celui-ci a glissé sur des pavés du centre-ville le 28 février 2018, se retrouvant un mois et demi dans le coma

Elsa Provenzano

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Un homme de 75 ans a chuté en marchant sur les pavés d'une rue du centre de Poitiers, en février 2018.
Un homme de 75 ans a chuté en marchant sur les pavés d'une rue du centre de Poitiers, en février 2018. — GILE MICHEL/SIPA
  • En février 2018, un homme de 75 ans a fait une chute sur les pavés du centre-ville de Poitiers et s’est retrouvé dans le coma pendant plus d’un mois.
  • Il a déposé un recours indemnitaire contre l’agglomération, estimant que la glissance des pavés est directement en cause dans sa chute.
  • Le montant du préjudice a été évalué à 700.000 euros car il a perdu son connaissance pendant qu’il était hospitalisé.

Maladresse ou trottoir dangereux ? Le 28 février 2018, Jean-Louis Poirier, 75 ans, glisse sur les pavés d’une rue du centre-ville de Poitiers. Les pompiers interviennent à 18 h 39 et trouvent le septuagénaire inanimé. Après cette mauvaise chute, il passe un mois et demi dans le coma et est hospitalisé trois mois au total. Il va mieux aujourd’hui mais a souffert d’un traumatisme crânien et de problèmes respiratoires. Il a déposé un recours indemnitaire contre le Grand Poitiers, responsable de la voirie, et le montant total de son préjudice a été évalué à 700.000 euros.

L’audience devant le tribunal administratif s’est tenue ce mardi 23 mars et n’a pas été très favorable à Jean-Louis Poirier. Le rapporteur public demande le rejet de la requête, estimant que « la preuve d’un lien direct et certain entre l’état du trottoir et sa chute », n’est pas établie, rapporte l’avocat du septuagénaire, Jean-Philippe Lachaume. On saura aux alentours du 8 avril, si le tribunal administratif choisit ou non de suivre l’avis du rapporteur public. Ce qui complique le dossier c’est qu’il n’y a pas de témoins directs connus de la chute et que ce jour-là, il pleut et il commence à neiger.

Un problème récurrent

Pour l’avocat de Jean-Louis Poirier, le pavage de beaucoup de rues du centre-ville de Poitiers depuis les années 2012-2013 va de pair avec « un problème de glissance ». Des indemnisations après des chutes ont ainsi eu lieu aux frais de la communauté urbaine en 2014 et en 2019.

« Les pierres et les méthodes d’extraction n’ont pas changé à travers le temps mais la manière de les entretenir oui, analyse l’avocat. Il y a quarante ans, c’était un cantonnier qui passait avec son balai et depuis un certain nombre d’années, ce sont des machines avec des rotatives munies de petits filets en nylon. Ces derniers sont très abrasifs et les pavés s’usent prématurément. C’est le cas à Poitiers, mais aussi à Chalons sur Saône, Auch etc. »

Il y a trois ans, l’agglomération a commandé une expertise générale qui a conduit à réaliser des travaux pour rendre les pavés moins glissants et actuellement dans deux rues de la ville, les pavés sont remplacés par du béton désactivé. Mais là où le septuagénaire a glissé, il n’est pas prévu de travaux à l’heure actuelle. Or, à écouter son conseil, il est connu des Poitevins que cet endroit est une vraie patinoire.

« Il a été dépossédé de tous ses biens »

Le montant des indemnités demandé, 700.000 euros, est très élevé. L’expertise médicale a évalué le préjudice personnel à 150.000 euros. Le reste des indemnités est à mettre en regard avec la perte de son commerce, pour lequel il versait assidûment des mensualités, dans le cadre d’un plan de redressement en place depuis 2016. Dès qu’il n’a pas pu honorer celles-ci, son commerce, au-dessus duquel il était né, a été liquidé. « Il a été dépossédé de tous ses biens », résume Me Jean Philippe Lachaume.

« Au-dela de l’aspect pécuniaire, tient à préciser son conseil, ce qui est un vrai sujet c’est qu’une personne morale de droit public, une communauté urbaine en l’occurrence, puisse signer le fait que les ouvrages qu’elle a fait réaliser sont difficilement utilisables dès lors qu’il pleut. »

Contactée par 20 Minutes, l’avocate du Grand Poitiers n’a pas souhaité faire de commentaires à ce stade.