Toulouse : Deux activistes animalistes condamnés pour avoir « libéré » des lapins de laboratoire

ANIMAUX Des peines de prison avec sursis ont été prononcées contre deux activistes qui s’étaient introduits dans les locaux de l’Inrae, près de Toulouse, pour y « délivrer » des lapines gestantes, en mai 2017

Nicolas Stival
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Des lapins blancs. Illustration.
Des lapins blancs. Illustration. — Libor Sojka / AP / Sipa
  • Solveig Halloin et Vincent Aubry ont respectivement été condamnés à trois et deux mois de prison avec sursis ce mercredi à Toulouse.
  • Ces deux activistes animalistes faisaient partie d’un groupe d’une quinzaine de personnes qui s’étaient introduites par effraction dans les locaux de l’Inrae (ex-Inra) pour libérer une vingtaine de lapines gestantes, le 21 mai 2017.
  • Le procès leur a servi de tribune pour défendre leur cause, qui vise à l’abolition de l’élevage.

Un tribunal comme tribune. Ce mercredi après-midi à Toulouse, deux militants antispécistes, un homme et une femme, étaient jugés près de quatre ans après s’être introduits par effraction dans les locaux de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique, devenu Inrae depuis) à Auzeville, dans la banlieue de la Ville rose. Le 21 mai 2017, au sein d’un groupe d’une quinzaine de personnes, ils s’étaient emparés d’une vingtaine de lapines gestantes. Seuls Vincent Aubry et Solveig Halloin ont été formellement identifiés, à la suite de la plainte de l’Inrae.

Une demi-heure avant le début du procès pour vol aggravé devant le tribunal correctionnel, le premier avait déjà dénoncé « un procès clairement politique », à l’occasion d’un rassemblement organisé devant les marches du palais de justice par son mouvement Animal1st.

Un acte revendiqué

Cet activiste de 34 ans a continué à plaider sa cause en salle d’audience, comme Solveig Halloin, sa coaccusée, avec laquelle il avait agi à l’époque sous la bannière du collectif « Boucherie abolition ». Tous deux revendiquent leur acte, comme leur radicalité. Pour eux, la vie d’un animal, quel qu’il soit, vaut autant que celle d’un être humain. « Nous sommes des résistants, a lancé la Toulousaine de 46 ans, qui a comparu sans avocat. Nous ne libérons pas les lapines, nous les délivrons d’une situation carcérale. Elles ont accouché dans des refuges. »

« L’élevage est un écocide ! Je me bats contre un holocauste planétaire », a-t-elle aussi assuré. Sur les pancartes de l’ « happening » d’avant procès, comme dans les discours, le parallèle est assumé par ces militants : pour eux, l’élevage est tout à fait comparable au nazisme. « Le système est identique, seules les victimes sont différentes », assène Vincent Aubry, déjà visé par d’autres procédures judiciaires, dans d'autres affaires liées à la lutte antispéciste.

L’Inrae défend son « éthique »

Pendant la séance, le Francilien lancera au juge : « Nous avons le même rôle : sauver des innocents et défendre la justice. Ce sont les grands procès qui font avancer la société. Ne laissez pas passer cette opportunité ! » L’objectif des militants est clair : placer le plaignant sur le banc des accusés.

Face à cette démarche, l’avocate de l’Inrae, Cosima Ouhioun, a tenu à rappeler qu’elle ne défendait pas « un établissement d’élevage mais de recherche, sur l’agriculture, l’environnement ou la biodiversité, sous la double tutelle du ministère de l’Agriculture et de celui de la Recherche ». « L’Inrae applique des chartes éthiques et de transparence à la pointe au niveau européen », a-t-elle poursuivi.

Sur le cas spécifique des lapines volées, au cœur du procès, Me Ouhioun a assuré qu’elles se trouvaient lors de l’intrusion militante « dans des endroits où sont menées des recherches pour améliorer le bien-être animal » et qu’ « aucune précaution n’avait été prise pour les lapines volées » par les militants, leurs cris ayant pu effrayer les animaux. Quant à leurs agissements, ils « génèrent un climat anxiogène chez les chercheurs », selon l’avocate.

Au final, Solveig Halloin et Vincent Aubry ont respectivement été condamnés à trois et deux mois de prison avec sursis et à verser très exactement 1.596,40 euros à l’Inrae au titre du préjudice matériel, plus un euro symbolique pour le préjudice moral. Solveig Halloin devra payer 149,10 euros supplémentaires pour avoir maculé de peinture rouge le logo de l’Inra lors de l’exfiltration des lapines.

« On va continuer à cibler l’Inrae »

Pour les militants antispécistes, ces condamnations ne sont pas de nature à les décourager dans leur quête ultime : l’abolition de l’élevage. « Les procès vont devoir faire partie intégrante de la lutte animaliste et il faut absolument que l’on sache s’en servir et les inverser au profit des victimes, a réagi juste après le verdict Vincent Aubry, qui attendait de consulter son avocate Marie Voutsas avant de décider, ou pas, de faire appel. On subit la répression, mais on va continuer à cibler l’Inrae par rapport au rôle qu’il a dans l’Elevage avec un E majuscule, et continuer le combat. »