Marseille : A son procès, Jean-Noël Guérini évoque « la maladie du téléphone » de son frère

CLIENTELISME « Tout était public, c’est clair, net et précis », s’est défendu l’ex-homme fort du PS local, dans le dossier qui lui vaut de comparaître pour prise illégale d’intérêts

Caroline Delabroy
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Jean-Noël Guérini à son arrivée au tribunal
Jean-Noël Guérini à son arrivée au tribunal — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Devant le tribunal correctionnel de Marseille, Jean-Noël Guérini a répondu aux accusations de « prise illégale d’intérêts » dans le dossier de la décharge du Mentaure.
  • Lundi, son frère, Alexandre Guérini, devra à son tour s’expliquer à la barre.

C’est pour lui le jour J, celui où il risque le plus gros. À la barre du tribunal correctionnel de Marseille, qui se penche depuis lundi sur un présumé « système clientéliste » lié à l’ex-homme fort du PS local, Jean-Noël Guérini apparaît d’abord sur ses gardes. Pour son audition du jour, il a préparé un dossier, dont il dépose les feuilles sur le large pupitre devant lui. Très vite, l’aisance orale du sénateur reprend le dessus, qui lui vaudront quelques rappels à l’ordre de la présidente du tribunal, Céline Ballerini : « C’est le tribunal qui doit être convaincu, pas la salle. »

Avec une implacable rigueur, elle déroule les pièces du dossier de la décharge du Mentaure, au centre de toutes les attentions du jour : c’est pour ce dossier que Jean-Noël Guérini est jugé pour « prise illégale d’intérêts ». Il est accusé d’avoir apporté de l’aide à son frère Alexandre Guérini, en sa qualité de président du conseil général des Bouches-du-Rhône. Pour rappel, les autres chefs de mise en examen (« trafic d’influence », « complicité de destruction de preuves d’un délit » et « participation à une association de malfaiteurs ») n’ont finalement pas été retenus contre lui par le juge d’instruction.

Il faut sauver le liseron duveteux

Le dossier est pour le moins alambiqué. C’est, dans les grandes lignes, l’histoire d’un terrain de quatre hectares qui jouxte la décharge du Mentaure à La Ciotat, exploitée par une société d’Alexandre Guérini, qui a des projets d’extension du site. Ledit terrain, qui sert par ailleurs de décharge sauvage, est une première fois préempté par la ville de La Ciotat puis, comme la loi l’y autorise, une seconde fois par le département des Bouches-du-Rhône, au titre des espaces sensibles, pour sauver le liseron duveteux. La taxe verte lui permet de financer cet achat, d’un montant de 67.224 euros.

« En matière de sécurité, c’était une décharge à ciel ouvert qui représentait un véritable danger pour la moitié de la population, martèle Jean-Noël Guérini à la barre. En préemptant, ce terrain était gelé pour dix ans, on ne pouvait rien en faire. Cette décision est le reflet d’une préoccupation environnementale. » La décision est validée en commission permanente, réunie sous sa présidence le 22 novembre 2004.

« Où est l’intérêt général ? »

« La décision de préemption est prise manifestement dans des conditions inhabituelles », relance la présidente du tribunal, après lecture d’échanges de mails provenant des services techniques du conseil général, bien en peine semble-t-il de « trouver un argumentaire à faire valoir ». « Sur ce dossier, tout était public, rien n’a été caché, c’est clair, net et précis », s’emporte Jean-Noël Guérini.

Après la diffusion cette fois d’écoutes téléphoniques, où sa conseillère confie à un autre membre du cabinet que « ce dossier n’a pas connu une instruction ordinaire », le ton monte d’un cran. « Ce dossier est politique, je n’ai pas à répondre aux injonctions de La Ciotat, bouillonne Jean-Noël Guérini. On n’impose rien au conseiller général des Bouches-du-Rhône ! Je n’allais pas faire de cadeau au maire de La Ciotat. » « Où est l’intérêt général ? », lui rétorque la présidente Céline Ballerini.

« Il avait la maladie peut-être du téléphone »

Faut-il le préciser, le maire UMP de La Ciotat était un adversaire politique de Jean-Noël Guérini. Mais c’est plutôt sur les relations avec son frère qu’il a de nouveau été confronté ce vendredi, avec la diffusion d’écoutes téléphoniques. Où l’on a pu entendre, entre autres choses, Alexandre Guérini demander (et obtenir, selon les dires de son frère) un rendez-vous avec un maire. « Il avait la maladie peut-être du téléphone », lâche Jean-Noël Guérini, qui laisse entendre « qu’il y avait la Méditerranée » entre ce qu’il disait à son frère avoir fait pour lui, et la réalité.

Reste que l’écoute de ces échanges et l’audition du propriétaire du terrain laissent une ambiance, une couleur particulière. « Je ne comprends pas, pourquoi faire échec à la préemption de La Ciotat, qu’est-ce que le conseil général voulait protéger comme intérêt ? », questionne ainsi la présidente du tribunal. « Aucun », répond Jean-Noël Guérini qui, l’assurance reprenant le dessus, pose les bases de sa défense : « Pour que l’on puisse m’imputer une prise illégale d’intérêt, il fallait que je connaisse que la préfecture allait procéder à une déclaration d’utilité publique d’urgence, lance-t-il. Tout ce que j’ai fait, j’ai été contraint par cette décision, point final »

L’intervention du préfet en 2006 a en effet rebattu les cartes pour la destinée de ce terrain. Plus question de le geler pour dix ans cet espace sensible. Deux ans après sa préemption, le terrain a ainsi été cédé à l’agglomération d’Aubagne, de la même couleur politique que le département. Et la décharge du Mentaure finalement agrandie. Lundi, Alexandre Guérini devra à son tour s’expliquer sur son rôle présumé dans cette préemption.