Procès de Moha La Squale : « Je suis désolé pour tout ce qui s’est passé », s'excuse le rappeur à la barre

COMPTE RENDU Le rappeur parisien comparaissait ce jeudi pour refus d’obtempérer, outrage et rébellion pendant un contrôle routier

Hélène Sergent

— 

Moha La Squale, en 2018 lors du Fnac live Festival à Paris.
Moha La Squale, en 2018 lors du Fnac live Festival à Paris. — SADAKA EDMOND/SIPA
  • Arrêté au volant de sa Mercedes dans le 18e arrondissement de Paris en juin dernier, Moha La Squale était jugé ce jeudi pour avoir insulté des policiers et tenté de s’enfuir lors de son interpellation.
  • « Je respecte les forces de l’ordre », a assuré à la barre le rappeur, absent de la scène médiatique depuis des accusations d’agressions sexuelles et de séquestration.
  • Le jugement est attendu le 15 avril prochain.

Ce jeudi matin, Moha La Squale n’a pas eu de « panne de réveil ». Renvoyé une première fois le 9 juillet dernier en raison de son retard, le procès du rappeur parisien a pu cette fois-ci se tenir. Absent de la scène médiatique depuis le dépôt de cinq plaintes de jeunes femmes l’accusant d’agressions sexuelles et de séquestration, Moha La Squale était jugé ce jour pour « refus d’obtempérer », « outrage » et « rébellion ».

La vidéo de son interpellation musclée dans une rue du nord de la capitale, en juin dernier, avait été massivement relayée sur les réseaux sociaux. Chignon dressé sur la tête et paire de baskets Balenciaga aux pieds, Moha La Squale a exprimé à la barre ses « regrets » et répété son « respect pour les forces de l’ordre ». La voix mal assurée, il a reconnu « à peu près tout », excepté les insultes proférées pendant son arrestation, qui n’étaient pas « destinées » aux policiers, a-t-il expliqué.

Rodéo à la Banane

Tout commence le 21 mai dernier. La France et les Parisiens sortent tout juste de leur premier confinement. Cet après-midi-là, Moha La Squale revient dans le quartier des Amandiers où il a grandi, aussi surnommé « la Banane » par ses habitants et à qui le chanteur a dédié un morceau. « Les gens étaient contents de me voir. J’avais offert des motocross au quartier, avec ma maison de disques. On m’en a prêté une, je suis monté dessus, je l’ai allumée et je suis parti directement avec », raconte-t-il. Mais le bruit des véhicules alerte rapidement une patrouille de police, qui part à la poursuite des conducteurs.

Deux mineurs sont interpellés ce jour-là. Sur le téléphone de l’un d’entre eux, une vidéo est retrouvée par les forces de l’ordre. On y voit Moha La Squale « prendre des rues à contresens et des trottoirs pour essayer de fuir les forces de police », indique la présidente de la 10e chambre. Dans sa course, le chanteur manque de percuter des passants dont une fillette de 9 ans, ajoute la magistrate.

Mains jointes devant lui, le prévenu assure ne pas avoir vu « de petite fille avec sa maman » : « Je regrette complètement d’avoir pris la fuite à moto et de ne pas avoir obtempéré la première fois avec les policiers. Je respecte les forces de l’ordre. Je suis désolé pour tout ce qui s’est passé. » Malgré la course-poursuite engagée dans les rues alentour, le rappeur parvient à échapper aux policiers.

« C’est Moha La Squale l’équipe ! »

Quelques semaines plus tard, le 19 juin, torse nu sous une veste et accompagné d’une amie, le rappeur est arrêté au volant de sa Mercedes dans le 18e arrondissement de Paris. Les policiers justifieront leur interpellation par un défaut de port de ceinture de sécurité. Une infraction niée en bloc par le prévenu. « Ils m’ont demandé de sortir. Ils m’ont mis à côté de la voiture, contrôlé, fouillé, demandé nom et prénom. Suite à un appel radio que je n’ai pas entendu, un policier est venu et a voulu me menotter, j’ai eu peur, il a réussi à me menotter une main, et je sais pas pourquoi j’ai eu peur, j’ai voulu m’enfuir », raconte à la barre Moha La Squale.

La suite a été filmée par des téléphones. Difficilement plaqué au sol par plusieurs fonctionnaires, le rappeur hurle aux passants : « Filme ! Filme ! […] C’est Moha La Squale l’équipe ! Wallah, ils m’ont plié, ils m’ont enculé. » Trois des policiers présents lors de son arrestation se sont déplacés pour l’audience. Tous évoquent des « coups de pied », des « griffures », et l’un d'eux écopera « de 30 jours d’ITT, d’une immobilisation du membre supérieur droit et de 15 séances de rééducation », précise leur avocat. « Une fois menotté au sol, il nous a injuriés, il a fait sa promotion pour un concert qu’il avait quelques jours plus tard, c’est dire s’il se sentait concerné », assène l’un des policiers. Des accusations réfutées par le prévenu : « Je n’ai mis aucun coup, j’ai essayé de repousser les policiers mais j’ai mis aucun coup de pied ou coup de poing […]. Je me suis pris des baffes au commissariat mais j’ai pas porté plainte. »

Dix mois de prison requis

Malgré la reconnaissance d’une grande partie des faits et les excuses appuyées à l’adresse des policiers, la procureure a dénoncé le « sentiment de toute-puissance » du prévenu. « Ce qui est d’autant plus inquiétant […], c’est son influence sur les jeunes. Moi je ne le connaissais pas, j’ai écouté. On ne peut pas lui nier un certain talent », a concédé la magistrate. « Le fait d’être connu, de rouler dans une grosse voiture et de faire du rap, ça n’excuse rien. c’est un justiciable comme un autre », a-t-elle ajouté. Rappelant le casier judiciaire fourni du prévenu, la procureure a requis contre l’artiste une peine de dix mois de prison ferme, avec aménagement sous bracelet électronique et une suspension de permis de six mois.

Une peine jugée « déconnectée de la réalité » par l’avocate de Moha La Squale, Me Elise Arfi. « Il est de bonne foi, il dit qu’il n’a pas la haine, il est le premier à dire qu’il regrette, qu’il n’a aucun esprit de vengeance », a-t-elle insisté, rappelant que son client est parti de « très très très loin ». « Il a été élevé seul par une mère lourdement handicapée, avec un frère en prison. Il ne fait pas du rap violent, il parle d’histoires d’amour, de sentiments. Il a de quoi être fier », a-t-elle conclu. Mis en délibéré, le jugement doit être rendu le 15 avril prochain.